samedi, 21 octobre, 2017
28 juin 1914 : L’attentat de Sarajevo et la mort de François-Ferdinand
Assassinat contre l’archiduc François-Ferdinand et son épouse la duchesse de Hohenberg, par le nationaliste serbe de Bosnie Gavrilo Princip.

28 juin 1914 : L’attentat de Sarajevo et la mort de François-Ferdinand

En cette année 2014, nous commençons à célébrer le centenaire de la Première Guerre mondiale. Véritable matrice du XXème siècle, cette guerre que l’on espérait être la « der des der » a eu une influence non négligeable dans l’histoire contemporaine et même sur le temps présent.

Nous essayerons bien-sûr au mieux de commémorer les grands moments de la Grande Guerre pour participer à cette grande période de réflexion qui durera 4 ans. C’est l’occasion d’ailleurs pour les historiens de poursuivre l’étude de la guerre et de renouveler l’approche historiographique de cette question.

Commençons donc par le commencement. Nous savons tous que la guerre fut provoquée par l’étincelle que fut l’assassinat de François-Ferdinand (héritier de l’Empire austro-hongrois) par un nationaliste bosniaque. Mais pourquoi un événement qui semble si éloigné de France et d’Allemagne a provoqué la guerre entre ces deux nations, mais aussi dans toute l’Europe ? Comment un seul assassinat a pu entraîner une guerre aussi longue et concernant autant de pays ?

Le contexte

En ce début de XXème siècle, l’Europe monte en pression et devient une poudrière. Tout d’abord, dans la continuité du XIXème siècle (essor des nationalismes et guerre franco-prussienne), les nationalismes s’affirment de plus en plus du fait du désir de revanche pour certains (comme en France), mais aussi du fait d’une volonté d’émancipation (notamment dans les empires austro-hongrois et ottoman).

La montée des nationalismes entraîne une multiplication des tensions entre la France et l’Allemagne. Certes, les Français regrettent avant tout la perte de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine, mais les querelles se déplacent aussi sur d’autres questions comme les colonies. Ainsi les Français et les Allemands manquèrent de reprendre les armes au sujet du Maroc (protectorat qu’ils souhaitaient tous les deux contrôler) en 1905 et en 1911. De son côte le Royaume-Uni se méfie des Allemands, sans toutefois exprimer la même animosité. Il s’agit surtout d’une peur économique face à la montée en puissance industrielle de ce pays continental.

Dans ce contexte, les « ennemis de nos ennemis sont nos amis » : il s’agit donc de s’allier pour ne pas rester isolé. Les Français entamèrent une politique de rapprochement dès 1891 par l’alliance franco-russe et furent rejoins par les Britanniques : c’est la Triple Entente. D’un autre côté, les Allemands se sont entourés de l’Autriche-Hongrie et de l’Italie pour former la Triple Alliance.

Le nationalisme ne touche pas seulement l’Europe de l’ouest. En effet, l’Europe de l’est fut également le théâtre d’un essor du même genre. Les nationalismes des Balkans menacent deux empires : l’empire Ottoman puis l’empire austro-hongrois. Par des insurrections dès 1875 et 1878 puis par les guerres balkaniques, plusieurs pays s’affirment et affaiblissent les positions ottomanes. Les victoires balkanes de Kumanovo, Kirk-Kilissa et Lüleburgaz en 1912 et 1913 permettent à la Serbie, au Monténégro, à la Roumanie, à la Bulgarie et à la Grèce de gagner des territoires importants face aux Ottomans qui reculent.

La Russie profite de ces victoires balkaniques pour animer le panslavisme. Le multinational empire austro-hongrois est aussi menacé par les nationalismes intérieurs et extérieurs. Les relations entre les pays slaves et l’empire se détériorent.

C’est dans ce contexte tendu dans toute l’Europe que l’héritier de l’Empire austro-hongrois, François-Ferdinand, est en visite à Sarajevo avec sa femme le 28 juin 1914. Une date pas forcément bien choisie puisque c’est ce même jour qu’en 1389, les Serbes perdirent la bataille de Kosovo Polje et furent annexés par l’empire ottoman… La minorité serbe prend cette visite comme une provocation. Mais malgré un climat incertain, la visite a quand même lieu…

Les faits

Départ de l'hôtel de ville, cinq minutes avant l'assassinat, scène immortalisée par le photographe de la cour autrichienne Carl Pietzner.

Départ de l’hôtel de ville, cinq minutes avant l’assassinat, scène immortalisée par le photographe de la cour autrichienne Carl Pietzner.

