L’aigle et la chouette
Serment de l'armée fait à l'empereur après la distribution des Aigles au Champs de Mars (David).

L’aigle et la chouette

Je voudrais entretenir le lecteur d’une découverte que j’ai faite au long cours. Je veux l’amener à sentir l’importance de la philosophie politique et sa pleine actualité. Pour ce faire, je vais devoir témoigner, donc parler quelque peu de moi, ce dont je prie chacun de ne pas interpréter comme fatuité déplacée.

Je ne me suis intéressé que très tardivement à l’histoire. J’ai mis du temps à comprendre son importance. J’y ai pris goût grâce à un personnage bien connu, Napoléon Bonaparte. Il est de ceux qui ne laissent personne indifférent et attirent à eux l’outrance des points de vue ; soit qu’on se plaise à le faire passer pour ce qu’il n’était pas, soit qu’on l’encense plus qu’il ne le méritait. Toujours est-il que la figure de Bonaparte demeure, me semble-t-il, le pivot de la parenthèse révolutionnaire 1789-1815, elle-même fondamentale dans notre histoire. L’on ne peut étudier la Révolution française en avortant celle-ci, que ce soit dès 1791, en 1793, 1795 ou 1799. Il aura fallu un bon quart de siècle pour que cette période prenne racine et qu’il lui soit peu à peu rendu un véritable culte, au-delà même de nos frontières.

Mais en-dehors de la personne de Napoléon, il est tout un réseau d’acteurs et de héros révolutionnaires – monarques, généraux, tribuns, penseurs et avocats, français ou étrangers – dont les engagements intriqués constituent la trame de ce grand moment de notre histoire. Certains auraient aimé voir dans la Révolution le mouvement spontané et général du peuple indistinct, nouveau venu sur la scène politique, sans que n’ait à être signalé le rôle tenu par les meneurs, opportunistes ou non. Or, de la même manière qu’il est impossible de dissocier l’élan révolutionnaire de l’éclat puis de la lente sclérose impériales, il est vain de vouloir nier l’importance des grands hommes en de pareilles occasions. Et plus une période se prête au renouveau et à l’appel des vocations, plus elle produit de ces grands hommes.

Comme beaucoup, j’ai donc maintes fois été émerveillé par tant de talents et d’audace, que je n’ai retrouvés par la suite qu’en m’entichant de l’Antiquité gréco-romaine. Il y a en effet un ouvrage à la Plutarque restant à écrire des « vies parallèles » entre héros classiques et contemporains. Parmi les nombreux candidats, je n’évoquerai succinctement que trois d’entre eux, modèles de vertu, tous militaires, l’armée ayant été durant la Révolution un extraordinaire organe de promotion sociale.

Il y a tout d’abord le général Drouot, « Sage de la grande Armée », fidèle parmi les fidèles, un homme d’une humilité rare qui, à la chute de l’Empereur qu’il a suivi une première fois sur l’île d’Elbe, demande à rejoindre l’homme déchu à Sainte-Hélène. En vain. Dès lors, il refuse tous les honneurs, tous les offices, tous les traitements, vit chichement et économise pour s’offrir un voyage sans retour sur l’île maudite. Il y parvient mais trop peu de temps avant la mort de Napoléon, ce qui l’afflige. Il meurt en 1847, aveugle, sans avoir pu écrire ses mémoires. Ayant été l’un des rares à figurer sur le testament de l’Empereur, il lègue la somme héritée à sa bonne ville de Nancy. Lacordaire prononce son éloge funèbre.

Il y a ensuite Moncey, premier gendarme de France et maréchal d’Empire. Au moment du procès de Ney en 1815, il se démet de la présidence du conseil de guerre, excluant d’avoir à juger un ancien compagnon d’armes. Il est alors destitué et mis aux arrêts trois mois durant au fort de Ham. Le commandant prussien de la place refuse de retenir prisonnier un maréchal d’Empire ? Qu’à cela ne tienne, Moncey loue une chambre à l’auberge d’en face dans le but de s’y enfermer trois mois et de ne rien devoir à personne. Sur la fin de sa vie, nommé gouverneur des Invalides sous Louis-Philippe, il accueille, subclaquant, les cendres de l’Empereur au cours d’une cérémonie qu’il ponctue au final du célèbre : « à présent, rentrons mourir ».

