mardi, 30 mai, 2017
Napoléon, de Gaulle : ces sursauts français vaincus par l’époque et l’Argent
Eric Zemmour à Nice, le 13 mars 2012 (BEBERT BRUNO/SIPA).

Napoléon, de Gaulle : ces sursauts français vaincus par l’époque et l’Argent

Dans cet extrait du dernier livre d’Éric Zemmour, que nous vous publions en exclusivité avec l’aimable autorisation des éditions Albin Michel, l’écrivain dresse un parallèle pertinent entre Napoléon et de Gaulle, deux sursauts français vaincus par l’époque et l’Argent.

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Napoléon était un enfant de Rousseau, fils de la Révolution qui avait répandu le Code Civil dans toute l’Europe avec les bottes de ses soldats ; il était devenu empereur pour tenter d’obtenir – en vain – un « droit de bourgeoisie » des anciennes monarchies d’Europe, mais aurait été prêt à se convertir à l’islam s’il avait pu rester en Egypte, prendre Saint-Jean-d’Acre et marcher sur les traces d’Alexandre le Grand jusqu’aux rives de l’Indus.

De Gaulle est un enfant de Maurras et de Péguy, mais chrétien de foi et non de raison, qu’un cardinal compara à sa mort à Saint Louis, qui s’était fait de la France une religion pour laquelle il était prêt à se sacrifier ; son respect sourcilleux de la souveraineté populaire était moins dû à une passion pour les immortelles fulgurances démocratiques et républicaines qu’au souci de fonder l’État sur le seul principe capable de remplacer un droit divin désuet.

Dans l’Histoire moderne de notre pays, les deux hommes sont les seuls à planer à semblable altitude.

De Gaulle est un lecteur de Bainville – « sauf pour la gloire, il aurait mieux valu que Napoléon n’existe pas » – qui jugeait toutefois que la gloire napoléonienne était éternelle et avait donné aux Français une haute image d’eux-mêmes, de leur valeur guerrière. « Quand la Grande Armée n’était composée que de Français, elle n’a jamais été vaincue », plastronnait-il. Sans doute songeait-il que la gloire napoléonienne ne serait pas de trop pour restaurer la flamme d’un peuple humilié, laminé, détruit par la défaite de 1940.

Napoléon était un homme du XVIIIe siècle, rationaliste, qui ne croyait qu’au Dieu horloger de Voltaire, utile pour que son domestique ne le vole pas, et qui acheva sa route météorite lorsqu’il rencontra le romantisme nationaliste et superstitieux des deux peuples qui avaient le moins goûté l’enseignement de la froide raison des Lumières : l’Espagne et la Russie.

De Gaulle était un homme du XIXe siècle qui avait connu l’héroïsme inouï des poilus de 1914 (« des lions conduits par des ânes », disaient les Allemands, admiratifs), et dirigea un peuple qui se voyait comme un ramassis de pleutres et de lâches. Les enfants de ce peuple humilié détruisirent son oeuvre en traitant leurs pères de collabos. Il fut vaincu par l’époque qui s’annonçait. Comme l’Empereur.

Les caricaturistes français et étrangers dessinèrent pendant tout son règne un de Gaulle solitaire et hautain se réchauffant au soleil d’Austerlitz. L’émotion populaire et la grandeur de ses obsèques ne sont comparables qu’au retour, dans le froid, la neige et une bise glaciale, des cendres de l’Empereur en décembre 1840.

Les deux hommes ont tenté d’imposer la domination de la France à l’Europe et ont cru réussir, même si, comme le reconnaissait de Gaulle lui-même, le second ne disposait pas des mêmes moyens. Ils n’ont jamais cessé de croire que l’Angleterre était le seul ennemi héréditaire de la France. Furent diabolisés par la presse anglo-saxonne. Le retour du général de Gaulle au pouvoir fut un coup d’État légal qui réussit, un 18 brumaire qui n’aurait pas eu besoin d’un 19 et de Murat chassant les députés par la fenêtre. La Ve République gaullienne fut un Consulat de dix ans, mandat imparti à Bonaparte. Napoléon crut terminer la Révolution que de Gaulle seul acheva enfin.

En 1814, Napoléon se désole : « Je ne trouve de noblesse que dans la canaille que j’ai négligée et de canaille que dans la noblesse que j’ai faite. »

En 1969, à Malraux qui lui demande ce qu’il aurait dit s’il avait dû prononcer le discours célébrant le bicentenaire de la naissance de Napoléon, de Gaulle répond : « Comme lui j’ai été trahi par des jean-foutre que j’avais faits et nous avons eu le même successeur : Louis XVIII ! »

Les deux hommes avaient dû restaurer le prestige de la puissance française après des défaites que l’on crut définitives (la guerre de Sept Ans en 1763 et celle de 1940) et un délabrement de l’État et des finances publiques que l’on jugeait irrémédiables (Directoire et IVe République). Ils haïssaient la dette à l’égal du pêché. Ils furent déclarés ennemis publics par la finance française et la City qui ne purent s’enrichir sur leur dos. Napoléon tonnait : « La bourse je la ferme, les boursiers je les enferme. » De Gaulle ajoute : « La politique de la France ne se fait pas à la corbeille », et nationalisa les banques.

