jeudi, 30 mars, 2017

L’homme providentiel est-il compatible avec la démocratie ?

Le bonapartisme est-il compatible avec la démocratie (directe, la vraie) ? Le grand homme, l’homme providentiel, peut-il y émerger ? Le peuple est-il capable de se gouverner lui-même, ou lui faut-il un héros, un homme fort à sa tête ? Cet homme peut-il être infaillible, incorruptible, et entièrement dévoué à la cause du peuple ?

Cette grande question a été posée à Étienne Chouard, penseur moderne de la démocratie directe par tirage au sort. Voici sa réponse où il tente de concilier ces deux visions. L’homme fort ? Oui, mais pas sans garanties !


►Étienne Chouard

Bien sûr qu’un despote éclairé serait une bonne solution, mais à la stricte condition que soit garantie la lumière toujours bien allumée.

Et c’est bien là que le bât blesse, et depuis des milliers d’années ! Alors des milliers d’années d’échecs, des milliers d’années à constater que toujours et partout LE POUVOIR CORROMPT, ça va, on a compris et désormais, on va faire attention, très attention ; on va mettre en place des garanties. Des garanties que Bonaparte ne va pas devenir Napoléon (et conduire, par exemple, “sa” grande armée —et les armées d’en face— à la boucherie).

La démocratie n’est pas du tout hostile aux grands hommes : Athènes a écouté et glorifié un Périclès ou un Démosthène pendant des décennies. MAIS Périclès et Démosthène DEVAIENT PROUVER leur valeur TOUS LES JOURS !

Et c’est bien ça le point : il n’y a pas d’aristocratie qui vaille sans épreuve permanente, je dis bien permanente. Et bien sûr, toute idée d’aristocratie héréditaire est une escroquerie de premier rang, une blague.

Nous consentons aux pouvoirs, mais nous voulons DES GARANTIES. Apparemment, le “bonapartisme”, comme le royalisme, n’en donne pas assez.

 

Souvenez-vous des paroles puissantes de Robespierre à propos de la Constitution :

Les lois constitutionnelles tracent les règles qu’il faut observer pour être libres ; mais c’est la force publique qui nous rend libres de fait, en assurant l’exécution des lois. La plus inévitable de toutes les lois, la seule qui soit toujours sûre d’être obéie, c’est la loi de la force. L’homme armé est le maître de celui qui ne l’est pas ; un grand corps armé, toujours subsistant au milieu d’un peuple sans armes, est nécessairement l’arbitre de sa destinée ; celui qui commande à ce corps, qui le fait mouvoir à son gré, pourra bientôt tout asservir.

Plus la discipline sera sévère, plus le principe de l’obéissance passive et de la subordination absolue sera rigoureusement maintenu, plus le pouvoir de ce chef sera terrible ; car la mesure de sa force sera la force de tout le grand corps dont il est l’âme ; et fût-il vrai qu’il ne voulût pas en abuser actuellement, ou que des circonstances extraordinaires empêchassent qu’il pût le vouloir impunément, il n’en est pas moins certain que, partout où une semblable puissance existe sans contrepoids, le peuple n’est pas libre, en dépit de toutes les lois constitutionnelles du monde ; car l’homme libre n’est pas celui qui n’est point actuellement opprimé ; c’est celui qui est GARANTI de l’oppression par une force constante et suffisante.

Ainsi, toute nation qui voit dans son sein une armée nombreuse et disciplinée aux ordres d’un monarque, et qui se croit libre, est insensée, si elle ne s’est environnée d’une sauvegarde puissante. Elle ne serait pas justifiée par la prétendue nécessité d’opposer une force militaire égale à celle des nations esclaves qui l’entourent. Qu’importe à des hommes généreux à quels tyrans ils seraient soumis ? et vaut-il la peine de se donner tant de soins et de prodiguer tant de sang, pour conserver à un despote un immense domaine où il puisse paisiblement fouler aux pieds plusieurs millions d’esclaves ?

Je n’ai pas besoin d’observer que le patriotisme généreux des soldats français, que les droits qu’ils ont acquis, dans cette révolution, à la reconnaissance de la nation et de l’humanité entière, ne changent rien à la vérité de ces principes ; on ne fait point de lois, on ne fait point une constitution pour une circonstance et pour un moment. La pensée du législateur doit embrasser l’avenir comme le présent. Or, cette sauvegarde, ce contrepoids nécessaire, quel est-il ? les gardes nationales.

Robespierre, Discours “Sur l’organisation des gardes nationales « Elles porteront sur leurs poitrines ces mots gravés : Le Peuple français. Liberté, Égalité, Fraternité. »”, le 18 décembre 1790.

Pas de libertés sans Constitution. Pas de Constitution sans garantie des droits ou sans séparation des pouvoirs.

Propos recueillis par Christopher Lings

A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim.
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