Il y a enfin le général Exelmans. Fait prisonnier durant la campagne d’Espagne, il est envoyé en détention en plein milieu de l’Angleterre. Il parvient à s’échapper en 1811, traverse le pays ennemi, puis la Manche sur une maigre barque et rejoint la France. Au lieu de se faire oublier, il reprend rapidement du service et repart en Russie avec la Grande Armée. À la fin des Cent-jours, et après la défaite de Waterloo, il remporte l’ultime victoire française des guerres de la Révolution et de l’Empire, non loin de Paris, et devient à cette occasion le « Lion de Rocquencourt ». En 1851, Il sera fait maréchal de France par le Prince-président, neveu de qui l’on sait.

Tous ces grands destins individuels nous semblent aujourd’hui d’un autre âge, presque mythifiés tant les personnages publics qui font notre quotidien se montrent, dans l’ensemble, bien loin d’une telle grandeur. Certes, il y eut aussi des âmes beaucoup moins généreuses il y a deux cents ans, comme de nos jours il n’y a pas que des avortons. Néanmoins, certains moules semblent avoir été détruits, ce dont le terre-à-terre de notre époque est peut-être en partie responsable. Et puis en même temps, la période révolutionnaire était nimbée d’une sorte d’aura unifiante ; le souffle national qui s’en dégageait paraissait être la promesse d’une nouvelle forme de religiosité, la garantie d’un esprit de corps. Et celui-ci aussi nous l’avons perdu.

Qui s’est intéressé sérieusement à la lente émergence de l’État moderne au Moyen Âge sait que nationalisation et sécularisation sont intimement liées. Philippe le Bel est l’exemple-type du monarque ayant fait fond sur le sentiment d’appartenance national de ses sujets et, conjointement, œuvré pour déprendre son royaume de la tutelle de l’Église. Il a fait jouer l’un contre l’autre. La Révolution, qui couvait la laïcité et ses excès, n’a pu s’épargner le recours à une religion laïque, le culte de la patrie. Napoléon aura été son grand prophète, au point d’avoir nourri les nationalismes étrangers (prussien, espagnol, italien, russe) et précipité en retour la chute de son empire. L’amour de la nation n’est viable que dans certaines limites géographiques, mais il est essentiel.

Je crois pouvoir dire que ce souffle épique, cet esprit de corps n’est pas étranger à l’intérêt que suscitent la Révolution et l’Empire en France et de par le monde. Et je crois pouvoir ajouter qu’en regard, les belles individualités dont nous parlions plus haut participent pour moitié à cet engouement. Nous avons donc là communion des affects, et en vis-à-vis enfantement des talents, toutes extractions confondues : soit ce que j’appellerais l’un et le multiple. Lorsque ces deux fléaux de la balance politique sont à l’équilibre, tout devient possible. La logique est la même dans le sport, d’où sans doute l’attrait grandissant que nous lui connaissons. Que la promotion des capacités individuelles des athlètes vienne à rencontrer le sentiment d’appartenance émanant de leur public et l’osmose est complète.

Napoléon aura donc été l’huissier de ma passion soudaine pour l’histoire, bien au-delà du terrain de jeu et de la période qui le concernent directement. Une passion qui, elle-même, de fil en aiguille, m’a conduit à m’intéresser à la philosophie. J’ai appris à considérer l’histoire comme l’outil indispensable du philosophe, ce sans quoi il n’a pas matière à œuvrer. Un philosophe doit être avant tout un historien ; la réciproque n’est pas vraie. Parmi toutes les subdivisions de la philosophie, il en est une qui m’a particulièrement fasciné et que certains considèrent comme la philosophie « première ». Cette discipline, c’est la philosophie politique (et morale, l’une n’allant pas sans l’autre). Je la qualifierais comme étant une réflexion sur la vie bonne en amont, sur le meilleur régime en aval, et, globalement, sur l’équilibre à trouver entre l’individu et sa communauté d’appartenance. Là encore, il s’agit de faire cohabiter l’un et le multiple, de les rendre conutritifs.

