mardi, 24 octobre, 2017
Manifeste d’une génération en crise
Crédits : Wikimedia CC

Manifeste d’une génération en crise

Je suis d’une génération pour qui les mots  « crise » et « bonheur » sont dévoyés tant leur utilisation paradoxale et complémentaire est permanente.

Une génération en crise économique et sociale d’une part, et en crise existentielle et identitaire d’autre part, toutes deux engendrées par le phénomène de globalisation. Je suis d’une génération américanisée à outrance depuis la chute du modèle alternatif constitué par le bloc de l’Est, commencement de « la fin de l’Histoire » des années 90. Le soft power actionné, je suis d’une génération obnubilée par les séries & films US, les marques US et la musique US. Ces quatre rouleaux compresseurs, diffusés à coup d’ondes massives, stimulent des effets de mode irrésistibles. Le mode de vie à l’américaine, fait d’individualisme à outrance, a trouvé son écho dans les revendications traditionnelles des français – mise au centre de l’Homme avec l’humanisme, et mise au centre de l’individu-citoyen avec la Révolution et les droits de l’Homme, deux inventions françaises. Ainsi plongée dans ce tourbillon de culture américaine, je suis de la génération pour qui les États-Unis représentent ce nirvana terrestre répondant à tous les désirs du consommateur hédoniste. Cette vision a été d’autant plus idéalisée que je suis de la génération ayant baigné dans une crise dont tous les points de conjonction se trouve être la mondialisation libérale érigeant la guerre économique pour tous mais décidée par une poignée de privilégiés. Le chômage crevant des plafonds, la croissance en berne, le désabusement de la politique concrétisé par une abstention record sont autant de phénomènes indicibles mais prégnants ayant forgé les mentalités. Je suis de la génération dont dont le premier frisson patriotique a été la victoire de l’Équipe de France en 1998, portée au pinacle par le slogan « Black, blanc, beur », et dont le premier frisson politique a été la qualification au second tour de Jean-Marie Le Pen le 21 avril 2002.

C’est ainsi que je suis de la génération qui s’est jetée à corps perdu dans des substituts libérateurs-destructeurs – drogue, alcool, phénomène de geeks fait d’addiction à internet et/ou aux jeux vidéos – avec comme lieux de pèlerinage Amsterdam. Je suis de la génération qui s’est efforcée de devenir par elle-même flexible et libérale à défaut de voir les structures du marché du travail le devenir.  Une génération qui a subi l’enchaînement de stages sous-payés, le renouvellement sans fin des CDD, l’abaissement à exercer des petits boulots ne correspondant pas du tout aux aspirations qu’elle s’était fixées. Je suis d’une génération qui vit le « rêve américain » en France, sans le savoir, tout en rêvant d’aller aux États-Unis…

Je suis de la génération qui a vu la généralisation des ordinateurs, cultivant ce doux paradoxe : l’isolement entre internautes isolés, confortable matelas à la solitude. Je suis de la génération qui n’a lâché la télévision que pour un autre écran, l’ordinateur, tout en étant rivé sur celui du téléphone. Je suis de la génération qui préfère écrire ces lignes sur un clavier quel qu’il soit plutôt que sur une feuille de papier. Cerné par les écrans, je suis de la génération qui a mal aux yeux et de celle qui n’a pas froid aux yeux dans la gestion de son mode de vie, se dégradant la santé au point d’être sur le point de devenir la première génération à marquer un coup d’arrêt à la hausse continuelle de l’espérance de vie.

