La démocratie véritable : un défi lancé aux hommes ?
L'Acropole d'Athènes en 1821.

La démocratie véritable : un défi lancé aux hommes ?

L’erreur propre à notre époque est de concevoir la démocratie comme un dû, comme acquise, comme un aboutissement. Cela fait des lustres semble-t-il qu’elle n’est plus en processus de bataille contre d’« affreux » anti-démocrates. La réalité est qu’elle n’est pas un effet de cliquet, qu’elle se conquiert éternellement par les citoyens, là est sa fondation même.

Une démocratie qui ne se pose pas de questions sur sa validité dans le corps social, sur son socle, sur ses propres turpitudes, sur ses modalités, sur ses représentants est une démocratie profondément sclérosée. L’arrogance pousse à considérer ce régime comme allant de soi ; l’intelligence pousse à en voir les limites et à les interroger. Nous nous attacherons ici à appréhender ce qu’il convient de restaurer en vue d’un maintient de la force du système démocrate.

Nous prendrons la démocratie tantôt dans son sens commun – celui de régime basé sur le choix des peuples –, tantôt dans son sens tocquevillien, celui de l’égalisation des conditions.

Un intérêt élevé pour la chose publique

Étymologiquement, République vient de res republica (la chose publique). Notre démocratie, qui revêt la forme de République (termes perçus synonymes), se caractérise par la prise en main du peuple sur les décisions qui sont prises en son nom. Nous verrons plus tard le risque que cela crée ; confrontons maintenant la théorie à la pratique concrète.

Faut-il le rappeler, les taux d’abstention battent des records inouïs, atteignant récemment 36,45% à une élection autrefois « populaire » – durant la monarchie de Juillet, les municipales furent les premières élections depuis plus de trente ans durant lesquelles plus de deux millions de Français purent voter. Ils atteignent des « records » bien plus faramineux concernant les élections européennes : près de 60%. Toutefois, l’abstention quasi-constante depuis 1965 montre bien que les Français ne rechignent pas à l’esprit démocratique, il est plutôt question d’une préférence française pour l’homme politique au politicien substituable à merci. Encore faut-il l’homme qui sache mobiliser les électeurs.

Même si les marionnettes impuissantes rendent pénible la conquête électorale, le désintérêt croissant pour la gouvernance – la super-structure – est parfaitement suicidaire : le « laisser-gouverner » laisse place à une autonomisation du politique face au peuple. Les notables disent intégrer l’abstention à leurs réflexions mais la bénisse car elle les maintient à leurs sièges et ils en ont conscience. S’ils savent qu’ils vivent sur un volcan, les dirigeants n’en profitent pas moins pour tirer parti sciemment de la démobilisation. Aristophane dans les Acharniens (-425) se plaint ainsi durement de l’absentéisme à l’Ecclésia qui n’a nulle autre conséquence que la dégradation de la vie publique par des décisions qui ne reflètent pas le corps citoyen.

Ne pas se laisser guider est un mot d’ordre qu’il faut reprendre et revendiquer. Si l’on est contre le système, il faut le manifester par une voix, un acte, non par le mutisme. Celui qui se tait est en réalité supposé satisfait. Qui ne dit mot consent. Unis, nous avons le pouvoir de mettre un pied-de-nez à la représentation sans succomber au questionnement du coup d’État. Sans doute qu’une reconquête des urnes engendrera le retour du politique – dans sa noblesse – dans la mesure où le divorce légal qui doit avoir lieu ne peut que confirmer le divorce réel avec les élites les plus nauséabondes de notre temps.

Une conscience du danger de la « fureur démocratique »

La démocratie est par essence pernicieuse. Pour deux raisons primaires, que l’on peut retrouver en prolongeant l’œuvre de Tocqueville, De la démocratie en Amérique. Marcel Gauchet, Robert Legros et Alain Finkielkrault le 15 Mars 2014, dans l’émission de Répliques titrée L’humanité démocratique ont été particulièrement éclairants sur le sujet.