Quels meilleurs guides dans cette voie que les philosophes grecs, premiers officiants en la matière ? Après l’aigle, voici venir la chouette. Après l’expérience historique et passionnée des belles âmes proclamatrices de la nation, l’examen raisonné d’une conciliation, celle entre l’expression de tous les talents dans la Cité et le respect dû à celle-ci en tant que matrice. Et le mieux à même d’expliciter ce besoin de « médiété », d’équilibre entre l’exaltation de l’individu et l’entretien de la communauté, ce fut Aristote. En effet, le droit naturel selon Aristote permet non seulement de ne négliger ni l’un ni le multiple, mais il les envisage en un appui mutuel.

Voilà pourquoi Aristote, voilà pourquoi Napoléon, et voilà pourquoi Aristote après Napoléon ; chacun me servant ici de paradigme (historique pour l’Empereur et métaphysique pour le Philosophe). De manière générale, l’histoire nous prouve qu’un peuple reniant son identité collective ne se ménage pas de beaux jours. À l’opposite, la philosophie aide à penser l’individu, ce qu’il est réellement, ce qu’il ne sera jamais, ce sans quoi il ne peut être et l’espoir qu’il constitue.

Tout cela demande du temps, de la patience, la ferme volonté d’appréhender les mouvements du monde et la construction de soi en tant qu’être pensant. Mais avant tout sont requis des égards incessants pour notre pays, notre œuvre commune.

Éric Guéguen

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A propos de Éric Guéguen

Éric Guéguen
Philosophe et essayiste, né en 1974 et auteur du « Miroir des peuples » (éd. Perspectives Libres, 2015). Scientifique dans une première vie insipide. Redevenu étudiant (et éternel étudiant) par nécessité intellectuelle et souci de légitimité.

18 commentaires

  1. Vous avez le mérite d’évoquer un point central de l’Histoire. Mais vous abordez des problèmes fondamentaux sans les approfondir véritablement. Certes le lieu ne s’y prête pas vraiment.
    L’examen des faits au début du XIVè siècle démentirait votre vision stéréotypée d’un pouvoir de l’Église étouffant les royaumes chrétiens.
    Au contraire c’est la longue lutte entre le Sacerdoce et l’Empire qui a permis à l’ Europe, chrétienne par excellence, de sauvegarder ses autonomies et de se développer.

    Philippe le Bel, fort mal entouré, a multiplié les provocations envers la Papauté, jusqu’aux voies de fait. Se vouloir » Empereur en son royaume » et s’affranchir plus ou moins des lois morales pour gouverner à sa guise, cela ne lui a pas porté bonheur à lui et à ses descendants.

    La religiosité est un concept flou, qui n’a rien à voir avec une législation respectant la Loi évangélique, assurant le respect du bien commun et le salut spirituel des sujets du royaume.

    Chercher à se débarrasser de la soit disant tutelle de l’Église conduit instaurer à un nouvel ordre tendant à un retour progressif au laïcisme destructeur de toute l’âme d’un pays.

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  2. ERRATUM

    Vous avez le mérite d’évoquer un point central de l’Histoire. Mais vous abordez des problèmes fondamentaux sans les approfondir véritablement. Certes le lieu ne s’y prête pas vraiment.
    L’examen des faits au début du XIVè siècle démentirait votre vision stéréotypée d’un pouvoir de l’Église étouffant les royaumes chrétiens.
    Au contraire c’est la longue lutte entre le Sacerdoce et l’Empire qui a permis à l’ Europe, chrétienne par excellence, de sauvegarder ses autonomies et de se développer.

    Philippe le Bel, fort mal entouré, a multiplié les provocations envers la Papauté, jusqu’aux voies de fait. Se vouloir » Empereur en son royaume » et s’affranchir plus ou moins des lois morales pour gouverner à sa guise, cela ne lui a pas porté bonheur à lui et à ses descendants.

    La religiosité est un concept flou, qui n’a rien à voir avec une législation respectant la Loi évangélique, assurant le respect du bien commun et le salut spirituel des sujets du royaume.

