vendredi, 22 septembre, 2017
« Napoléon et la Campagne de France » de Pierre Miquel
Napoléon au pont d'Arcis-sur-Aube (tableau de Jean-Adolphe Beaucé).

« Napoléon et la Campagne de France » de Pierre Miquel

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« Napoléon et la Campagne de France », Jean Miquel (éditions Bartillat, 2003).

C’est l’histoire d’un empereur qui, seul contre tous et en totale infériorité numérique, est parvenu à réaliser une campagne de génie ayant sérieusement compromis l’avancée des coalisés. C’est l’histoire de soldats venus de toute l’Europe, tremblant à l’idée même de fouler le « brûlant » sol français et paniquant à la vision du bicorne tricolore entouré de ses bonnets à poil. « Napoleone ! Napoleone ! », criaient les coalisés en s’enfuyant, alors que la victoire leur était assurée. C’est l’histoire d’un empereur trahit de toutes parts qui abdique pour préserver le sang de ses sujets, sacrifiant ses propres intérêts à des conditions qui ne seront, bien-sûr, pas respectées. Cette histoire, c’est celle de la Campagne de France de 1814, agréablement contée par Pierre Miquel dans son ouvrage aux éditions Bartillat.

Un ouvrage qui permet tout d’abord de nuancer, voire de faire mentir, certaines légendes diffusées sous la Restauration puis sous la République.

Non, la France ne manquait pas de soldats. La plupart des forces vives de l’armée étaient retenues dans les forts assiégés d’Allemagne, et ce qui manquait surtout était le matériel, les chevaux, ainsi que les personnes qualifiées pour servir dans l’artillerie.

Non, le peuple de France n’était pas hostile à l’Empereur. Il était lassé des guerres (celle-ci n’était, en l’occurrence, pas du fait de Napoléon) et craignait les pillages et la barbarie des alliés. Il s’agit également d’une question géographique : les régions de l’Ouest, non touchées par la guerre, étaient bien loin des soucis nationaux, ce qui explique les nombreuses désertions et leur esprit réfractaire. En parallèle, les régions de l’Est, à la frontière, n’ont pas manqué d’exprimer leur patriotisme et servaient volontiers dans les rangs de l’empereur, quitte à former leurs propres milices pour défendre leurs terres. Ceci est sans parler du soutien spontané des populations qui, par leurs renseignements et leur participation à la construction de ponts, auront été d’une grande aide. Et que dire de ces braves Maries-Louises qui, sous la mitraille, usaient de leur dernière énergie pour un ultime « Vive l’Empereur ! » lâché à la face du monde ?

Non, enfin, les alliés ne voulaient pas absolument réinstaller les Bourbons, pas même forcément déchoir Napoléon Ier. À tout moment, ceux-ci attendaient le traité de paix. Ils étaient même enclins à laisser à la France la rive gauche du Rhin, ce que l’Angleterre ne permettait pas. L’Autriche souhaitait une régence de l’impératrice Marie-Louise (fille de l’empereur d’Autriche) quand les Russes voulaient installer Bernadotte sur le trône. L’acharnement de la Perfide Albion à vouloir régner sans partage sur le monde aura eu raison de la paix, à grand renfort de pièces d’or. Une tradition.

Mais s’il est bien un point sur lequel tout le monde s’accorde, c’est sur le génie militaire de Napoléon qui réalisa là l’une de ses plus brillantes campagnes, avec celle de la première campagne d’Italie. En nette infériorité numérique, il saura utiliser sa capacité de mouvement redoutable pour combattre les envahisseurs habillement. Pas question de livrer une grande bataille, le déséquilibre des effectifs ne le permet pas. Napoléon va profiter de la fâcheuse tendance de Blücher à étirer ses lignes pour attaquer à des endroits stratégiques. Attaquer, se replier, contourner, diviser, attaquer à nouveau… Tel fut l’enfer proposé aux envahisseurs. Tout l’enjeu était, également, d’empêcher l’armée de Schwarzenberg, qui arrive du Sud-Est, de joindre celle de Blücher. À ce jeu, Schwarzenberg sera d’une piètre habileté, compromettant l’invasion par une lenteur démesurée… Et que dire de l’incroyable atout psychologique qu’était la seule présence de Napoléon ! « Javais l’habitude de dire de lui que sa présence sur le champ de bataille faisait une différence de 40 000 hommes », confiera Wellington. Tout est dit.

Le livre de Pierre Miquel, par sa précision, son déroulé agréable des faits et sa lecture simple, est à recommander. Même si l’auteur se montre d’une étrange tolérance envers ceux qui ont trahi l’Empereur, tentant de leur trouver excuses et circonstances atténuantes, « Napoléon et la Campagne de France » est un bon moyen de s’initier à cette période historique qui, certes, se termine par une défaite, mais n’aura jamais fini de nous faire nous incliner d’admiration.

Christopher Lings

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A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim.

Un commentaire

  1. Pierre Miquel est (était, puisque décédé) un très bon historien, j’ai lu de lui « Les poilus d’Orient ». Encore une facette de notre histoire ignorée des manuels scolaires et par extension du grand public.

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