  • La démocratie est aussi le fait de renoncer à la légitimité traditionnelle au profit de la pression du peuple, qui se voit apte à se gouverner de lui-même. Pareille auto-émancipation n’est pas sans conséquences. Le premier risque démocratique est le mythe de l’auto-engendrement, l’auto-construction. Le passé (pas toujours démocratique) duquel nous sommes issus, à notre bon gré ou non, nous appelle à ne pas nier son héritage. Or, une bonne partie de intelligentsia contemporaine ne cesse de le ringardiser, de le calomnier, de le réduire à ses « mauvais penchants », de son œil que la modestie a déserté. Aucun exemple n’est nécessaire. Le vice est de nier la culture au profit d’une idéologie du progrès. La culture française nous souffle notre identité, aussi notre destin. Il est dangereux et douloureux pour un peuple de s’arracher à ses racines et son histoire. L’expérience doit précéder l’idée. Il y’ a un lien à conserver avec la tradition : définie par Chesterton dans Orthodoxy qui dit: « La tradition signifie donner le droit de vote à la classe la plus obscure, nos ancêtres (…). C’est la démocratie des morts. La tradition refuse la soumission à la petite et arrogante oligarchie de ceux qui se contentent de marcher ça et là. » La culture n’est pas seulement coupable de discrimination, elle est ce qui définit l’homme. De même que le loup n’invente pas une manière de chasser, l’homme n’invente pas sa société et reste tributaire de ses aïeux. Renouer avec ce que fut l’homme avant nous est renoncer à ne plus être des individus de raison.
  • L’égalisation des conditions consiste à refuser les avantages et désavantages du fait de la naissance. Toutefois, n’y a-t-il pas des « inégalités » entre les individus dont il ne faille jamais se défausser ? Une tendance moderne semble prétendre à une égalisation parfaite femme/homme, enfant/adulte, maître/élève, hétérosexuels/homosexuels et nationaux/étrangers. Or, tout de même, la dichotomie sexuelle est éminemment humaine ; l’enfant n’apprend pas de l’adulte autant que l’adulte apprend de l’enfant, car l’un a déjà été enfant au passé ; l’élève ne saurait « construire son propre savoir » car le maître a acquis une culture qu’il s’agit de transmettre, n’existant pas d’égalité entre ignorance et savoir ; les couples mixtes enfantent et assurent un rapport au complémentaire ; nécessairement, l’immigré ne vient pas sur une terre vide de sens. Françoise Dolto, en ôtant la signification de phase transitoire et de dépendance à l’enfance, et la Franc-maçonnerie en abattant la frontière nécessaire entre l’intérieur et l’extérieur, ont tous deux participé à la perversion de la noble idée d’Égalité. Si l’égalité investit des lieux desquels elle se doit d’être à l’écart, si elle sort de son sens strictement politique d’égalité en matière de droit, elle peut compromettre des institutions essentielles. Toute verticalité n’est pas à jeter par-dessus bord. Il existe des choses tels le Beau, le Savoir et la Nature, qui en elles-mêmes ne sont pas démocratiques. Tout n’est pas façonnable au bon vouloir.

L’individualisme a la bassesse de vouloir s’extirper d’un ensemble qui le dépasse fatalement. Elle a ses propres démons desquels elle doit se prémunir avec attention. Elle impose sans cesse de réfléchir aux propres excès qu’elle a en germe. Pour cela, rétablir une école où l’on transmet des savoirs semble aller de soi pour rendre justice au passé, et rendre le point de départ de l’esprit humain à nos prédécesseurs. À défaut, se cultiver afin de rendre justice au passé et se questionner sur nos illusions contemporaines n’est pas un choix mais une nécessité. Se corrompre dans le divertissement – au sens Pacalien du terme –, celui qui trouble le rapport de l’homme à son monde, l’enferme dans l’errance, est au contraire à vilipender avec véhémence. Si chacun apprend du passé, il peut cesser de percevoir le présent comme l’aboutissement en toute chose de l’intelligence humaine. Une telle modestie restaurée par la connaissance serait un bénéfice superbe rendu à l’humanité.

Des médias alternatifs

S’il est vrai qu’un retour aux ouvrages est nécessaire pour se libérer des muses propagandistes féministes, mondialistes, et égalitaristes, il n’en demeure pas moins que de nouveaux espaces d’information serviraient à recréer une appétence des Français envers l’actualité, l’intérêt de la communauté.

On peut songer à une véritable refonte des médias qui permettrait de satisfaire une pensée critique constructive, voyant les oppositions radicales en terme non pas simplement d’argumentaires mais d’idéologies. Sans une politique publique en ce sens, les créations citoyennes de médias alternatifs tels que Le Bréviaire des Patriotes, TV Libertés, Nouvelles de France, Boulevard Voltaire, ou encore le Salon Beige permettent de contrer la terrible propagande médiatique au service de l’idéologie dominante. L’ensemble contribue à un idéal de démocratie.

Peut-être qu’une refondation de l’espace médiatique de manière à tendre vers plus de pluralité et une symbiose plus franche entre le peuple et les dires journalistiques est un objectif non négligeable pour obtenir enfin une démocratie saine et populaire. Plus de représentativité servirait moins d’hostilités.