    Chercher à se débarrasser de la soit disant tutelle de l’Église conduit instaurer un nouvel ordre tendant à un retour progressif au laïcisme destructeur de toute l’âme d’un pays.

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    • Éric Guéguen

      Bonjour.

      J’appelle « religiosité » la nécessité d’avoir en partage un ensemble de valeurs arc-boutées sur l’histoire ou le mythe, au fondement de mœurs communes. Le christianisme s’inscrit parfaitement là-dedans. Mais pas exclusivement. Certains chrétiens ont parfois le tort de voir le monde à leur image… Il y a une vie hors de la religion d’État. Hors de toute religiosité, pas de vie commune en revanche.

      Pour la contiguïté entre « nationalisation » et sécularisation, lire en particulier « Les deux corps du roi », de Kantorowicz. Je cite celui-ci car c’est le dernier en date que j’ai lu.

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  3. Monsieur,

    Réduire le Catholicisme à une « religiosité » — terme que vous semblez fort apprécier si l’on en croit sa récurrence dans vos propos — est faire œuvre d’une singulière confusion et d’une limitation fâcheuse.

    « J’appelle « religiosité » la nécessité d’avoir en partage un ensemble de valeurs arc-boutées sur l’histoire ou le mythe, au fondement de mœurs communes.  »

    Vous ne distinguez pas, comme beaucoup, le sacré du profane, et donc l’orthodoxie de l’hétérodoxie. Les mythes primordiaux et les principes sur lesquels se basent les religions et traditions n’ont pas la relativité que vous leur prêtez, l’analyse sociologique tient là ses limites, car les principes renferment des vérités métaphysiques que n’ont pas tout ce qui se rapporte à des « religiosités ».

    La république moderne est un exemple typique de religiosité, car elle prétend unir ses fidèles autour de « valeurs » profanes, aussi qu’elle tende à parodier les religions ne les rend cependant pas profanes elles aussi.

    Pour le débat sur Philippe Le Bel, il est vrai, comme dit Christopher, que le spirituel à eu tendance à se mêler de politique, cependant la réaction des États à été disproportionné, cf Querelle des investitures. D’autant que si l’on peu reconnaître au Gibelin d’avoir une certaine maîtrise des principes spirituels, ce n’est pas du tout le cas de Le Bel, qui par son action à vu toute sa lignée s’effondrer, ce qui à mis, je vous le rappelle la France en péril jusque sous Charles VII ( merci JEHANNE D’ARC ).

    Ce qu’entend Guénon est double, Le Bel a détruit l’ésotérisme chrétien ou du moins, ce qui s’en rapprochait le plus, et à permis l’émergence des État-nation contre l’empire Chrétien. Le premier sentiment national ne venant qu’à partir de Louis VI le Gros d’ailleurs. Bref, c’est typiquement dans la veine de ce qu’on appelle la révolte des nobles ou des Kshatriya comme dans l’Inde antique avec l’apparition du Bouddhisme — quoiqu’il fût moins dévastateur.

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    • Éric Guéguen

      Bonjour Jérôme.

      Vous êtes bien remonté dites-moi ! Bon rassurez-vous, j’ai sûrement en magasin des choses qui vous raviront davantage. Mais poursuivons là-dessus…

      Je suis surpris de voir certains monter à ce point au créneau. Je vais expliciter mon propos : j’estime qu’il y a dans toute religion qui se respecte deux dimensions, l’une proprement spirituelle, l’autre typiquement politique, ou sociale. Il y a un rôle social de la religion, et fatalement une instrumentalisation de celle-ci comme vecteur d’ordre. C’est aussi valable pour le christianisme, et ce n’est pas renier son patrimoine que de l’admettre. Ce rôle de vecteur d’ordre, un beau jour, s’est vu confier exclusivement aux instances politiques, et non plus religieuses. Mais c’était déjà le cas avant le christianisme !!! Je veux dire par là que le monde n’a pas commencé avec lui, il s’est longtemps fait sans lui ! La religion était instrumentalisée chez les Romains polythéistes. « Polythéistes », donc déjà profanes aux yeux de certains chrétiens.
      Et il y a quelque chose de symptomatique dans vos propos : le fait que vous mettiez des guillemets à « valeurs » devant le mot « profanes ». Si vous entendez par profane une absence complète de sacralité, je suis d’accord. Mais si pour vous « profane » revient à « hors du christianisme », je pense que vous vous trompez lourdement. À vous lire (sauf erreur), une valeur est nécessairement religieuse. Je ne suis pas d’accord. Qu’une valeur implique de la sacralité, c’est fondamental. Mais qu’elle s’attache au culte d’un dieu, non. Toute la philosophie des Anciens est imprégnée de valeurs dans lesquelles tout athée peut se reconnaître. Et heureusement, car il y a là à mes yeux une plus belle promesse d’avenir que dans le rétablissement sec d’une religion d’État.

