La scission de l’UMP pour sauver la droite

Après l’énième coup de théâtre suite à l’échec de la médiation Juppé, l’UMP se rapproche de plus en plus d’une scission qui pourrait être salvatrice pour la Droite, notamment après la décision du camp Fillon de créer un nouveau groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale.

Nous ne reviendrons pas en détail sur la querelle interne des Copéistes et des Fillonistes ; mais seulement sur l’histoire idéologique de ce parti, c’est à dire à sa création en 2002 à sa probable (et souhaitable) mort en 2012.

L’Union pour la Majorité Présidentielle naquit le 23 avril 2002 sous l’impulsion de Jacques Chirac et d’Alain Juppé (rebaptisée, quelques mois plus tard, Union pour un Mouvement Populaire). Cette union intégra trois partis : le RPR (Rassemblement pour la République), DL (Démocratie Libérale) et Écologie Bleue.

L’UDF, alors présidé par François Bayrou, souhaitait prendre ses distances vis-à-vis de son allié du RPR avant l’élection présidentielle de 2002, mais elle vit finalement nombre de ses cadres soutenir Jacques Chirac et, de ce fait, intégrer l’UMP après la victoire de ce dernier face à Jean-Marie Le Pen.

Il y a, dès lors, une fracture idéologique entre les adhérents et sympathisants d’avec les cadres du mouvement qui, loin de partager les doctrines souverainistes d’un grand homme de droite comme Philippe Séguin, sont élus sur ces dernières (rappelez-vous Sarkozy en 2007 et la “stratégie Buisson”) mais ne les appliquent pas, préférant la ligne social-démocrate de l’UDF.

Comme le souligne fort habilement Eric Zemmour, l’UMP fut donc créé sur cet axiome : « les idées de l’UDF, les places au RPR ».

Pour étayer cet argumentaire, nous essaierons de synthétiser les travaux de René Rémond, historien et politologue auteur de l’ouvrage « Les Droites en France », afin de les rendre accessible à tout un chacun. Ce dernier développe sa démonstration sur une thèse novatrice selon laquelle il n’y aurait pas en France une seule droite, mais trois, issues des conflits de la Révolution française : les droites légitimiste (contre-révolutionnaire), orléaniste (libérale) et bonapartiste (césarienne).

Mais prenons-les, tout d’abord, dans l’ordre et tâchons de les expliquer.

Droite légitimiste

Toujours selon René Rémond, le régime de Vichy se rattacherait à cette droite contre-révolutionnaire, courant réactionnaire contestant les grands principes de 1789 et héritière de l’ultracisme.

Mais n’étant plus représenté dans le paysage politique français de nos jours, il n’est guère intéressant de s’étendre plus longuement sur le légitimisme.

Droite orléaniste

L’orléanisme désignait les partisans de la Maison d’Orléans et du régime de la Monarchie de Juillet du roi de France Louis Philippe Ier.

Correspondant à une vision politique intégrant et assumant les acquis révolutionnaires de 1789, l’orléanisme fait sien l’héritage libéral et parlementaire, inspiré du modèle anglais ; mais aussi de l’utilisation du suffrage censitaire en lieu et place du suffrage universel.

Plus récemment, on peut aisément placer Valéry Giscard d’Estaing dans la tradition orléaniste, c’est-à-dire la droite libérale assurant les intérêts d’une bourgeoisie d’affaires au détriment du peuple.

Droite bonapartiste

Le bonapartisme, fondé et modelé par l’Empereur Napoléon III, met tout particulièrement en avant la personne du souverain, l’exercice solitaire et autoritaire du pouvoir. Tel qu’il fut pratiqué par le dernier monarque français, le bonapartisme recherche de manière permanente le soutien des masses populaires, à travers notamment la pratique du plébiscite (référendum aujourd’hui) et reconnait uniquement le suffrage universel, tout en se méfiant du parlementarisme et des partis politiques.

De nos jours, le Gaullisme est la continuité de la doctrine bonapartiste. Ces derniers ayant d’ailleurs soutenu la constitution de la Vème République. La primauté que celle-ci accorde au chef de l’Etat, directement élu par le peuple et l’importance accordée au référendum témoignent de cette affinité entre gaullisme et bonapartisme.

Rappelons d’ailleurs l’article 3 de la Constitution de cette Vème République : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. »

Maintenant que les deux droites qui nous intéressent, l’orléaniste et la bonapartiste, sont définies ; mettons-les en concordance avec le paysage politique français actuel et intégrons aussi la querelle de personne au sein de l’UMP.

Trois mouvements d’importance se démarquent, aujourd’hui, au sein de la droite française : l’UMP, le FN et l’UDI.

Concernant l’UMP et pour reprendre les explications présentes au début de l’article, la fracture idéologique entre Jean-François Copé et François Fillon prend ses sources du “combat” entre la branche gaulliste (bonapartiste) du RPR de Philippe Séguin et Charles Pasqua, à la droite centriste (orléaniste) du RPR d’Alain Juppé, de Jacques Chirac et d’Edouard Balladur.

Mais encore faut-il considérer l’honnêteté de la démarche de Monsieur Copé, notamment après l’enfumage électoral de Nicolas Sarkozy en 2007 avec la stratégie Patrick Buisson et Henri Guaino pour se faire élire (lire aussi : La Droite Forte : un nouvel attrape-nigaud).

La logique voudrait donc que François Fillon et ses soutiens rejoignent l’UDI de Jean-Louis Borloo qui se veut comme la « nouvelle UDF » et Jean-François Copé le camp des souverainistes (Front National, Debout la République, ou les deux en activant pour de bon le Rassemblement Bleu Marine).

Pour le Front National, la situation est tout de même toujours complexe.

En effet, la « diabolisation » encore excessive des médias et des membres des autres partis politiques à son égard bloque la majorité des souverainistes à se reconnaître dans son programme, et ainsi entériner la recomposition de la droite souverainiste autour du projet du FN qui, je le rappelle tout de même, est dans le même esprit que celui du RPR des années 90 (ce dernier proposait des frontières nationales fortes, la déchéance de la nationalité pour les délinquants, la suppression du droit du sol ainsi que des dévaluations de la monnaie ou encore l’éloignement de l’OTAN …).

La ligne politique du parti de Marine Le Pen se situe donc dans l’esprit du bonapartisme, tant sur l’indépendance nationale que le refus de s’inféoder à la technocratie bruxelloise de l’Union Européenne.

En conclusion, il est souhaitable que l’UMP explose pour permettre à la droite de se recomposer et ainsi, retrouver les deux grands courants que sont la droite libérale et la droite césarienne et proposer aux français une ligne politique claire.

Il est certain que, de notre côté, nous défendons une ligne gaullo-bonapartiste pour permettre à la France de retrouver sa grandeur passé, son modèle colbertiste d’état fort et autoritaire et surtout, de garder l’esprit de la Vème République souhaité par le Général de Gaulle.

Mathieu

VN:F [1.9.22_1171]
Avis: 0.0/10 (0 votes pris en compte)

A propos de Mathieu

Mathieu
Passionné d'Histoire, de politique (inter)nationale et de géopolitique ; je m'attache à faire partager ma passion et ma volonté de débattre sur tous les sujets ... surtout les plus brulants !
Revenir en haut de la page