Le mariage à Rome : un rite social et religieux

Noces Aldobrandines

Noces Aldobrandines

Aux antipodes de la désacralisation progressive du mariage que nous pouvons observer dans la France d’aujourd’hui, la société romaine de l’antiquité, à l’instar de la Grèce, a élevé le mariage au rang d’institution religieuse et au rôle social fondamental.

Qu’est ce que le mariage ?

Le mariage, à Rome, diffère à bien des égards du mariage moderne : le mariage (matrimonium) est tout d’abord une cérémonie ayant pour but de tisser un lien social et religieux entre deux personnes de sexe différent, déjà fiancés au préalable, où la femme romaine, éternelle mineure, passe de l’autorité de son père, moyennant une dot, à l’autorité de son mari ; bien que ne disposant pas de droits civiques, elle est la gardienne du foyer et elle s’occupe de l’éducation des enfants. Le mariage à la romaine est en fait bien souvent un mariage arrangé. Le mariage est un pilier de la société romaine et est un élément structurant de la famille.

Qui se marie ?

Seuls les citoyens possèdent le privilège de se marier, contrairement aux étrangers et aux esclaves. Légalement, le romain peut se marier à 14 ans, mais généralement il ne le fait que vers la trentaine, comme en Grèce ; la femme, elle, peut se marier dès l’âge de 12 ans. Dans la très grande majorité des cas, le mariage est arrangé par les parents, surtout si les familles sont riches. À l’origine, les patriciens ne pouvaient se marier avec des plébéiens, mais cela changea avec la loi Canuleia de 445 av. J-C.

Formes du mariage romain à l’époque républicaine

Nous l’avons dit, il s’agit également d’un acte « religieux », la religion à Rome étant davantage synonyme de rites correctement exécutés que de croyance. Il existe plusieurs rites, de nature plus ou moins religieuse, qui entérinent le mariage comme acte légal durant la République :

La confarreatio

Il s’agit du rite de mariage le plus ancien et il est réservé aux familles patriciennes, rite qui disparaîtra pratiquement à l’époque impériale, les familles patriciennes ayant presque toutes été décimées, et ne sera plus employé que par les flamines. Comme tout rite à Rome, il se déroule de manière très protocolaire et les cérémonies suivent des rites très précis. Les mariés mangent un gâteau rituel composé de froment et appelé pannis farreus. Il est mangé en présence du flamen dialis et du Grand Pontife qui consacre le mariage.

La coemptio

Par tradition, cette cérémonie fut utilisée plutôt par les plébéiens. Le rite, plus simple, consiste en un achat mutuel et symbolique entre les deux époux qui se versent l’un à l’autre une pièce de monnaie, emptio signifiant achat en latin.

L’usus

Ce type d’union ressemble davantage à la légalisation d’une relation de concubinage, toujours entre un homme et une femme. D’après la loi romaine, un couple ayant vécu ensemble durant plus d’un an peut être considéré comme marié si les parents respectifs donnent leur accord à cette union. Cette union peut être rompue en cas d’abandon de la femme du foyer.

Évolution à l’époque impériale

Au premier siècle après J-C, un nouveau type de mariage apparaît : les nuptiae. A l’époque impériale, les époux se promettent l’un à l’autre au cours de fiançailles et lors du mariage, l’époux apporte des cadeaux à sa femme. Évolution importante : le mariage nécessite l’accord des deux époux alors qu’à l’époque républicaine, l’accord de l’époux suffisait et la femme obtient même le droit de divorcer.

Buts du mariage

mariageromeL’un des buts principaux du mariage est de donner au citoyen romain une épouse légitime, qui lui donnera en conséquence des enfants légitimes, qui pourront donc devenir à leur tour des citoyens et hériter du nom et du patrimoine de son père.Il s’agit donc d’un acte essentiel dans l’exercice de la citoyenneté et un devoir, celui de fournir des citoyens à l’État romain: à l’exception du soldat, à qui la loi romaine interdit de se marier durant son temps de service, tout citoyen romain devait se marier sous peine de payer une taxe qui punit les célibataires.

Nous l’avons dit, le mariage est un lien social car, en plus de perpétuer la descendance d’une famille, il est le moteur d’alliances matrimoniales, plus ou moins importantes selon le degré de prestige et de fortune des familles, un exemple étant César qui donne sa fille Julia en mariage à Pompée afin d’entériner l’alliance politique entre les deux patriciens.

Aussi incompréhensible que cela puisse être pour un esprit contemporain, l’amour ne joue aucun rôle dans la formation d’un couple ; ajoutons à cela que l’amour tel que nous l’entendons actuellement est un concept qui nous vient de l’amour courtois du Moyen-Age et n’existait pas à Rome. Rappelons que comme le rôle du mariage est de perpétuer la lignée familiale, il n’a jamais existé de mariage homosexuel et il n’y a jamais eu aucune tentative quelconque afin de l’instaurer, et ce alors que l’homosexualité masculine était en usage à Rome, bien plus qu’à notre époque : elle était totalement acceptée au point que l’empereur Claude fut moqué en son temps car il était réputé pour n’aimer que les femmes; dans ce climat social, le mariage homosexuel aurait été une aberration.

Jacques-Olivier Ledard

VN:F [1.9.22_1171]
Avis: 6.4/10 (24 votes pris en compte)
Le mariage à Rome : un rite social et religieux, 6.4 sur 10 basé sur 24 ratings

A propos de Jacques-Olivier Ledard

Professeur de lettres classiques, comédien, je suis un auteur passionné par l'histoire, les langues anciennes, les livres, les arts du théâtre, que ce soit sur scène ou en régie, les sciences de l'information et bien d'autres choses encore.

2 commentaires

  1. Ayant étudié aussi un peu le Droit romain, je suis surpris que vous n’abordiez pas la question du consentement. C’était, me semble-t-il, un acte important sur lequel s’est calqué le Droit de l’Eglise : on demandait aux mariés un échange de consentements, ce qui différait radicalement des autres usages (y compris israélite).

    La différence était que le Droit romain reconnaissait le « consentement continu », c’est-à-dire que le mariage cessait lorsque cessait le consentement. D’où divorce. L’Eglise n’a jamais repris cette caractéristique.

    VA:F [1.9.22_1171]
    Avis: 4.3/5 (6 votes pris en compte)
  2. Excellent article, un superbe synthétisé de tout ce qu’on peut trouver.

    J’en ai marre de ceux qui prétendent que le mariage est un simple contrat… il l’était chez les Celtes (qui pouvaient avoir plusieurs concubines), pas chez les Romains dont nous avons hérité le droit.

    VA:F [1.9.22_1171]
    Avis: 2.4/5 (5 votes pris en compte)
Revenir en haut de la page