samedi, 27 mai, 2017
Rollon, le chef viking qui fonda la Normandie
Statue de Rollon, à Rouen, par Arsène Letellier (Wikimedia CC).

Rollon, le chef viking qui fonda la Normandie

Paru récemment aux éditions Tallandier, le dernier ouvrage du Professeur Pierre Bouet, spécialiste des historiens médiévaux de langue latine à l’Université de Caen, Rollon nous fait voyager dans cette péninsule normande qui, au Xe siècle, devint véritablement la Normandie.

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L’ouvrage de Bouet n’est pas une biographie du fameux chef viking Rollon, « signataire » du traité de Saint Clair-sur-Epte (911) élevé par là au rang de comes Rothomagensis (comte de Rouen) puis Duc de Normandie, comme pourrait le laisser présumer le titre de l’ouvrage. Il est en effet bien difficile de déterminer exactement la vie de ce personnage qui, à travers les différentes chroniques tardives — principalement celle de Dudon de Saint-Quentin— utilisées par l’auteur pour rédiger son essai, passe du jour au lendemain de pillard païen et sanguinaire à protecteur de l’Eglise.

Ce livre, s’il n’est pas une biographie à proprement parler, est un récit de l’installation normande dans la péninsule éponyme, installation qui répondait à une logique dépassant le cadre de la Normandie.

C’est en effet dans la même période, celle que les spécialistes de la question scandinave tel que Régis Boyer appellent la « troisième phase » des raids vikings — conduisant à leur installation durable dans certains territoires — que l’Occident tout entier voit débarquer sur ses côtes des milliers de combattants venus du Nord en quête d’une terre cultivable. Aussi, si la Normandie (qui conduira à la conquête de l’Angleterre en 1066) est le cas le plus proche de nous, rappelons également que les Normands fondèrent un fabuleux royaume dans la péninsule italienne, le fameux royaume de Sicile1, qu’ils participèrent activement à la fondation des principautés rus’ de Kiev et de Novgorod, servirent dans la garde rapprochée des empereurs byzantins, allèrent en Espagne musulmane et jusqu’au Saint Laurent…

Mais revenons à notre Normandie. Nous avons dit que l’ouvrage traité n’était pas une biographie de Rollon. Pour autant, c’est à travers les brides de récit sur la vie de ce personnage que l’auteur nous raconte la fondation du duché normand qui, comme dans les autres cas sus-cités, résulte en partie des circonstances.

Les vikings, qui connaissaient bien le royaume des Francs et les différents royaumes anglais — tant géographiquement que culturellement — pour les avoir moult fois ravagés, profitaient de l’incapacité notoire des autorités compétentes, empêtrées dans des luttes intestines sans fin, à les repousser militairement, préférant acheter la paix plutôt que de la prendre par les armes. Ce fut le cas pour la Normandie, même si la conquête n’en fut pas instantanée. Le passage du chef viking au fidèle du roi des Francs fut long et non dénué de difficultés.

Mais l’apport scandinave au royaume fut considérable : il sécurisait les voies fluviales contre d’éventuelles autres bandes vikings, ôtant ainsi une grosse épine du pied du roi, dont la puissance était alors déjà bien compromise en ce Xe siècle qui voit l’apparition de la société féodale. Il apportait un bagage politique et judiciaire plus ferme que la coutume franque qui, outre la fermeté de ses princes, permettait à la Normandie de ne pas subir le morcellement territorial que connut le reste du royaume à l’époque féodale. D’une écriture limpide, Rollon est une parfaite introduction à l’histoire médiévale de la Normandie, ouvert sur la découverte de la culture scandinave.

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1 Lire à ce sujet l’ouvrage de Pierre Aubé : Les empires normands d’Orient.

A propos de Louis Landais

Louis Landais
Etudiant, passionné d'histoire et des Humanités en général.
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