lundi, 22 mai, 2017

Cachez cette mort que je ne saurais voir

Lundi 21 janvier, l’AFP publie une photographie d’un soldat français en intervention au Mali. Ce dernier, debout à côté d’un véhicule dans une rue de Niono, une ville reprise aux Islamistes, porte un foulard à l’effigie d’une tête de mort. Scandale !

La photographie, plutôt réussie, ne passe pas. Les réseaux sociaux sont en ébullition, les médias et la bien-pensance parisienne suivent. Partout on s’insurge, on crie au déshonneur, on joue les vierges effarouchées. Dans Le Monde, François-Bernard Huyghe estime que cette photo « donne l’impression que nos soldats pourraient être du côté des bandes de voyous ». Le quotidien Metro parle d’un « soldat qui se croit dans un jeux-vidéo ». Devant la fureur médiatique, l’État-major des armées se vautre à plat ventre. Son porte-parole, le colonel Thierry Burkhard, s’empresse de déclarer qu’il s’agit d’ « un comportement qui n’est pas acceptable. Cette image n’est pas représentative de l’action que conduit la France au Mali à la demande de l’Etat malien ». Plus tard, l’armée annoncera avoir « identifié » l’immonde parasite et fera part d’une « étude de sanction en cours ». Quelle faiblesse. En venir à sanctionner un de ses soldats, foutre sa carrière en l’air pour une polémique à deux sous, il y a de quoi se prendre la tête à deux mains. Et ça veut combattre le terrorisme ? Que l’on commence par le terrorisme intellectuel et nous serions déjà bien avancés.

Car qu’est-ce qui choque dans ce cliché de l’AFP ? La pose du soldat ? De pose, il n’y en avait pas. « Un hélicoptère était en train d’atterrir et soulevait d’énormes nuages de poussière. Instinctivement, tous les soldats à proximité ont mis leurs foulards devant leurs visages pour éviter d’avaler du sable. Sur le moment je n’ai pas trouvé la scène particulièrement extraordinaire, ni choquante. Le soldat ne posait pas. Il n’y a aucune mise en scène dans cette image » a confirmé l’auteur de la photographie, Issouf Sanogo.

Alors peut-être est-ce la symbolique de la mort ? Mais à quoi vous attendiez-vous, vous qui aviez approuvé cette intervention il y a encore quelques jours ? L’élite bien-pensante de la presse française, bobo jusqu’à la caricature, semble se réveiller avec la gueule de bois, comme le souligne très justement Edouard Frémy sur Boulevard Voltaire. Car, messieurs les scandalisés, la guerre c’est la mort. La guerre, ça n’est pas quelque chose de beau, de propre, comme peuvent l’être vos bureaux des centres-villes. Allons, une tête de mort… À ce rythme-là, il sera bientôt interdit à nos soldats de porter bottes et uniforme, trop violent. Aussi, retirez-leur leur fusil, tant que vous y êtes ! Mais oui ! Un fusil ça tue, ce n’est pas très gentil de tuer ! Sur ce coup, il semblerait que l’on ait oublié, peut-être un peu trop vite, que la mort faisait partie intégrante de la guerre.

D’autant que cette symbolique n’a rien de nouveau. Les sous-mariniers américains n’arboraient-ils pas des drapeaux pirates à l’effigie d’une tête de mort pour se réclamer de cette terreur des mers d’antan ? L’emblème du 2ème Régiment Étranger de Parachutistes (2REP) n’est-il pas une tête de mort coiffée d’un béret et accompagnée de la devise : « Le diable rit avec nous » ? Et puis, pour être craint, il faut impressionner, terroriser. Il en a toujours été ainsi et la symbolique a, de tous temps, joué un rôle capital. Les samouraïs du XVIIe siècle l’avaient bien compris et portaient, pour faire peur à leurs adversaires, de terrifiants masques représentant monstres et bêtes sauvages. Quoi de plus banal ? Cette indignation est caractéristique d’une époque qui refuse de voir la mort en face, et va jusqu’à nier sa présence même au sein d’une guerre. Le monde à l’envers.

Mettons nos soldats en tutu avec des pistolets à eau, peut-être alors ces bonnes âmes fragiles dormiront-elles plus tranquilles. Jusqu’au jour où la guerre se retrouvera devant leur porte à digicode.

Christopher Lings

A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim.
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