      Cordialement.

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      • Éric Guéguen

        Bonjour Nicolas, heureux de vous retrouver.

        Comme vous le savez, je n’ai pas lu Guénon. Sauf « La crise du monde moderne ». Mais je ne suis pas suffisamment à l’aide avec ce livre pour en débattre.
        Je me contenterai donc de vous confier ma propre pensée.
        Vous dites en particulier (je vous cite) que « par définition, une personne athée est une personne qui nie en bloc l’existence du spirituel dans tout ce qu’il comprend, donc l’existence de Dieu ».
        Je ne suis pas d’accord avec cela. L’athée nie en effet l’existence de Dieu. Pour autant, peut-on en déduire qu’il n’a pas de vie spirituelle ? Je crois qu’il convient de décorréler le concept de dieu de celui de l’âme. On peut « croire » en l’âme… sans croire en un dieu. L’âme est le support de la vie spirituelle, et un athée n’est pas nécessairement un matérialiste foncier (je dis cela sans l’être moi-même).
        Prenez les épicuriens : ils croyaient en l’âme bien que « matérialistes ». Bon, ils croyaient aux dieux aussi, mais s’en détachaient pour se concentrer sur l’entretien de l’âme.
        Dans le recours aux valeurs, il y a nécessairement une part spirituelle, mais je ne pense pas que cela implique de croire en un dieu tutélaire.

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      • Éric Guéguen

        Erratum, ligne 3 : « à l’aise », et non « à l’aide »… 🙂

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  4. Monsieur,

    Je ne suis pas « remonté », mais je ne fait simplement aucune concession, ni sur ces sujets ni sur d’autres d’ailleurs.
    Vous faites hélas bien des confusions, qui ne vous seront reprochées que si vous ne parvenez pas à les corriger.

    Pour ce qui est des traditions « polythéistes », la plupart remontent à des périodes fort anciennes, et admettent l’unicité du divin. Ce ne sont pas des « philosophies » mais clairement des traditions empreintes de sacré, entièrement tournées vers lui ,renvoyant à des principes transcendant.
    Au delà de cette synthèse, je ne peux rien vous offrir d’autre, sinon vous renvoyer vers des ouvrages.
    « Symboles de la science sacrée » devrait vous donner quelques satisfactions. Mais il semble qu’il faille d’abord au moins lire « Orient et Occident » et « le règne de la quantité », je vous passe histoire des religion de M. Eliade.

    Enfin quoiqu’il en soit, vous confondez l’âme et l’Esprit, le premier étant la manifestation de l’égo, proprement « l’adversaire » et le second étant Dieu lui même. Que les athées aient une âme, je n’en doute pas, mais celle-ci n’ira nul part et certainement pas vers le principe suprême, donc l’esprit.

    Enfin la philosophie, amour de la sagesse, énoncée par Pythagore n’est qu’un moyen de revenir à l’esprit, Pythagore voyez du sacré dans les nombre et à bon droit. ( je parle d’un aspect de la philosophie antique)

    Pour finir, « profane » ne renvoie pas pour moi à ce qui est en dehors du christianisme, mais ce qui est en dehors de la Tradition, d’ailleurs, ce n’est pas uniquement pour moi, mais c’est comme cela.

    Je suis d’accord avec le début de votre réponse, dans laquelle vous faîtes simplement la distinction entre ésotérisme et exotérisme. Pour ce qui est des instrumentalisations, c’est un autre sujet, mais il y a du vrai.