Conclusion

Descartes affirmait : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. ». L’Homme est doté du « bon sens », il aspire, étant troublé par des tromperies, à sortir de l’emprise de celles-ci. Son devoir est de réellement résister à l’effacement de sa conscience politique et morale acclamé par le Grand Marché, qui tend de ce fait à éteindre la démocratie, rendant l’Homme secondaire face à la morale économique. La démocratie est alors un véritable pari. Soit on y renonce pour un chef à légitimité traditionnelle, acceptant ainsi les avantages réels et les nouveaux dangers que cela comporte, soit on décide de restaurer la véritable noblesse de la démocratie.
Après tout, quel est le choix le plus culotté ?

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A propos de Anthony La Rocca

Jeune patriote français, étudiant républicain réactionnaire amoureux de notre patrimoine culturel. Je crois que la France a un destin particulier, je refuse qu'elle soit diluée dans le concert des nations. Sur une ligne bonapartiste, je suis favorable à une synthèse entre tradition et progrès, à un État puissant, autonome et bienveillant, représenté par un homme providentiel. Il s'agit tout autant de s'opposer à la xénophilie de nos élites, de sauvegarder une civilisation, de favoriser le progrès social. Je consulte le Bréviaire des patriotes régulièrement.

7 commentaires

  1. La démocratie est une erreur fondamentale. Elle sera un échec, un échec pour toutes les Civilisations qui s’en réclament.
    Elle repose sur le nombre, qui ne peut représenter une élite par le nombre, surtout dans un monde où tout ce qui est vivant et qui veut le rester, repose sur la prédation. Rien à ajouter.

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  2. Carbriand Jérôme

    Je crois que Guénon vous répondra mieux que moi, ce texte est tiré de la crise du monde moderne.
    Amitiés.

    « Si l’on définit la « démocratie » comme le gouvernement du peuple par lui-même, c’est là une véritable impossibilité, une chose qui ne peut pas même avoir une simple existence de fait, pas plus à notre époque qu’à n’importe quelle autre ; il ne faut pas se laisser duper par les mots, et il est contradictoire d’admettre que les mêmes hommes puissent être à la fois gouvernants et gouvernés, parce que, pour employer le langage aristotélicien, un même être ne peut être « en acte » et « en puissance » en même temps et sous le même rapport. Il y a là une relation qui suppose nécessairement deux termes en présence : il ne pourrait y avoir de gouvernés s’il n’y avait aussi des gouvernants, fussent-ils illégitimes et sans autre droit au pouvoir que celui qu’ils se sont attribué eux-mêmes ; mais la grande habileté des dirigeants, dans le monde moderne, est de faire croire au peuple qu’il se gouverne lui-même ; et le peuple se laisse persuader d’autant plus volontiers qu’il en est flatté et que d’ailleurs il est incapable de réfléchir assez pour voir ce qu’il y a là d’impossible. C’est pour créer cette illusion qu’on a inventé le « suffrage universel » : c’est l’opinion de la majorité qui est supposée faire la loi ; mais ce dont on ne s’aperçoit pas, c’est que l’opinion est quelque chose que l’on peut très facilement diriger et modifier ; on peut toujours, à l’aide de suggestions appropriées, y provoquer des courants allant dans tel ou tel sens déterminé; nous ne savons plus qui a parlé de « fabriquer l’opinion », et cette expression est tout à fait juste, bien qu’il faille dire, d’ailleurs, que ce ne sont pas toujours les dirigeants apparents qui ont en réalité à leur disposition les moyens nécessaires pour obtenir ce résultat. Cette dernière remarque donne sans doute la raison pour laquelle l’incompétence des politiciens les plus « en vue » semble n’avoir qu’une importance très relative ; mais, comme il ne s’agit pas ici de démonter les rouages de ce qu’on pourrait appeler la « machine à gouverner », nous nous bornerons à signaler que cette incompétence même offre l’avantage d’entretenir l’illusion dont nous venons de parler : c’est seulement dans ces conditions, en effet, que les politiciens en question peuvent apparaître comme l’émanation de la majorité, étant ainsi à son image, car la majorité, sur n’importe quel sujet qu’elle soit appelée à donner son avis, est toujours constituée par les incompétents, dont le nombre est incomparablement plus grand que celui des hommes qui sont capables de se prononcer en parfaite connaissance de cause.

