mardi, 25 juillet, 2017
Napoléon III n’eut jamais d’opposition !

Napoléon III n’eut jamais d’opposition !

Par quel phénomène de l’esprit humain, l’homme qui, en 1848 et en 1851, avait si clairement discerné la vérité de la situation, si parfaitement compris la puissance de son nom et de ses idées sur la masse de notre pays, a-t-il pu se laisser impressionner par le bruit et l’éclat d’une opposition sans étendue et sans profondeur ? Il n’est pas douteux, en effet, que les quelques progrès, faits peu à peu par les partis adverses, constituaient un simple mal de surface n’intéressant en rien la robuste santé de la nation. Le peuple n’abandonna pas un instant, pendant vingt ans, son élu du 10 décembre ; si, de ci de la, certaines circonscriptions envoyèrent au Palais Bourbon des représentants plus ou moins dévoués a la cause napoléonienne, ce fut le plus souvent par suite de circonstances locales, maladresses de l’administration, malentendus, supercheries, rarement par désaffection.

On a fait grand bruit du triomphe des cinq, puis des quarante deux, puis des cent seize. Si l’on examinait, une à une, ces diverses personnalités, on serait bien vite convaincu qu’a l’exception de quelques noms comme ceux de Jules Favre, Thiers, Berryer, Jules Simon, Jules Ferry, Gambetta, Bancel, Esquiros, Rochefort, Raspail, — ces derniers arrivèrent seulement à la Chambre en 1860 — les citoyens qui les ont choisies n’entendaient nullement combattre Napoléon III. On aurait bien étonné les électeurs de Rambouillet si on leur avait dit qu’en nommant Maurice Richard ils faisaient pièce à l’Empereur. Et de fait, quoiqu’il ait fait partie des quarante-deux et des cent seize, l’ancien ministre des Beaux Arts a bien prouvé par la suite son dévouement aux idées napoléoniennes. Combien en citerait-on dont l’élection, due, comme la sienne, à l’importance ou au charme de la personne plutôt qu’à ses opinions, n’indiquait, malgré les apparentes dispositions de l’élu, aucune lassitude dans le corps électoral ? Combien d’autres aussi, tels que MM. Eschasseriaux et Lacroix Saint-Pierre, se figuraient qu’en s’associant à l’opposition libérale, ils assureraient le sort de la dynastie ? Mais la masse du pays, qui est véritablement la nation, bien qu’on lui fit dire qu’elle « considérait la liberté comme indispensable à l’accomplissement de ses destinées », se souciait surtout de conserver un régime politique si bien approprié à son tempérament que la richesse et le bonheur publics s’étaient accrus, depuis 1851, dans des proportions fabuleuses, au sein de la concorde, du calme et du repos.

Son vrai sentiment se fit jour lors du plébiscite du 8 mai 1870. En simpliste qu’elle sera toujours, elle ne comprit la question qui lui était posée que dans ce large sens : voulait elle garder ou repousser l’Empire ? Et elle répondait en acclamant de nouveau, par 7 millions 350 mille 112 suffrages, Louis-Napoléon, qui non seulement retrouvait ainsi, à peu de chose près, après dix-neuf ans de « despotisme », ses 7 millions 430 mille 210 voix de 1851, mais gagnait encore près de 2 millions d’adhérents sur les 5 millions 130 mille 225 qui l’avaient initialement porté au pouvoir en 1848. Pendant ce temps, après vingt-deux ans d’efforts et malgré les concessions de toute nature, les facilités de toute sorte qu’avait données à l’expansion démocratique le libéralisme de Napoléon III, l’opposition ne parvenait pas à réunir, dans ses 1 million 538 mille 825 « non » de 1870, les 1 million 853 mille 005 voix qu’avaient recueillies, au 10 décembre, Cavaignac, Ledrut-Rollin, Raspail et Lamartine.

