samedi, 21 octobre, 2017
Clovis Ier, roi des Francs (II) – Une femme catholique pour un païen romanisé
Clovis et Clotilde, Antoine-Jean Gros, 1811.

Clovis Ier, roi des Francs (II) – Une femme catholique pour un païen romanisé

On ne connaît pas la date de naissance précise de Clovis. Les sources ne sont d’accord que sur la date de sa mort, le 27 novembre 511, ainsi que sur la date du Concile d’Orléans qu’il avait réuni en Juillet de la même année.

Clovis serait né vers 466, de l’union de Childéric Ier, roi des Francs Saliens et de Basine de Thuringe. Clovis hérite d’un pouvoir complexe, constitué à la fois de traditions germaniques et romaines.

A.    Childéric et Clovis, deux rois païens romanisés

Le père de Clovis, Childéric Ier ( v.460-482), était un roi païen, héritier des traditions germaniques de son peuple, mais pourtant romanisé. On sait que Childéric fut un allié de Rome, à la fois au service d’Aegidius — général en chef des armées de Gaule — avec qui il combattit les Wisigoths du roi Euric (460-464), puis au service du « comte Paul » entre 464 et 469.

Enfin, Childéric aurait été, vers la fin de sa vie, général de l’armée romaine. Cependant la preuve la plus flagrante de la romanisation de ce roi barbare reste sa tombe, découverte à Tournai en 1653 et recelant de trésors montrant à la fois l’attachement de Childéric à ses origines germaniques mais aussi à sa romanisation. D’abord, la tombe du roi Franc contenait les dépouilles des chevaux du roi, coutume purement germanique, mais également la fibule, cette broche dorée servant à maintenir le manteau romain rouge, symbole des généraux victorieux, retrouvé avec ladite fibule. De même, l’anneau de Childéric servant à sceller les actes porte cette inscription : Childericus rex, signifiant que Childéric était reconnu comme rex par les Francs eux-mêmes, mais aussi par les gallo-romains chrétiens et l’Église.

En effet comme nous l’avons vu en introduction, Childéric entretenait de bonnes relations avec l’Église chrétienne, notamment avec Sainte Geneviève. De même, Childéric bien que païen aida Rome à combattre les hérétiques Wisigoths et les maintint au Sud de la Loire.

Childéric obtint par ce fait un réel prestige auprès des gallo-romains, qui n’eurent pas de mal à le reconnaître comme rex après la chute de l’empire. Il semblerait que dès le règne de Childéric, certaines églises et abbayes de son royaume se virent attribuer des immunités — acte délivré par le roi empêchant tout agent royal, comte ou agent, d’entrer sur le territoire de l’évêché ou de l’abbaye afin d’y exercer sa potestas, c’est-à-dire rendre la justice et prélever l’impôt au nom du roi sur les terres desdits évêchés et abbayes, que l’on appelle alors immunistes.

Clovis est l’héritier de cette ambiguïté du pouvoir, à la fois germanique et romain. Comme son père et comme tout chef de clan germanique, ce sera le « signe distinctif » des rois mérovingiens, Clovis partage la tradition du mund, ce pouvoir mystique germanique contenu dans la chevelure et la barbe. Il est intéressant de constater que cette tradition se perpétue tout au long du règne de la future dynastie, malgré son appartenance au christianisme sensée balayer les anciennes pratiques païennes.

B.    De l’accession à la royauté au mariage avec Clothilde

À la mort de Childéric,  Clovis hérite donc de l’ancienne province romaine de Belgique seconde, comprenant entre autre Tournai, la capitale, et Reims. C’est d’ailleurs de Reims que l’évêque Rémi dont nous avons parlé en introduction envoie une lettre à Clovis, pour le féliciter de son accession à la royauté, et qui est intéressante pour plusieurs raisons. D’abord, Rémi considère Clovis comme dominus et rex en introduisant sa lettre par ces termes : « Au seigneur insigne et grand par ses mérites le roi Clovis ». Rémi reconnaît par là à Clovis un pouvoir public digne d’un gouverneur romain. Il fait également mention de cette puissance publique en disant : « (…) vous avez pris en charge l’administration de la Seconde Belgique. »

Mais Rémi a une intention à peine voilée derrière cette lettre : Alors que les rois wisigoths et burgondes sont des rois acquis à l’hérésie arienne, Clovis en tant que païen symbolise un potentiel espoir pour la chrétienté de  marquer le triomphe de l’orthodoxie de la foi sur l’arianisme. Ainsi, Rémi conseille-t-il à Clovis de prendre pour conseiller « ses » évêques — alors même que Clovis est païen ! —, et lui propose ce qu’Olivier Guillot nomme un « programme de vertus » afin que, selon Rémi, « Dieu n’écarte pas sa faveur ». Ce programme représente le futur modèle du princeps chrétien.

Clovis va rapidement étendre son royaume vers l’Est. Il va s’allier avec les Francs rhénans pour combattre les Alamans. Cette alliance est scellée par le mariage de Clovis avec une princesse rhénane. Une fois l’alliance faite avec les Francs rhénans, Clovis va s’emparer du « royaume » de Syagrius, ancien général romain autoproclamé « roi des romains » et établi à Soissons. Cette guerre semble être, si l’on en croit Grégoire de Tours, une affaire de légitimité territoriale : Clovis entend être rex non seulement des Francs, mais aussi des gallo-romains établis sur le territoire de la Seconde Belgique. Or, Soissons se trouve être sur ledit territoire. De plus, Syagrius se dit être rex romanorum, roi des romains. Clovis prétend donc avoir une supériorité sur Syagrius et estime être le seul à devoir gouverner.