Malgré un avertissement de l’ambassadeur de Serbie à Vienne, qui affirmait qu’un attentat se préparait pour cette visite, l’archiduc François-Ferdinand se rend quand même à Sarajevo. Et au cours de la visite, le danger augmenta puisque le couple ne fut que temporairement protégé par l’armée. Traversant la foule, la voiture impériale fut alors à la portée de tirs des 7 conspirateurs ayant préparé l’attentat pour revendiquer la constitution d’une « Grande Serbie ». Les premiers conspirateurs n’ayant pas réussi à être en position de tir, c’est un autre qui fit la première tentative à l’aide d’une bombe. Mais le conspirateur n’avait pas pris le temps d’attendre les 8 secondes requises pour lancer sa bombe, qui a finalement touché la voiture suivante. Croyant l’archiduc abattu, les conspirateurs s’enfuirent. Mais moins d’une heure plus tard, l’un d’entre eux aperçu l’archiduc vers 11 h. Il rattrapa donc la voiture de François-Ferdinand qui se dirigeait vers l’hôpital pour prendre des nouvelles des blessés suite à l’explosion… et porta le coup de feu fatal à l’héritier et à sa femme.

Interrogé, Princip ne révéla rien du complot. Il semble difficile de rattacher son groupe aux mouvances anarchistes et nationalistes comme Jeune Bosnie ou la Main Noire. Mais la Main Noire a toutefois fourni aux assassins les armes et les capsules de cyanure (qui se sont révélées être très faiblement dosées).

Vers l’emballement et l’affrontement

Dès l’assassinat du 28 juin, l’Autriche-Hongrie accuse la Serbie et décide un « règlement de compte final, et fondamental ». La crise austro-serbe s’étend progressivement à toute l’Europe. Soutenu par son allié germanique le 5 juillet 1914, l’empire austro-hongrois pense que le conflit restera limité du fait des neutralités française et britannique. Quant à l’Allemagne, elle voit une guerre contre la Russie comme un risque à prendre en raison d’un rapport de force lui étant favorable.

Le 23 juillet, l’Autriche-Hongrie présente un ultimatum à la Serbie et demande à des policiers autrichiens d’enquêter en Serbie, ce qui apparaît comme une véritable agression contre la souveraineté serbe.

Face aux tentatives d’enrayer l’emballement vers un conflit européen, c’est la logique des alliances (qui se sont révélées solides) qui l’emportera. Le 26 juillet, la Russie se mobilise pour soutenir la Serbie. En réaction, l’Allemagne déclare la guerre à la Russie le 1er août, puis à la France le 3 août et envahit la Belgique le 4 août, ce qui pousse les Britanniques à leur déclarer la guerre le même jour.

Alors que les mentalités semblaient prêtes à une guerre depuis plusieurs années, la mobilisation est accueillie avec surprise par les Européens. Il faut dire que des tentatives pacifistes étaient encore à l’œuvre avec Jean Jaurès notamment, mais celui-ci fut assassiné le 31 juillet et emporta donc dans la tombe tout espoir de paix.

Et comme si cela ne suffisait pas, les deux principaux colonisateurs que sont le Royaume-Uni et la France firent entrer en jeu  leur empire, lançant le départ d’une guerre mondiale sans précédent.

Vincent Remy (Actualités & Intérêts)

Sources :

  • Georges DUBY, Atlas historique, Larousse.
  • André LOEZ, Nicolas OFFENSTADT, La Grande Guerre, Carnet du Centenaire, Albin Michel.

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A propos de Vincent Remy

Professeur d'histoire géographie et blogueur sur Blogactualite.org. Passionné d'histoire, de politique, d'économie, de sciences humaines et sociales, de débat, de sciences, de culture et de sport.

Un commentaire

  1. Le court passage sur la Main Noire est très discutable. Quand une organisation fournit des armes et des explosifs à des assassins, leur procure un entrainement (même sommaire), un soutien financier et une aide logistique (pour passer la frontière et se rendre sur le lieu de l’assassinat), il s’agit évidemment d’une participation active à un attentat. L’implication de cette organisation dans l’attentat va vraisemblablement bien au-delà.

    Un fait qui n’est pas non plus mentionné ici: la Main Noire était contrôlée par les milieux ultranationalistes serbes au sein de l’armée et des services spéciaux serbes. Son leader « Apis » était d’ailleurs le chef des services de renseignements à l’Etat Major de l’Armée serbe. L’infiltration des structures militaires par ces ultranationalistes semble un sujet que pas mal d’historiens préfèrent éviter. C’est plus politiquement correct de dire qu’on a envoyé 1 million et demi de Français au casse-pipe pour aider un petit pays agressé que pour voler au secours d’un état gangréné par des terroristes ultranationalistes…

    L’article donne à penser que l’attentat contre François-Ferdinand est une réponse serbe à des provocations autrichiennes. Si mes souvenirs sont exacts, c’est en gros la version donnée à l’époque par « Pijemont », le journal affilié à la Main Noire. L’assassin a donné une justification sensiblement différente: « en tant que future souverain, il aurait nuit à notre union [la grande Serbie] en mettant en œuvre certaines réformes ». En clair, il n’a pas été tué pour son hostilité aux minorités slaves mais parce qu’il souhaitait leur donner une meilleure place dans l’Empire austro-hongrois (avec pour effet de rendre la Grande Serbie moins attractive pour les Serbes de Bosnie).

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