Mais on dit : le plébiscite est un leurre placé entre une affirmation qui est le statu quo et une négation qui est l’inconnu, le suffrage universel hésite à se précipiter dans le néant, c’est la carte forcée. Raisonnement spécieux que ruine de fond en comble le plébiscite du 10 décembre 1848. Ce jour-là, la nation ne montra pas l’ombre d’une hésitation entre l’inconnu, qui était l’insurgé de Boulogne et de Strasbourg, le prisonnier de Ham, l’objet des railleries et des quolibets des partis de doctrine et de réaction, et le statu quo que représentait le général Cavaignac, le vainqueur de « l’hydre socialiste », devant qui s’inclinaient respectueusement les élites de la bourgeoisie française. Elle choisit délibérément « l’inconnu ». Certes, le plébiscite n’est pas la panacée universelle et l’on put admettre qu’il ne faut avoir recours à lui que dans certaines circonstances. Montesquieu nous a tracé, en deux admirables phrases, les règles de son fonctionnement : « Le peuple, qui a la souveraine puissance, doit faire par lui même tout ce qu’il peut bien faire; et tout ce qu’il ne peut pas bien faire, il faut qu’il le fasse par ses ministres… Il est admirable pour choisir ceux à qui il doit confier quelque partie de son autorité. »

S’appuyant sur ces paroles, des esprits éminents ont discuté la nécessité du dernier plébiscite impérial; elle était cependant indéniable : le Sénatus Consulte du 23 avril 1870 modifiant les bases de la Constitution de 1852, qui avaient été soumises à l’approbation populaire, il devait être soumis à la même ratification. On a prétendu également que le succès du plébiscite du 5 mai 1870 était du aux fameuses manœuvres administratives, à la célèbre pression gouvernementale dont l’opposition fit tant de bruit et tira tant d’avantage sous l’Empire. Les hommes qui s’acharnaient alors contre le régime napoléonien ont pu, après le 4 septembre 1870, se rendre compte de la valeur et de la puissance de ces « manœuvres » et de cette « pression ». On ne fait pas « marcher la France ». Le gouvernement du général Cavaignac ne l’a pas fait marcher au 10 décembre, pas plus que le Gouvernement de la Défense Nationale au 8 février 1871. Les plébiscites, les élections générales, comme les coups d’État, ne profitent qu’à ceux qui tiennent dans leurs mains le cœur de la nation. Cette vérité n’empêchera jamais les partis d’attribuer leurs échecs aux intrigues et aux fraudes de leurs adversaires.

La vérité c’est qu’en mai 1870 comme en décembre 1848, le faisceau des forces nationales était compacte, solide. Il a fallu, pour le rompre, la stupéfaction, puis l’affolement qu’ont provoqués nos désastres. Encore aurait-il pu résister à cette terrible épreuve sans l’abandon dans lequel l’a laissé le pouvoir à qui il était confié. La désagrégation s’est produite, peu à peu, au souffle empesté de la guerre, de l’émeute, du soupçon, de l’envie, de la haine, de l’intolérance, du fanatisme, abominables fléaux qui, prenant pour prétextes ou se cachant derrière les nobles idées de patrie, de liberté ou de justice, ont disjoint, séparé, dispersé les millions de citoyens dont l’union, faite dans le travail et la concorde, aidait, depuis plus de vingt ans, à l’oeuvre démocratique entreprise par Louis-Napoléon.

Anarchistes, socialistes, opportunistes, progressistes, nationalistes, aucune de ces distinctions n’existait avant la guerre. À part quelques républicains, bourgeois pour la plupart, à part quelques dévots, par tradition ou par snobisme, de la royauté légitime ou de la monarchie orléaniste, il n’y avait pas de classifications politiques, on ne pensait même pas, en votant pour Napoléon, à se dire bonapartiste. La France était vraiment une et française !

David Saforcada

A propos de David Saforcada

Napoléonien depuis ses 6 ans, militant bonapartiste depuis l’âge de 15 ans, aujourd'hui Président de France Bonapartiste. Candidat bonapartiste à plusieurs élections locales et nationales. Auteur de nombreux articles politiques et historiques, a publié en 2008 "Louis Napoléon, Premier Président - Dernier Empereur", en 2010 "La République Consulaire, la République Bonapartiste" et en 2013 « Louis Napoléon Bonaparte, l’autorité pour la liberté ».
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