mardi, 25 juillet, 2017

Le Rassemblement Bleu Marine : une verrue sémantique indicative

Les vaincus de l’histoire, aussi talentueux soient-ils, sont assez vite évacués des rayons ou au mieux présents sous caution. Certains livres n’entrent pas en bibliothèque. Certains mots ne sortent pas des gorges qui en auraient bien besoin. L’appellation “Rassemblement Bleu Marine” choisie par le Front national lors des dernières élections législatives n’est pas seulement indicatrice du caractère crucial de l’autocratie Le Pen pour le mouvement. Le camouflage sémantique ne fait que souligner le rôle clef du chef à travers une dénomination qui croise calembour de bas-étage et narcissisme de mauvais goût – et on ne dira rien de l’adjectif mariniste qui situait les élus potentiels au rang de valets. On peut se demander pourquoi un choix plus précis et moins risqué ne fut pas fait. Et on se rend compte que les prières écologistes ne suffirent pas à faire des mots une matière recyclable.

Le simple fait de fuir au possible le nom “Front national”, et les possibilités à venir de changement de vitrine au Paquebot laissent à penser que “FN” est devenu un objet sémantique inefficace voire franchement nuisible à l’essor du national-populisme. Les mots font la pensée, la pensée fait l’existence, cogito ergo sum. Pour enterrer le “vieux FN” claudiquant autour de Bruno Gollnisch ou déjà en reconstruction aux marges de l’extrême-droite traditionnelle, il s’imposait de changer le badge de la deuxième force politique du pays. Le FN, comme ces enfants de divorcés coupés de leurs parrains et marraines, s’offre un second baptême, républicain en l’occurrence. On a trop dit que Jean-Pierre Chevènement était le “Le Pen de gauche”. Si l’on voit la chronologie, ce sont les Le Pen père et fille qui sont devenus des Chevènement de droite. En quelque sorte, cette métamorphose est consacrée par le poids de Florian Philippot dans le nouveau défilé médiatique du FN. Seulement, l’accent unique de Valmy ne satisferait pas l’électorat traditionnel. Exit donc la possibilité de se baptiser “pôle républicain”, “rassemblement pour la république” ou autre.

S’il s’agissait d’être honnête, le FN de Marine Le Pen écouterait le mot de Claude Guéant et se baptiserait nationaliste socialiste ou, plus doucement, patriote populaire. Seulement, nationalisme et socialisme ne peuvent plus cohabiter depuis l’échec criminel des nazis. L’équation est innée dans les esprits : nationalisme + socialisme = holocauste. Rassemblement national-populaire ou parti populaire français = Marcel Déat ou Jacques Doriot = Collaboration. Ces associations de mots sont condamnés à l’omerta par l’histoire. Pourtant, intrinsèquement, ils ne relatent aucun crime ni aucune pensée nocive à l’égard ‘autrui. On se replie donc sur un effet de mode, un ravalement de façade, un élan auto-proclamé autour d’un individu. On joue sur les symboles avec le bleu de la République que l’on fonce pour ne pas se mêler au grabuge UMP. Le FN est nationaliste et socialiste. Moi aussi. Barrès aussi. Jaurès aussi. Dans des proportions différentes. Mais il est de ces vérités que l’on ne peut dire, les mots adéquats pourrissant dans les poubelles sanglantes du passé. L’identification, et donc l’étude, du FN comme d’autres objets, est prisonnière de ces mots que l’on jette comme ces mouchoirs repeints en rouge.

Pour se convaincre encore que les calendes ne font pas un jury impartial, voyons simplement la facilité et même la gloire que l’on peut tirer à se prétendre communiste, maoïste ou guévarriste. Non, ce n’est pas le volume de sang qui pousse les mots en dehors du politiquement correct. C’est le sort final donné à ceux qui l’ont fait couler. Au-delà des crimes atroces que l’on associe à la croix gammée, on retient du système nazi l’appareil de répression et de régression de l’esprit qu’il mit en place. Ne tombons-nous pas, à une toute autre échelle, dans la même stérilisation intellectuelle en faisant des mots des éphémères qui n’éclairent plus qu’une once du vague chantier de l’évolution ? Curieuse privation qui se soignerait à coup d’étymologie et de pédagogie, remède que l’on peut prescrire aux Bernard Henri-Lévy et autres totems de la bien-pensance qui violent allègrement d’autres termes (fascisme, antisémitisme, racisme…). Au final, on troque la clarté pour le confort et la vérité pour la publicité. Las.

Guillaume E.

A propos de Guillaume E.

Etudiant passionné en histoire ayant travaillé sur le Front national (parti politique) et intéressé par la politique contemporaine. Souverainiste sans parti, je défend la réconciliation d'un patriotisme intransigeant et d'une primauté de la question sociale. Je me propose de commenter l'actualité politique ainsi que de faire connaître des ouvrages ayant trait à l'enjeu patriotique. Enfin, bien sûr, j'essaie de faire partager des regards personnels sur l'histoire en général, en restant ouvert à la critique et au débat.
Revenir en haut de la page