samedi, 21 octobre, 2017
Campagne de France 1814 : « La grande faute, c’est la trahison des élites ! »
Loïck Bouvier, en vue de Montmirail... (Photo © carreimperial.fr)

Campagne de France 1814 : « La grande faute, c’est la trahison des élites ! »

Loïck Bouvier est le responsable du site Le Carré Impérial. Depuis le début du bicentenaire de la campagne de France, il a lancé l’« expédition Marie-Louise », 250 km sur les traces de l’Empereur. Demain aura lieu la dernière commémoration de cette campagne, la reconstitution de la bataille de Montmirail, lors de laquelle le Carré Impérial sera présent. Nous lui avons soumis nos questions sur ce grand événement, toujours dans les têtes.

Nous fêtons actuellement le bicentenaire de la Campagne de France. Que retenez-vous de cet épisode de l’histoire napoléonienne ?

Loïck Bouvier : Une France en danger a permis à Napoléon Ier d’atteindre l’apogée de son art militaire et à ses soldats de se montrer, une nouvelle fois, dignes héritiers des héros antiques.

De janvier à fin mars 1814, la principale zone d’opération concernait le Nord et l’Est de la France, et Napoléon Ier était face à trois armées coalisées. Leur objectif était, non pas de contrôler le territoire franchi, mais d’aller directement à Paris pour y prendre le pouvoir – les garnisons françaises d’Alsace-Lorraine et d’Allemagne n’avaient point été inquiétées. En janvier, l’objectif de Napoléon Ier était de réorganiser son armée. Il devait gagner du temps en faisant des combats d’avant-garde (Saint-Dizier, Brienne, La Rothière) afin de permettre l’arrivée des renforts de son armée d’Espagne. L’armée d’Espagne arrivant début février, quatre phases épiques suivirent…

1re phase : Napoléon Ier put enfin commencer sa stratégie en prenant Nogent s/Seine comme centre des opérations, et en prenant Paris – Nogent s/Seine comme axe opérationnel. Du 10 au 14 février, Napoléon Ier et sa vieille Garde détruisirent l’armée de Silésie commandée par Blücher après quatre victoires (combat de Champaubert, bataille de Montmirail, combat de Château-Thierry et bataille de Vauchamps).

2e phase : du 17 au 21 février, Napoléon Ier mit en déroute l’armée de Bohème commandée par Schwarzenberg (combats de Nangis et de Montereau) et la repoussa au delà de Troyes. Schwarzenberg demanda même l’armistice.

3e phase : du 27 février au 13 mars, Napoléon Ier pourchassa la nouvelle armée de Blücher (fusion des débris de l’armée de Silésie avec l’armée du Nord de Bernadotte) d’Arcis à Laon avec 2 victoires (combats de Craonne et de Reims). De ce résultat, l’axe opérationnel Paris-Metz pouvait-être rétabli, séparant au nord, l’armée du Nord de Blücher et Bernadotte, et au sud, l’armée de Bohème de Schwarzenberg.

4e phase : du 14 au 27 mars, Napoléon Ier arriva sur les arrières de l’armée de Bohème à Arcis, débutant l’axe opérationnel Paris-Saint-Dizier et pouvant rejoindre les garnisons françaises de l’Est. Cette manœuvre était un coup de poker pouvant épouvanter l’ennemi (prise des convois de réserve avec armements, munitions, vivres).

Mais le 27 mars, apprenant l’échec du maréchal Marmont face à l’armée du Nord, Napoléon Ier fut contraint d’abandonner cette stratégie et dut repartir en direction de Paris. La fin n’est que tragique avec son abdication.

M. Bouvier, sur les traces de l’Empereur.

Selon vous, quelles ont été les principales causes de la défaite française ?

À ce sujet, on a pu entendre et lire quelques jugements absurdes des historiens de salons parisiens : que Napoléon Ier se fatiguait, vieillissait ; que ses ennemis connaissaient, à force de le combattre depuis 20 ans, sa stratégie militaire et qu’il devenait donc vulnérable ; que son armée était décimée depuis la campagne de Russie de 1812 et que par conséquent, son armée de 1814 était inférieure numériquement. Bref, des raccourcis faciles colportés par des poltrons qui servent la cause de l’Ancien Régime. Je persiste à dire que la campagne de 1814 représente 3 mois de victoires militaires qui s’est transformée en quelques jours en une défaite psychologique.

