samedi, 21 octobre, 2017
Vers une abdication des régions et des départements ?
La France impériale des 130 département (1811).

Vers une abdication des régions et des départements ?

L’avenir de nos régions ne cessera donc jamais d’attirer toutes les interrogations. Après les propositions du comité Balladur en 2009, François Hollande, depuis bien des semaines, remet cette question au goût du jour.

Le gouvernement remanié et dirigé par l’ancien locataire de la place Beauvau en a fait son cap de croisière. En effet, Manuel Valls lors de son discours de politique générale à l’Assemblée Nationale a proposé de « réduire de moitié le nombre de régions » d’ici 2017 et de supprimer les conseils départementaux « à l’horizon 2021 ».

Changer le paysage français ne dérange visiblement pas les citoyens si l’on en croit un sondage Ifop pour Sud Ouest Dimanche. Selon ce dernier, six sondés sur dix se disent ainsi prêts à supprimer les départements, et autant à fusionner les régions pour réduire leur nombre de 22 à 11. L’analyse des sondages pourrait s’arrêter à cette étude mais la vérité se verrait entachée d’irrégularité. Le peuple de France ne se résignera pas à voir disparaître sa propre région pour faire des économies. Un autre sondage, réalisé par LH2 le 7 avril dernier, révélait que les habitants de l’hexagone étaient 54 % à refuser de voir leur région rattachée à la région voisine. Près des trois quarts (74 %) restaient défavorables à son rétrécissement et 77 % s’opposaient à sa disparition.

Les régions, comme les départements, sont un lègue du passé. Ils sont nés au fil des siècles en voyant leurs nombres tantôt augmenter tantôt diminuer. Nous vous proposons par cet article de remonter le court des événements et de découvrir ou redécouvrir l’avènement de ce qui est aujourd’hui pour chaque Français, une source d’appartenance, avec ses traditions et ses coutumes !

Ancien Régime

Avant la Révolution française de 1789, la France était divisée en provinces historiques issues de l’histoire féodale. Elles représentaient les différents territoires dont était composé le Royaume de France, jusqu’à leur démantèlement par l’Assemblée nationale et la création des divisions administratives départementales en 1790.

À cette époque, notre pays disposait de 34 à 39 provinces allant de l’Île de France à la principauté de Montbéliard en passant par le duché de Bourgogne.

Anciennes Provinces de France

Nous devons l’idée de découpage départemental à Marc René d’Argenson. En 1665 il fournit au Roi de France une première approche en la matière. Le département servira notamment à effectuer une répartition fiscale plus efficace.

Il faudra attendre 1787 pour que certaines assemblées provinciales se réunissent par véritables départements. Une proposition apparaitra alors dans les cahiers de doléances de 1788, demandant la formation de circonscriptions uniformes avec un chef-lieu accessible.

Révolution de 1789

L’Assemblée constituante de 1789, après avoir aboli au cours de la nuit du 4 août tous les privilèges (c’est-à-dire, outre les privilèges de classes, tous les droits et les usages particuliers aux différentes régions), décida d’instituer un découpage uniforme du territoire. Toutes les provinces furent supprimées. Par le décret du 15 janvier 1790 le territoire français fut divisé en 83 départements dont les noms étaient choisis en fonction de la géographie et de l’hydrographie. Les départements furent divisés en districts (disparus cinq ans plus tard), cantons et communes. Il pouvait y avoir neuf districts par départements et neuf cantons par districts. Les 41 000 communes composaient l’ensemble du territoire national.

Cette organisation proposée par Jean Cassini visait à homogénéiser le découpage du territoire français tout en conservant une administration locale, mais en retirant les spécificités des provinces, considérées comme provenant essentiellement des privilèges de l’aristocratie locale2.

Cependant, en cette année révolutionnaire, la Savoie, Nice et Belfort ne sont pas encore rattachés au royaume de France. Avignon et le Comtat Venaissin appartiennent encore aux États du pape.

« Les contours des départements ont respecté l’héritage de la monarchie. Mais l’Assemblée nationale leur a donné de nouveaux noms. La Marche est devenue la Creuse, l’Orléanais est devenu Le Loiret. On remarque que cet héritage n’a pas bougé ou presque. Chaque réforme jusqu’à aujourd’hui respecte les départements. »1

Il faudra attendre 1793 pour que soit créé le Vaucluse. La Savoie, la Haute-Savoie et les Alpes-Maritimes ne sont intégrées à la France qu’en 1860.

L’ère Napoléonienne

Le 9 novembre 1799, le général Bonaparte met fin à la Révolution par le coup d’État du 18 brumaire An VIII. Les assemblées sont déplacées à Saint-Cloud en raison de la trop forte agitation ambiante face à un prétendu complot royaliste. Napoléon, après avoir pris la parole face aux députés, obtient d’eux le vote d’une nouvelle Constitution : c’est le début du Consulat. Napoléon Bonaparte devient Premier Consul ; Emmanuel Sieyés et Roger Ducos sont les deux autres membres se partageant ainsi le pouvoir exécutif.

Napoléon Ier crée et réforme de nombreuses institutions. Ses multiples et triomphales victoires militaires mettent la moitié de l’Europe sous son contrôle au début des années 1810.

En 1811 la France est alors décomposée en 130 départements, dont plusieurs sur les terres de l’Italie actuelle de la Belgique et des Pays Bas !