Les deux hommes furent vaincus par l’Argent. Ils furent admirés au-delà de tout par les chefs des puissances qu’ils combattirent. Waterloo n’empêcha jamais Wellington de glorifier « le maître des batailles ».

Éric Zemmour, « Le Suicide français » (Albin Michel), p. 21 à 23.

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5 commentaires

  1. Le problème, c’est que si Napoléon a bien été vaincu par l’argent (ce qui semble vrai, au moins en partie), il ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Pour se maintenir au pouvoir, il a largement compté sur la bourgeoisie française qui, une fois qu’elle s’est sentie gênée par cet empereur remuant, l’a tout simplement lâché. Et je ne parle même pas du caractère privé de la Banque de France, que l’on doit à Napoléon directement.

  2. A l’heure où l’on abat les symboles de la méritocratie (c’est le cas notamment des bourses au mérite, ou la fin des collèges d’excellence), il est étonnant d’observer l’intelligentsia, politiques, ceux-là même qui s’érigent contre tout individualisme de la réussite, considérant qu’on ne doit sa réussite, son ascension qu’à l’ensemble, et donc la communauté, la collectivité; je trouve assez paradoxale de les voir se relayer, se gosser pour venir nous dire que la science, l’intelligence humaine et donc les talents, la réussite, auraient permis d’accomplir un pas décisif dans l’histoire spatiale. Je ne dis pas que le succès de Philae n’est pas un évènement majeur. Bien au contraire, je suis stupéfait qu’un tel évènement n’ait pas appelé une mise en scène un peu mieux rodée, pour ne pas dire élogieuse… Au lieu de cela, nous assistons incrédules aux agitations asynchrones et aux incertitudes de quelques individus derrière une vitre et son public. Au passage nous invite t-on à venir célébrer un évènement pour lequel le peuple, autrement dit vous et moi n’ont jamais été associés depuis dix ans. Pas un drapeau, ni un flash spécial, alors que la dimension patriotique d’un tel exploit devrait dépasser l’enjeu qu’on lui prête! Car, après tout, ne doit-on pas cette incroyable prouesse d’abord au peuple et à dieu? Il est loin le temps de Youri Gargarine où toute une nation tremblait, et où se jouait le destin, la fierté de tout un peuple. Il ne fait aucun doute que l’Europe a tué les peuples. J’irai même plus loin en disant qu’avec Philae (traduction grec du mot amour/aimer), on a « enfin » fuit les peuples. S’il est un acte politique qui à 500 millions de kilomètre de la terre pose les bases de ce qu’est l’Europe, c’est bien celui-ci.

  3. Bonjour

    Il y a une erreur !

    Ce n’est pas Napoléon qui a dit « La bourse je la ferme, les boursiers je les enferme» mais Vincent Auriol, ministre du Front Populaire.

    Presque 150 ans les séparent et rien ne les rapproche.

    D’ailleurs, je me demande si Napoléon était le dernier dirigeant français en lutte contre le pouvoir de l’argent ou le premier a devoir son rang au bon vouloir de la finance.

    Sinon, bon livre M. Zemmour, comme d’habitude.

  4. Je crois qu’il est difficile de comparer Napoléon et de Gaulle . De Gaulle est plus proche de Jeanne d’Arc que de Napoléon en ce sens que, comme pour elle, on peut parler de personnes prédestinées à l’accomplissement de leurs missions historiques. D’ailleurs, tous deux étaient animées par une foi profonde dans leur religion.Ce qui n’est pas le cas de Napoléon plus proche des philosophes des lumières pour lesquels la raison exclut la religion sinon la croyance en un Dieu abstrait.D’autre part, les prodiges accomplis par de Gaulle entre 1940 et 1945, entre 1958 et 1969, notamment pour régler le problème algérien et pour surmonter la crise de mai 1968, supposent un charisme exceptionnel qui a permis à de Gaulle de nous léguer une France en bien meilleur état que celle que nous a laissé Napoléon après Waterloo. Si Napoléon a bénéficié de la philosophie de lumières, de Gaulle a bénéficié de la providence divine. Il y a dans l’oeuvre de ces deux grands hommes une différence de nature et non de degré.

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