Je suis de la génération nourrie dès le plus jeune âge au biberon du féminisme, à l’idéalisation de la femme à travers les Walt Disney, les séries US et les films hollywoodiens. Je suis de la moitié de celle qui a appris à être un gentil garçon, doux et attentionné, sous prétexte de ne pas tout de suite tomber dans le viol et le harcèlement sexuel le plus violent. Je suis de la génération Y et de la banalisation du X, s’étalant sur des affiches publicitaires jusqu’aux clips musicaux les plus vulgaires en passant par les jeux de télé-réalité condensés de débilité, et corrompant ainsi le modèle de femme à laquelle aspire une partie des jeunes générations féminines. Je suis de la génération où le sexe faible, bourré de complexes tant physiques – par rapport aux autres filles – qu’intellectuels – par rapport aux hommes –, se veut meilleur que le sexe fort. Et y parvient finalement, dans tous les domaines exceptés ceux demandant un caractère masculin fortement marqué – sciences, pouvoir financier –, ceux devant lesquels ce conditionnement par la culture s’arrête face à la nature et la biologie.

Je suis de la génération du mélange des genres, de l’indifférenciation des sexes au nom de l’égalité, de l’égalité des droits, en apparence, pour la liberté totale du marché en réalité. Je suis de la génération de l’enfant élevé presque exclusivement par sa mère, de la génération de l’absence du père, de celle pour qui on a vidé de son sens l’institution du mariage tant les divorces se sont propagés dans nombre de familles.

Enfin, je suis de la génération à qui on a appris méthodiquement à ne pas aimer la France. Par un focus sadomasochiste sur les heures les plus sombres de l’Histoire, par un dénigrement systématique de ces heures les plus glorieuses qui devraient faire sentir à chaque français d’où qu’il vienne qu’il appartient à une Histoire passionnante toujours en mouvement et qu’il fait partie d’une des plus vieilles Nations, une Nation qui le dépasse. Au lieu de véhiculer cette instruction saine, je suis de la génération à qui on a imprimé, comme au fer rouge sur un bagnard, les 3 piliers de la honte : l’esclavage, la colonisation, la collaboration. Malgré ce conditionnement – même conditionnement qui a converti les jeunes français à la République à la fin du XIXème siècle au sein de l’école Jules Ferry –, malgré ces effets de mode puissants venant de l’extérieur ou des élites françaises dans une logique de déconstruction nationale, je suis d’une génération qui a su conserver, au cœur de ces tempêtes mondialistes au vent antinational nocif, la flamme, la fierté, l’amour de la France ! Parce que je devais être de la génération qui conclue le nouvel ordre mondial et accepte de fondre la France dans un moule globalisé à la saveur standard et insipide, je serai aussi de celle qui entrevoit l’horreur dans lequel nous précipiteraient ces terribles projets. Je serai de la génération qui mettra un arrêt net à cette lente et inéluctable pente. Je serai de celle qui, parmi tous les drapeaux éparpillés par terre, aussi bien parmi les bannières étoilées américaine et européiste que des étendards locaux régionalistes, choisira le drapeau tricolore.

Parce qu’on lui a bourré le crâne sur la capacité à tracer son propre destin, je suis d’une génération qui ne veut pas se laisser dicter le sien par des gens ne partageant pas cette passion française, qui en a marre des soi-disant experts lui matraquant qu’il n’y a pas « d’autres voies possibles » que celles de l’intégration toujours plus poussée dans ce village global par la suppression des frontières, quelles qu’elles soient.  À la lisière entre deux siècles, deux états d’esprit, deux modes de vie, je suis d’une génération qui devra conjuguer ces deux sources d’influences pour en faire une grande synthèse qui puisse rassembler des générations entremêlées et fractionnées par des fractures toujours plus grandes.

Guillaume

A propos de Guillaume N.

Guillaume N.
Passionné par le débat d'idées, je m'intéresse à tout ce qui touche à l'Homme en général, et à l'histoire, la politique, Paris et notre douce France, en particulier. Jeune diplômé en économie, j'aspire à faire partager les vertus du bonapartisme: synthèse de la gauche et de la droite, des traditions et de la modernité, vecteur de pragmatisme et du rejet du dogmatisme.

14 commentaires

  1. Ou comment me décrire en quelques lignes 🙂 bravo pour ton texte. T’as réussi à exprimer notre mal-être générationnel en l’associant à cet espoir, cet instinct de survie qui brûle encore en nous.