Le combat entre Syagrius et Clovis fut relativement facile pour ce dernier. Syagrius vit son armée écrasée aux alentours de Soissons et fut obligé de fuir à Toulouse pour se réfugier à la cour du roi Alaric. C’est lors de cette guerre qu’eut lieu le fameux épisode du « vase » de Soissons, intéressant à plus d’un titre, notamment en ce qui concerne l’ambiguïté du pouvoir de Clovis vu plus haut.

Clovis et le vase de Soissons, Grandes Chroniques de France, xive siècle.

Clovis et le vase de Soissons, Grandes Chroniques de France, xive siècle.

Grégoire de Tours relate ainsi cet épisode : Après la bataille contre Syagrius, aux alentours de Soissons, un évêque — celui de Soissons ou de Reims — prie Clovis de lui remettre un vase liturgique pris comme butin par les guerriers Francs. Or, selon la tradition germanique, le butin doit être partagé par tirage au sort, et le chef ne fait pas exception.  Clovis, montrant ainsi ses bonnes intentions envers l’Église, demande à ses hommes de lui attribuer en plus de sa part ledit vase, afin de pouvoir le remettre au prélat. Cependant, l’un de ses hommes refuse d’outrepasser la coutume et, frappant le vase de la hache, adresse au roi ces paroles : « Tu n’auras rien ici que ce que le sort t’attribuera vraiment ». Grégoire nous rapporte que le sort désigna Clovis comme « gagnant » dudit vase, qu’il remit à l’évêque. On le sait, le roi se vengera de son soldat en lui fracassant le crâne au cours d’une revue d’armes.

Comme le soulignent les médiévistes actuels, il ne faut pas voir ici une faiblesse prétendue de la royauté mérovingienne mais bien un enseignement à la fois juridique et religieux. Juridique car Clovis se soumet à la règle franque du partage du butin, et est obligé de s’incliner devant le refus de l’un de ses hommes d’attribuer au roi le vase hors butin. Religieux ensuite, car même si Clovis est païen, il remet le vase à l’évêque alors même qu’il l’a obtenu en guise de butin, montrant ainsi les inclinations de Clovis pour la religion chrétienne dès 486-87.

Une fois le royaume de Syagrius conquis, Clovis va soumettre les thuringiens, habitant l’ancienne province de Belgique Première, dont la capitale est Trèves. Le succès rapide de cette campagne permet désormais à Clovis de contrôler tout le Nord de la Gaule jusqu’à la Loire et la frontière de la Bourgogne. C’est à ce moment qu’interviennent deux mariages clés pour le règne de Clovis : d’abord celui de sa sœur avec le puissant roi des Ostrogoths Théodoric. Ce dernier est un modèle pour Clovis : élevé à Byzance, Théodoric est un roi arianiste épris de culture antique. Assassin d’Odoacre, il récupéra son royaume et son titre de patrice des Romains, octroyé par Byzance en 476.

Ensuite, son propre mariage avec la fille du roi des Burgondes Gondebaud, nommée Clothilde. Ce mariage est capital dans le règne de Clovis. En effet, contrairement à son père qui est arien, Clothilde est profondément catholique, et est une des clés de la conversion de Clovis à la religion chrétienne. Par ce mariage, Clovis s’assure le soutien des chrétiens de son royaume, mais aussi de ceux des royaumes limitrophes et hérétiques, lui donnant une sorte de légitimité divine sur ces territoires, alors même qu’il est païen. Il va également s’assurer par ce mariage le soutien indéfectible des évêques catholiques de toute la Gaule et notamment ceux de grandes provinces ecclésiastiques sous domination arianiste, comme Tours. Selon les sources traditionnelles (Grégoire de Tours), ce mariage aurait eu lieu vers 493.

Clovis est donc passé, en dix ans de règne, du statut de roitelet de Tournai à celui de véritable rex sur tout le Nord de la Gaule. Son mariage avec Clothilde marque le véritable tournant dans la vie du roi, qui va le conduire jusqu’à Reims et au baptême, même si l’on pense que, comme Constantin avant lui, Clovis avait des inclinations pour la foi catholique avant même de se convertir. En effet on le verra, à la bataille de Tolbiac face au Alamans en 496-497, juste avant sa conversion « officielle », Clovis aurait prié le Dieu chrétien de lui attribuer la victoire, alors même qu’il se trouvait en mauvaise posture, promettant de se convertir si Dieu lui accordait la victoire. La suite, nous la connaissons.

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A propos de Louis Landais

Louis Landais
Etudiant, passionné d'histoire et des Humanités en général.

2 commentaires

  1. arveuf-kayser Anne-Marie

    très intéressante « révision »

  2. En quoi, un évêque peut’il consacré roi un type, sous prétexte qu’il est bâptisé ?
    Si tous les évêques de l’époque consacraient, un pauvre type, parce qu’il eut battu tel ou tel groupe d’individu supposé arien et se faire bâptiser pour devenir roi.
    c’est vraiment n’importe quoi, mais bon, l’église avait besoin de reconnaissance, elle n’avait pas de peuple à priori consacré, Clovis leur a permis que la Gaule, puis la France, devienne l’élue du peuple de dieu. C’est pour ça, que les papes on toujours eut une pensée particulière envers la France qui leur a permis donc d’exister ou faire exister l’église de Jésus.

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