lundi, 27 mars, 2017

Vers une Histoire sans noms…

On associe encore — pour combien de temps ? — la fin de la préhistoire avec l’apparition des « documents écrits », autrement dit l’histoire commence avec l’écriture. Pour être plus concret, avec la gravure. L’homme trace des signes, creuse la matière pour se marquer dans l’univers ; à des époques différentes, dans des régions différentes, et grâce à sa volonté de graver, nous avons aujourd’hui connaissance de l’existence de nombreuses civilisations. L’écriture est née…

Plus proche de nous, les documents civils, conservés aux Archives facilitent la compréhension de notre histoire familiale, ses successions, ses mariages, ses déplacements, son patrimoine, etc… Les archives sont les pépites des généalogistes, et plus largement elles sont notre patrimoine.

Au nom du droit à l’oubli — non, ce n’est pas une blague —, l’Union Européenne travaille sur un projet de réglementation des données personnelles : « Un règlement qui obligera tous les organismes publics et privés à détruire ou à anonymiser ces données une fois que le traitement pour lequel elles auront été collectées sera achevé, ou passé un court délai. »

Plus question de consulter les archives ? et dans 50 ans, plus d’archives à consulter ? « La suppression ou l’anonymisation des données personnelles, souhaitée dans le cadre du droit à l’oubli, privera les citoyens d’une part de leur mémoire et de l’accès aux informations les concernant », alerte l’Association des Archivistes Français.

Présenté comme étant conçu pour nous protéger des marchands d’informations personnelles (Facebook, Google), ce projet revient à imposer à cette marchandise une simple date de péremption. La commercialisation se poursuivra, et nous n’aurons même plus la possibilité de nous en défendre car l’accès à notre histoire aura été détruit.

La pétition contre ce projet n’a cependant recueilli « que » 43.000 signatures… Ce projet de destruction massive n’a pas vraiment eu d’écho ailleurs que dans les milieux des Vieux Papiers. Pourtant, il y a quelques mois, la destruction des manuscrits de Tombouctou avait résonné dans le monde comme un acte criminel : détruire la mémoire écrite revenait à détruire une civilisation, nous disait-on…

Une démonstration supplémentaire de la perte de notre souveraineté : le droit à l’oubli avant le droit français ? La France, au passé historique si riche, s’est pourvue d’une législation qu’elle adapte à la gestion de ses Archives. Ainsi, quand une profession aussi liée à l’histoire, aussi sérieuse et responsable de notre patrimoine écrit, et jusqu’à ce jour aussi discrète nous alerte sur ce projet, c’est dire s’il y a de quoi s’inquiéter…

Céline Essentiam

A propos de Céline Essentiam

Je suis infographiste et travaille en communication "print". Parallèlement à mon métier, je développe une activité autour de ma passion : les livres anciens. D'abord avec la création d'une librairie dans le IXe arrondissement de Paris, puis d'un site internet pour partager mes connaissances sur l'histoire du livre, et la conservation du patrimoine écrit.
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