« Être (ou ne pas être) républicain », livre important de Frédéric Rouvillois
Buste de Marianne sculpté par T. Doriot et exposé au Sénat (Wikimedia CC).

« Être (ou ne pas être) républicain », livre important de Frédéric Rouvillois

Tous les livres dont se chargent les rayonnages de librairie n’ont pas le même degré d’utilité (ni le même degré de toutes sortes d’autres valeurs d’ailleurs). A cet égard, celui de Frédéric Rouvillois, Etre (ou ne pas être) républicain, paru aux éditions du Cerf en 2015, fait figure de pépite.

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À celui qui s’intéresse à la chose politique, qu’il soit déjà campé sur des convictions ou qu’il cherche, au milieu du brouhaha politique, à démêler le vrai du faux, il n’est pas exagéré d’encourager à la lecture prioritaire de cet ouvrage qui, au nombre de ses mérites, compte celui d’opérer efficacement la jonction entre un sujet d’actualité (« la République », « les valeurs républicaines » et toutes les déclinaisons proverbiales voisines) et une véritable approche de fond (origines et spécificités des différents types de gouvernement) – que j’appelle ici l’archéologie des idées.

La philosophie politique s’est interrogée pendant des siècles sur ce que devrait être la meilleure forme de gouvernement possible, entendu que cette recherche succède à la volonté initiale de servir le bien commun ; ce que Jean-Jacques Rousseau résumait en ces termes : « Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même, et reste aussi libre qu’auparavant ». En France, le fait est que ce débat est depuis longtemps tranché, au point qu’en plus d’avoir été choisie en définitive par les gouvernants politiques, la forme républicaine est gravée dans le marbre juridique :

« La forme républicaine du gouvernement ne peut faire l’objet d’une révision », article 89 de la Constitution de la 5ème République française.

Or, et la lecture du livre de Frédéric Rouvillois le démontre méthodiquement, il n’y a pas formule plus creuse que « forme républicaine », ou même « République ». Etymologiquement d’abord, ce mot construit sur l’origine latine res publica signifie chose publique, soit fondamentalement l’organisation, par un pouvoir politique décisionnaire, des règles de vie, des normes institutionnelles et des éléments de base capables d’encadrer le quotidien des habitants de la Cité ; cela sans distinction des conditions de l’avènement du gouvernement qui occupe cette fonction, ni des méthodes qu’il utilise pour cela, ni des motivations qui sont les siennes. Ceux de nos contemporains qui s’imaginent que la République est un système nécessairement démocratique, laïc, fluide et ouvert sur le monde ont probablement manqué d’observer que la théocratie iranienne s’appelle « République islamique d’Iran » ou que le régime héréditaire et totalitaire nord-coréen s’appelle « République populaire démocratique de Corée ».

Etre (ou ne pas être) républicain bouscule les prétentions d’une époque qui, par cécité et par conditionnement, par facilité et démission, a déporté un sujet de philosophie politique vers l’univers quasi-métaphysique -pour ne pas dire mystique- en auréolant « la République » d’apparats divins et transcendants. En ceci qu’il remet de l’ordre dans les choses, le livre de Frédéric Rouvillois, instructif et même éducateur, est une pièce importante d’un dispositif de remise en question des certitudes auquel il est devenu urgent de se confronter.

Jonathan Sturel

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A propos de Jonathan Sturel

Jonathan Sturel
Jonathan Sturel, observateur critique du monde moderne, est l'auteur du livre « La Contre-histoire de Michel Onfray » paru aux Editions Tatamis en août 2014.
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