mardi, 23 mai, 2017

La fabuleuse histoire du drapeau français : Entretien avec Raphaël Delpard

Raphaël Delpard est un acteur, réalisateur, scénariste, journaliste et écrivain français né en 1942 à Paris. Cette année, il publie un essai aux éditions Quai de Seine sur “La fabuleuse histoire du drapeau français”. Premier livre retraçant cette belle aventure, il est acclamé par la presse et le public.

 

► Vous dites qu’il s’agit du premier livre sur l’histoire de notre drapeau. On peut ainsi dire qu’il s’agit d’une synthèse de toutes les informations éparses qui existaient ici ou là. Cela a-t-il été un travail compliqué ?

Il ne s’agit pas seulement du rassemblement d’informations éparses, mais de véritables recherches s’étalant sur dix ans. A titre d’exemple, je veux attirer l’attention sur les témoignages des premiers porte-drapeaux.

Ce sont des archives que j’ai découvertes, des sortes de journaux de marche en quelque sorte. Ces archives, aucun historien ne les avait trouvé avant moi.

Non, ce ne fut pas un travail compliqué, plutôt ludique, un peu comme la chasse aux trésors.

► À la lecture de votre livre, on s’aperçoit que le drapeau tricolore, officiellement celui de la République Française, est bien plus que cela. Il est une grille de lecture de toute l’histoire de France depuis la Gaule ! Peut-on en déduire qu’il est la bannière à laquelle tout Français, républicain comme monarchiste, peut s’identifier ?

Question intéressante. Vous avez saisi que le livre est aussi à côté du drapeau, la construction de l’identité française. La participation à cette identité est modeste au regard des travaux prestigieux d’historiens, mais je suis heureux que vous l’ayez remarqué.

► En quoi, selon vous, l’histoire du drapeau français est-elle “fabuleuse” ?

Par l’émotion. Par le concept même du drapeau. Les hommes vivent avec le concept du drapeau depuis les temps les plus reculés. Ce signe est une partie intégrante de l’évolution de l’homme au même titre que la parole ou le chant.

► Le bleu, le blanc et le rouge sont tous trois hérités de saints (dans l’ordre : Saint-Martin, Sainte Jeanne-d’Arc et Saint Denis). Le drapeau tricolore a-t-il cette particularité, chère aux royalistes, d’être le saint étendard d’un pays à l’essence divine ?

Rien d’autre à ajouter. Vous venez de dire la parole vraie.

► Utilisé par les Romains par ignorance et les Flamands par moquerie, le coq français n’a-t-il jamais été un emblème revendiqué ?

Il faudrait reprendre le chapitre dans son entier pour répondre à votre question. Pour faire court. Le coq n’a jamais été l’emblème des Français. Tout est parti d’une plaisanterie de Jules César.

Après la conquête de la Gaule voyant des coqs dans les villages, il en a déduit que les Gaulois avaient fait de cet animal leur emblème. Et par un jeu de mot il les traita les Gaulois de « Coqs » ce qui est devenu « Gaulois » Le coq est devenu l’emblème des sportifs français en 1914. Il faut lire le chapitre pour comprendre.

► Vous affirmez dans votre livre que le drapeau tricolore émergé de la Révolution est le premier drapeau à vocation défensive de l’histoire. On peut légitimement se poser des questions sur cette affirmation : n’est-ce pas la France révolutionnaire qui, après 1792, déclare la guerre dans le but de “propager la liberté” (et de remplir les caisses) ? Est-ce là un comportement défensif ?

La réponse à la question est longue. Je me refuse d’y répondre en quelques lignes lesquelles n’apporteraient qu’un faible éclairage encore une fois à la question posée.

► La règle de chevalerie, appliquée aux porte-drapeaux, qui dit que “le taffetas de l’oriflamme doit servir à celui qui la porte le linceul pour l’enterrer” est-elle à l’origine (directe ou non) des drapeaux qui, aujourd’hui, couvrent les cercueils de nos soldats tombés au front ?

Exact.

► Enfin, pour finir sur une appréciation personnelle de l’auteur, qu’est-ce que le drapeau tricolore représente pour vous ?

Le rassemblement d’hommes et de femmes qui ont des opinions différentes, mais qui sont prêts à défendre l’essentiel. Une histoire longue de deux mille ans.

Un mot encore. Pendant la guerre d’Algérie, dans les unités combattantes, les soldats représentaient la photographie la plus large de la société française. Nous avions de violentes discutions à propos de la politique et en particulier de cette guerre dans laquelle nous trempions. Mais le silence se faisait, l’émotion était présente chaque matin au moment de la levée des couleurs.

Propos reccueillis par Christopher Lings

 

A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim.
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