La grande faute, c’est la trahison des élites ! Complètement détachées du peuple, elles ont privilégié l’intérêt personnel à l’intérêt général. Talleyrand complotait avec l’ennemi et se chargeait d’installer une situation alarmiste dans Paris. Savary, le ministre de la Police, et Clarke, le ministre de la Guerre, paniquaient et faisaient des singeries. Joseph, frère de Napoléon Ier et étant son adjoint à Paris, était très influençable. Certains maires et préfets préféraient fuir, laissant les habitants sans repère. Certains généraux et maréchaux avaient amassé tellement d’argent et de propriétés dans Paris qu’ils préféraient négocier avec l’ennemi pour la sauvegarde de leurs biens que de risquer de tout perdre après une insurrection parisienne. Si les élites avaient joué leur rôle de soutien au peuple, le peuple aurait facilement délogé l’ennemi, car celui-ci, après 3 mois de défaite militaire, était au bord de la rupture physique.

On a tenté de faire croire, après la chute de l’Empire, que le peuple commençait à se retourner contre Napoléon Ier. Est-ce la vérité ?

Les Royalistes, revenus au pouvoir, avaient tout intérêt à calomnier le Premier Empire pour se donner une légitimité. Malgré la propagande des historiens royalistes, le peuple était toujours nostalgique de vingt ans de gloire avec Napoléon Ier ; son code civil ne peut s’effacer. Durant la campagne de France, le peuple avait aidé grandement l’armée napoléonienne. Il pouvait perdre espoir, mais quand l’Empereur se montrait, il se déchaînait, se transcendait et réalisait l’impossible. En 1830, il y avait eu un vent de contestation en Europe et on songeait au retour de son fils Napoléon II à Paris, en Belgique et en Pologne. Et puis, en 1852, c’était le retour de l’ère napoléonienne avec Napoléon III, et cela a duré près de 20 ans. Napoléon Ier et son entourage ont profondément marqué les peuples plus en bien qu’en mal. De nos jours, ce sont des millions de personnes qui se recueillent chaque année devant le tombeau de Napoléon Ier aux Invalides à Paris.

Quels livres avez-vous à conseiller à nos lecteurs sur le sujet ?

Bien qu’il y ait beaucoup de livres à ce sujet, je n’en trouve aucun valable. C’est chose difficile d’interpréter des faits d’armes de l’histoire napoléonienne. L’idéal serait d’avoir des hommes de terrain, des historiens militaires, mais pour le moment, je n’en vois aucun à l’horizon ayant ce profil particulier. Ce sont eux qui seraient les plus aptes à interpréter, non les voyeurs des salons parisiens comme le disait le général Gourgaud, fidèle parmi les fidèles. Les historiens académiques sont formatés dans une réglementation. Pour mieux relater le Premier Empire, il faut revenir à un esprit du XIXe siècle, un esprit aventurier et audacieux, au-delà des limites. Je vous conseille d’avoir un esprit libre, de vous interroger, d’éveiller en vous la curiosité, d’avoir un jugement cohérent, et de ne jamais prendre pour vérité les ragots véhiculés par les cupides et par ceux qui n’ont pas d’honneur.

Ah oui, il y a bien un livre que je peux vous conseiller, mais ce n’est pas réellement un livre, c’est un trésor : c’est la correspondance de Napoléon Ier. Et qui d’autre que lui, qui était aux commandes, pouvait le mieux commenter et interpréter les événements de cette campagne de 1814 ?

Visitez le site du Carré Impérial : http://www.carreimperial.fr/

Propos recueillis par Christopher Lings

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A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim.

5 commentaires

  1. je trouve le « Carré Impérial » sévère concernant les ouvrages sur 1814. pour ma part j’en conseille :

    1814 d’Henry Houssaye

    Napoléon et la trahison des maréchaux 1814 de Marcel Dupont

    Napoléon en 1814 du Cdt Lachouque

    effectivement ce sont de vieux ouvrages mais, pour moi, c’est ce qui se fait de mieux.

  2. Je me suis toujours demandé comment aurait réagi Lannes et Lasalle en 1814. Des hommes de cette trempe auraient -ils trahis ?

  3. il ne faudrait quand meme pas oublier l’Histoire de Napoleon par Monsieur de Norvins ainsi que les nombreux ouvrages de Jean Tulard !

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