    Ceci nous amène immédiatement à dire en quoi l’idée que la majorité doit faire la loi est essentiellement erronée, car, même si cette idée, par la force des choses, est surtout théorique et ne peut correspondre à une réalité effective, il reste pourtant à expliquer comment elle a pu s’implanter dans l’esprit moderne, quelles sont les tendances de celui-ci auxquelles elle correspond et qu’elle satisfait au moins en apparence. Le défaut le plus visible, c’est celui-là même que nous indiquions à l’instant : l’avis de la majorité ne peut être que l’expression de l’incompétence, que celle-ci résulte d’ailleurs du manque d’intelligence ou de l’ignorance pure et simple ; on pourrait faire intervenir à ce propos certaines observations de « psychologie collective », et rappeler notamment ce fait assez connu que, dans une foule, l’ensemble des réactions mentales qui se produisent entre les individus composants aboutit à la formation d’une sorte de résultante qui est, non pas même au niveau de la moyenne, mais à celui des éléments les plus inférieurs. Il y aurait lieu aussi de faire remarquer, d’autre part, comment certains philosophes modernes ont voulu transporter dans l’ordre intellectuel la théorie « démocratique » qui fait prévaloir l’avis de la majorité, en faisant de ce qu’ils appellent le « consentement universel » un prétendu « critérium de la vérité » : en supposant même qu’il y ait effectivement une question sur laquelle tous les hommes soient d’accord, cet accord ne prouverait rien par lui-même ; mais, en outre, si cette unanimité existait vraiment, ce qui est d’autant plus douteux qu’il y a toujours beaucoup d’hommes qui n’ont aucune opinion sur une question quelconque et qui ne se la sont même jamais posée, il serait en tout cas impossible de la constater en fait, de sorte que ce qu’on invoque en faveur d’une opinion et comme signe de sa vérité se réduit à n’être que le consentement du plus grand nombre, et encore en se bornant à un milieu forcément très limité dans l’espace et dans le temps. Dans ce domaine, il apparaît encore plus clairement que la théorie manque de base, parce qu’il est plus facile de s’y soustraire à l’influence du sentiment, qui au contraire entre en jeu presque inévitablement lorsqu’il s’agit du domaine politique ; et c’est cette influence qui est un des principaux obstacles à la compréhension de certaines choses, même chez ceux qui auraient par ailleurs une capacité intellectuelle très largement suffisante pour parvenir sans peine à cette compréhension ; les impulsions émotives empêchent la réflexion, et c’est une des plus vulgaires habiletés de la politique que celle qui consiste à tirer parti de cette incompatibilité. »

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    • Ce texte est une véritable merveille. Merci Jérôme. La démocratie est pernicieuse, vectrice de fables et contradictoire. La maintenir sans dégâts, c’est œuvrer à tout prix contre ses failles. J’ose croire que par principe la démocratie est capable ( sans prétendre que cela est facile) de corriger par elle-même les excès qu’elle peut créer par ses antagonismes. J’en appelle de toute bonne foi au triomphe de l’intelligence.

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      • Je ne peux adhérer à l’idée selon laquelle les masses populaires n’auraient pas le  »bon sens ». Il arrive qu’elles soit dupées, qu’elles fassent erreur mais quand la folie gouvernementale est en place, elles rappellent sans cesse à la raison. Sans elles, on aurait je ne sais quelles politiques folles… Sans leur rappel à l’ordre, on serait dans une fuite en avant incessante, deux fois plus rapide qu’aujourd’hui.

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      • Carbriand Jérôme

        Le bon sens ,

        S’y raccrocher est un terrible aveu de faiblesse, car  » Bon sens » correspond à tout ce qui est sensible, qui se touche, se compte , se pèse, où est l’intelligible? Où est la transcendance ? Où est la véritable connaissance ?
        Le bon sens, ou le sens commun, est aussi bas et plat que la masse elle-même, rien de bon ne peux en sortir, sinon qu’on s’illusionne aujourd’hui à croire qu’il est une façon de stopper l’idéologie moderne dans toute sa folie, ce bon sens ne peux que le renvoyer à un état larvaire.
        Ce bon sens n’est rien d’autre que suggestionné, conditionné, préparé, fabriqué. C’est du matérialisme clair et net, il est à fuir.

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      • Si l’on avait une élite digne de ce nom, elle transformerait les dires populaires, qui pour moi sont pourvues de sens, en concept, en acte raisonné. Je crois que ce bon sens résiste de plus en plus à ceux que les puissants d’aujourd’hui veulent de lui. Le peuple se rattache à une Histoire, voilà pourquoi il ne se laisse pas impunément pervertir.

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  3. J’aurais pu ajouter: l’égalisation gouvernant/ gouverné. Une fois élu, un président ne doit pas se rabattre à être un citoyen comme un autre. Sinon il n’incarne pas le pouvoir. Celui-ci implique la distance, le secret, des leviers.

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