    • Tout à fait d’accord.

      Quel esprit de synthèse salvateur… Ton texte décrit de manière intelligible le sillon alternatif sur lequel quelques hommes de notre génération Y se sont « égarés ».

      Un sillon de nos jours alternatif mais historiquement multiséculaire. Renforcé siècle après siècle, crise après crise, par des êtres se transcendant, capable de déchirer leurs propres voiles tribaux, exterminer les germes de la dispersion, balayer les plans des barbares et des « ennemis de l’intérieur« .  Ces générations transpercés par le véritable génie français, la Nation, nous ont légué cet héritage, ce fragile sillon qui nécessite d’être continuellement creuser, déblayer, consolider.

      Je vois ton texte comme historique car il nous pose une question fondamentale et nous renvoie seul face à nos tripes ; sommes nous la dernière génération à être transcendé par « cette passion française »  ?  Laisserons nous nos contemporains empêcher la marche de ce sillon, le fermer à tout jamais ?

      Aussitôt l’idée de Nation à la française, c’est à dire transcendantale, s’est élevée en 1789 grâce aux solides fondements de l’expérience des âges, aussitôt fût t-elle combattu, et cela sans cesse depuis, malgré quelques gloires ici et là.
      Elle tient debout depuis lors, tant bien que mal, grâce à ce que Renan appelait « le plébiscite de tous les jours »,  mais jusqu’à quand ? Question rhétorique ; jusqu’à ce que nous expirons notre dernier souffle, à moins que nous accomplissons quelques petits desseins en accord avec ce qui ventilent notre âme, comme par exemple, comme tu le suggères, ramasser un certain drapeau tricolore, l’extirper de la boue.

      J’aime lire un obscure universitaire belge lorsque ces pensées me traversent ; il écrivait en 1916  » Après 1870, la croyance dans la supériorité de la race allemande et l’infériorité des Français devint presque un dogme. On prétendait que les Français étaient une nation en décadence et qu’avec tous leurs dons brillants, ils demeuraient d’une frivolité incorrigible et d’une incurable immoralité. Les critiques leur concédaient ironiquement une certaine supériorité dans les arts de la cuisine, de la danse et de la mode et dans les grâces légères de leur style( cf: http://boutique.lepoint.fr/produit/498/le-genie-francais ). Quand à la force morale et intellectuelle, ils avaient cessé de compter ».

      Nous vivons une époque charnière, notre génération a la chance ou le fardeau, de décider d’enterrer la Nation française, ou  de la faire perdurer dans la continuité jusqu’au prochain siècle, crise…      Rassemblons nous.

  2. Très bon texte. je reproduis pour le plaisir, ce tournant dans votre thèse:
    « Parce que je devais être de la génération qui conclue le nouvel ordre mondial et accepte de fondre la France dans un moule globalisé à la saveur standard et insipide, je serai aussi de celle qui entrevoit l’horreur dans lequel nous précipiteraient ces terribles projets. Je serai de la génération qui mettra un arrêt net à cette lente et inéluctable pente. Je serai de celle qui, parmi tous les drapeaux éparpillés par terre, aussi bien parmi les bannières étoilées américaine et européiste que des étendards locaux régionalistes, choisira le drapeau tricolore ».
    merci Guillaume!

  3. Bravo excellent manifeste. Exprime ce que bcp de jeunes ressentent sans trop oser le dire face à l’inquisition bobo-libérale.
    Nous gagnerons, car ce sentiment se propage et atteindra bientôt les couches populaires peu conscientisées et surtout abruties par les artifices mentionnés dans ce texte. Mais ça viendra, gardons nos valeurs et la tête froide.
    Encore bravo !

  4. Jacques-Olivier Ledard

    Bravo ! Pour ma part, je me suis pleinement reconnu à travers ces lignes. Rien à retrancher.

  5. Christopher Lings

    Un excellent manifeste à travers lequel beaucoup se reconnaîtront. Il résume tout. Pertinent et efficace. Bravo.