Le nombre de départements sera réduit à 86 après la chute de l’Empereur en 1815.

Sous Napoléon III

Le Bas-Rhin, la majeure partie du Haut-Rhin et de la Moselle, ainsi qu’une partie de la Meurthe et des Vosges furent cédés à l’Allemagne à la suite de la guerre franco-allemande, parfois appelée guerre franco-prussienne ou guerre de 1870, qui opposa le Second Empire français au royaume de Prusse et ses alliés.

Le conflit, qui dura du 19 juillet 1870 au 29 janvier 1871, marqua le point culminant de l’affrontement entre la volonté impériale de Napoléon III d’imposer son régime comme grande puissance incontournable en Europe, et la volonté de Bismarck d’unifier l’Allemagne en un autre puissant empire, alors qu’elle était encore une mosaïque d’États indépendants. La défaite française entraîna la chute du Second Empire français et de Napoléon III. Côté allemand, la victoire fut un élément primordial de l’unification, et le point de départ de la création de l’Empire allemand2.

Le cas de l’Alsace-Lorraine

Quel destin pour les Alsaciens et les Lorrains ! Ballottés de guerres en guerres, changeant à chaque fois de nation ! La défaite de Napoléon III en 1870 entraîne sa capitulation en juillet dans la ville de Sedan. Par le traité de Francfort signé l’année suivante, l’Alsace et une partie de la Lorraine sont annexées formant le Reichsland Elsass-Lothringen au sein du nouvel Empire allemand. Elles ne redeviendront françaises qu’à la fin de la première guerre mondiale, par la victoire des troupes alliées, par l’Armistice du 11 novembre 1918 et par la signature du Traité de Versailles du 28 juin 1919.

L’Alsace-Lorraine ne sera redevenue française que vingt-deux ans ! Elle sera annexée de facto au troisième Reich nazi le 27 novembre 1940. La région sera pleinement intégrée au territoire allemand, ce qui aura pour effet de violer le traité de paix proclamé à Versailles. Ça ne sera qu’à la fin de la guerre que les troupes du général Patton libéreront ses principales villes, pendant l’automne 1940. Les canons ennemis souffleront leur colère jusqu’au 2 février 1945 dans les rues de Colmar et jusqu’au 21 mars 1945 dans les villes de Moselle.

Les départements d’Algérie

À l’aube de la Ve République, 17 départements français étaient présents en Algérie. Leur suppression définitive interviendra en 1962 après l’allocution d’un célèbre discours resté parfaitement compris.

La région parisienne

En 1964, la région parisienne va subir un bouleversement géographique en terme de départements. Effective dès l’année 1968, les départements de la Seine et la Seine-et-Oise seront éclatés en sept départements distincts. C’est la création de Paris (comme département), les Yvelines, l’Essonne, les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne et le Val-d’Oise.

Et après ?

Alors que l’on apprend qu’un avant-projet de loi a été soumis au Conseil d’État3, tendant à ce que la consultation de la population soit écartée pour la fusion de deux régions, nous sommes en droit de nous interroger sur les intentions démocratiques du gouvernement. Toutefois, les collectivités resteront libres d’organiser un référendum, mais c’est le gouvernement, et lui seul, qui aura pouvoir décisionnaire.

L’avenir de nos régions ressemble à un champs de bataille, où certaines tomberont et d’autres abdiqueront, de gré ou de force…

 Christopher Destailleurs

1 Ce que précise Gérard-François Dumont, géographe et professeur à la Sorbonne-Paris IV
2 Source Wikipedia
3 Source BFMTV

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A propos de Christopher Destailleurs

Fondateur d'Objectif-Justice.fr, politiquement parlant je me considère comme étant eurosceptique et anti-mondialiste. J'aime les valeurs véhiculées par la France, tout comme j'aime les valeurs extérieures à condition qu'on ne me les impose pas. Bonapartiste j'admire le Napoléon de Guerre, stratège hors pair et meneur d’homme extraordinaire.

3 commentaires

  1. Bonne rétrospective. Les provinces puis les départements et enfin les régions, ont contribué à l’idée d’une nation française. A mon avis les provinces, même si elles sont moins homogènes, sont celles qui respectent le plus la langue, les cultures et les ensembles géographiques. Même si l’Ancien Régime a été férocement combattu, l’héritage qu’il nous a laissé est immense. Les provinces font partie de cet héritage comme vous le dites justement dans votre article, elles ont donc été « reconduites » après la révolution mais sous une autre forme.

    Pour ceux que ça intéressent,
    – La carte des provinces françaises avec leurs véritables délimitations, réalisation faite sur Photoshop :
    http://imageshack.com/a/img845/5229/i483.jpg
    – Collection de blasons des provinces de France que je n’ai pas eu le temps de finir :
    http://www.pngfactory.net/collection/424/Blasons

  2. petite erreur de date me semble t il ici: Ça ne sera qu’à la fin de la guerre que les troupes du général Patton libéreront ses principales villes, pendant l’automne 1940.

    • Christopher Destailleurs

      Oui merci de l’avoir remarquée. Faute de frappe de ma part. C’est (bien évidemment) pendant l’automne 1944, puisque la bataille d’Alsace se conclue par la fermeture de la poche de Colmar le 8 février 1945.

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