vendredi, 26 mai, 2017
Xavier Vallat, les « Souvenirs d’un homme de Droite »

Xavier Vallat, les « Souvenirs d’un homme de Droite »

Xavier Vallat, Le nez de Cléopâtre, Souvenirs d’un homme de Droite, 1918-1945

vallat-cleopatreDans sa lettre-préface, Charles Maurras écrit à son ami que « l’homme public doit apparaître garanti par l’homme privé. […] il faut que l’on vous voie au complet. » Des mots qui laissent rêveur, lorsque l’on referme l’ouvrage de Xavier Vallat, homme de droite authentique, témoin et acteur des plus sombres périodes de notre Histoire. Accusé à tort d’ « intelligence avec l’ennemi », il entreprit la rédaction de ses Souvenirs du fond de sa cellule, à la prison de Fresnes en 1947. Et pourtant, quelle douceur dans son écriture, aussi lumineuse que délicate !

Une phrase, à la fin du premier chapitre, résume fidèlement le principe de sa vie : « C’est à cause du silence que la guerre avait apporté à 36.000 villages de France, pareils au mien, que j’avais voulu passionnément la paix pour mon pays ; c’est à cause de lui que j’ai servi avec ferveur le Maréchal Pétain, mon chef de la Grande Guerre, devenu chef de l’Etat dans des heures difficiles, quand il a tout tenté pour que d’autres jeunes Français ne vinssent pas ajouter leurs noms à celui de leurs aînés sur les stèles funéraires. » L’auteur a tenu parole.

Vétéran de la première Guerre Mondiale, Xavier Vallat se consacre à la politique. Au fil des pages, sa plume esquisse une vie riche de sens : nous voici dans la Chambre Bleue Horizon, assistant aux joutes oratoires de Léon Daudet ; vibrant d’espérance lorsque Jacques Bainville lui remet la lettre du lieutenant du Plessis de Grénédant, père spirituel de la Fédération Nationale Catholique ; entraînés, non sans une pointe d’amusement, dans les coulisses de l’affaire Stavinsky ; puis chez le Prince Otto, en Hongrie, dernier « bastion de l’Occident » ; et en Alsace, au cœur du séparatisme rhénan avec Paul Hocquelle, dont il fut avocat au Conseil de Guerre de Wiesbaden ; enfin, dans les coulisses du régime de Vichy aux cotés du Maréchal Pétain luttant contre l’occupation allemande grâce à sa politique souterraine.

Soucieux de rétablir la vérité à propos de cette lutte, encore aujourd’hui trop méconnue, Xavier Vallat y consacre les trois derniers chapitres de son œuvre : assorti d’exemples précis, son récit nous montre comment tous les membres du Gouvernement, avec la complicité du Maréchal, résistèrent à l’ennemi et rivalisèrent d’ingéniosité pour protéger les Français contre les mesures les plus répressives. Commissaire général à la Question Juive de 1940 à 1942, Xavier Vallat fit tout son possible pour préserver la dignité humaine et contourner les lois que les Nazis tentèrent d’imposer aux Juifs : il gêna tant et si bien leurs desseins qu’il fut jugé « trop modéré » et remplacé par Louis Darquier de Pellepoix, malgré les protestations de l’Union Générale des Israélites de France.

Teinté de mélancolie, le dernier chapitre des Souvenirs sonne comme un hommage à celui qui fit inconditionnellement don de sa personne à la France, et ce jusqu’à sa mort. En effet, le lecteur y trouve un document des plus précieux : la lettre que Xavier Vallat lui écrivit, dès qu’il apprit la promulgation de « l’acte constitutionnel n°4 sexties relatif à la succession du chef de l’État » prévoyant l’abrogation de « toutes dispositions prises depuis le 10 juillet 1940 », soit la restauration de la République, « dans le cas où nous viendrions à décéder avant d’avoir pu faire ratifier par la nation la nouvelle Constitution de l’État français ». Le projet d’un Etat qui « reconnaît et garantit comme libertés fondamentales : la liberté de conscience, la liberté de culte, la liberté d’enseigner, la liberté d’aller et de venir, la liberté d’exprimer et de publier sa pensée, la liberté de réunion, la liberté d’association » selon les dispositions du Premier Article (25 juillet 1944)… Cette constitution, voulue par le Maréchal Pétain, ne vit jamais le jour. L’auteur des Souvenirs, qui participa à sa rédaction, la publie ici pour la première fois.

Difficile de trouver des mots plus éloquents que ceux d’Antoine LESTRA, qui écrivait en 1957 que Xavier Vallat a « travaillé de toutes ses forces, avec un courage magnifique à restaurer l’ordre social chrétien dans une France rendue à ses traditions de Fille aînée de l’Eglise. […] Sans ambition personnelle, il s’est toujours compté pour rien au service de la vérité telle qu’il la voyait. Il a pris ses responsabilités avec une franchise intrépide égale à l’indépendance de son jugement et de ses actes, avec la fierté du Français de très vieille souche. » Une leçon d’espérance et de courage, en somme, à lire et à relire en ces temps difficiles.

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A propos de Virginie Vota

Virginie Vota
Née en 1987, diplômée d’un Master de Lettres Modernes, pétrie par la Littérature française, passionnée par l’Histoire, la Théologie, la Philosophie et les Sciences Humaines en général, je consacre mon temps libre à mes études, à la lecture et à l’écriture (fiction, articles, essai).

Un commentaire

  1. Oh ! LIBERTÉ sur les frontons de tes institutions j’écris ton nom. J’use et j’en abuse par les entraves à la/ta liberté que tu me donnes…

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