  6. C’est tout moi ! Merci pour ce fabuleux texte ! Courage à cette partie de la génération Y dont nous faisons partie car elle doit lutter ! Cela me réchauffe le cœur, moi qui comptait partir de la France pour des pays exotiques (Afrique) pour trouver le bonheur et le sens de l’Homme 

  7. Très bon article, sauf un point avec lequel je suis en désaccord. Vous écrivez : [la femme] »y parvient finalement, dans tous les domaines exceptés ceux demandant un caractère masculin fortement marqué – sciences, pouvoir financier –, ceux devant lesquels ce conditionnement par la culture s’arrête face à la nature et la biologie. » Certaines des plus grands scientifiques sont des femmes comme Marie Curie. Même s’il est vrai que les femmes préfèrent généralement s’engager dans des métiers en lien avec l’humain, non par manque de compétence mais par attirance pour la relation à l’autre. Certaine femmes détiennent un grand pouvoir financier, en tant que chef d’entreprises, héritières, ou autre.

    • Guillaume

      Bien sûr, oui. Je ne nie pas qu’il y ait des femmes qui soient très doués en sciences et en finances, je dis simplement qu’elles doivent développer un fort caractère masculin. Chacun d’entre nous a du masculin et du féminin, mais la proportion varie fortement selon les individus (cf Weininger « sexe et caractère »). Ces femmes là ont donc un trait masculin dominant, de la même manière que certains hommes peuvent avoir un trait féminin dominant.
       

  8. Moi aussi j’ai les yeux explosés de sang devant les écrans, mais j’ai un mode de vie et une volonté qui m’a (presque) toujours permis de refuser le téléphone portable ; c’est déjà ça. Et pour les addictions informatiques, se dé-sinscrire de Facebook fait du bien mais ça serait une perte de ne plus contribuer à la page de Zemmour 😉 (sur laquelle je suis tombé via un lien d’une copine … 🙂
    Je regardais le film la Haine l’autre jour qui a secoué une génération, mais cette fois ci je n’ai plus vu la pauvre jeunesse sacrifié des banlieues mais juste des voyoux plutôt détestables dans l’ensemble, même si j’aime toujours Vincent Cassel. Ce film est aussi un témoin de la culpabilité des français envers ces banlieux, qui ont quand meme remplacé des bidonvilles et dont les loyers sont subventionnés à mort par l’état. L’antiracisme a été si profondément implanté dans nos cerveaux que même l’idée de ne pas aimer un voyoux des banlieues nous fait culpabiliser et nous donne l’impression d’être raciste. Mais un peu moins qu’avant 🙂
    Très bon texte en tout cas. Merci et à plus !

  9. Je ne suis pas de votre generation car né le 25 aout 1939 ,pour ceux qui connaissent encore quelques dates de notre histoire de FRANCE  c’est quelques jours avant le debut de la seconde guerre 39/45…aussi n’ai je pas vu mon Père partir..ni revenir puisque décede le 11 Avril 1944 en revenant de captivité ; aussi les soucis de ma jeunesse n étaient pas les memes que les votres .Mais on nous avaient enseigne d’autres valeurs que celles que l’on donnes aujourd’hui ET  SURTOUT D’AUTRES EXEMPLES QUE CEUX DONNES PAR NOS POLITIQUES .
    NOUS ETIONS FORTS DE L’EXEMPLE DONNE PAR CES FEMMES ET SES HOMMES QUI S’ETAIENT SACRITIES SANS CALCUL POUR NOTRE PAYS , NOUS LAISSANT GRAVE AU FOND DU COEUR ET DE LA MEMOIRE L’AMOUR PROFOND DE NOTRE PATRIE .
    Je suis PROFONDEMENT DE COEUR AVEC VOUS , CAR IL N’Y A QUE LA REVOLTE DE VOTRE JEUNESSE QUI PUISSE ENCORE EVITER A NOTRE PAYS  LA DECADENCE OU IL EST ENGAGE ! 

     

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