    Nous devrions, reporter ces considérations sur le forum côté spiritualité et religion à mon sens, elle peuvent y être utile.

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    • Éric Guéguen

      Bonjour à vous.

      Je découvre votre réponse. Je maintiens que vous êtes « remonté ». Vous parlez de mes confusions et prodiguez vos conseils de lecture. À moi de jouer…

      J’ai pour habitude de partir de l’étymologie. Elle trompe rarement et permet d’éviter les errements dogmatiques. La « psuchè » en grec, c’est l’âme. La philosophie à proprement parler naît avec Socrate et l’entretien de de l’âme qu’il prodigue. La philosophie est en fait une « psychologie », littéralement l’étude de l’âme (individuelle). Les présocratiques, au nombre desquels les pythagoriciens, étaient essentiellement physiciens et métaphysiciens plus que moralistes. Les uns et les autres ont en effet cherché à déterminer quel était le premier principe, le premier moteur, le « noûs », la partie la plus élevée et commune de l’âme (Aristote s’est lui aussi inscrit dans ces travaux, comme les stoïciens). En cela on peut voir du divin, on PEUT le voir. Tous œuvraient à une époque rigoureusement polythéistes, que vous le vouliez ou non. Les rares à penser à l’unicité d’un divin étaient philosophes, affiliés à des écoles de pensée ésotériques (et Socrate l’a payé de sa vie).

      Ensuite vous faites intervenir le mot « esprit », qui dérive du latin et qui intervient bien plus tard. Il est plus commode car il permet au christianisme de venir se greffer à cette Tradition qui n’a pas eu besoin de lui pour exister (ça vous semblera insultant, mais ce sont les faits historiques auxquels il faut vous plaindre). L’Esprit, vous pouvez l’interpréter en effet dans la pensée de Pythagore, puis celle de Platon lecteur de Pythagore, puis celle de Plotin lecteur de Platon, etc. Jusqu’à celle de Hegel. c’est en effet une tradition de pensée, à prendre en compte, mais l’importance que vous lui accordez – et permettez-moi de vous le dire avec un côté quelque peu méprisant pour tout ce qui n’en est pas ou ne paraît pas en être – me fait dire que vous faites parler votre foi plus que votre raison. Sinon, vous ne chercheriez pas à vous débarrasser de l’âme comme d’un os à ronger jeté aux mécréants (j’exagère à peine).
      Je le répète : à l’origine il y a le NOÛS, dont découle la PSUCHÈ, que les latins puis les chrétiens ont traduit et interprété par SPIRITUS. Il ne faut pas voir l’histoire du monde uniquement à l’aune des dogmes chrétiens, faire son marché en fonction de ce qui le rend légitime. De la même manière qu’il ne faut pas – j’ai eu l’occasion de le défendre ailleurs face à des paganistes – prétendre que le christianisme n’aura été en somme qu’une récupération déformante de la pensée qui l’a précédée. S’interroger sur le premier moteur n’implique pas forcément que ce premier moteur soit une intelligence supérieure…

      Jérôme, sincèrement, je vois mal comment, avec de tels points de vue, vous pouvez discuter avec des athées sans les mépriser. Considérer qu’un athée peut tout à fait être détenteur d’un savoir que je n’ai pas en tant que croyant, qu’il prend davantage soin de son âme que je ne le fais, tout ceci ne fait pas de moi un mauvais chrétien, ni de cet athée une âme perdue.

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      • Éric Guéguen

        Addendum : j’ai employé « paganiste » (qui pourra choquer) en lieu et place de « païen », trop général vis-à-vis de ce que je voulais dire.

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      • Je me suis tâté pour vous répondre en mobilisant uniquement des termes Scolastique et Gnostique ( alexandrin) donc plutôt hellénique, comme c’est là votre sujet de prédilection.
        Ceci nous aurait permis de mieux nous comprendre, mais je crois que cela nous entraînerait trop loin pour un intérêt peu avéré, car le public n’y comprendrait rien.
        La Philosophie, qu’on le veuille ou non est originairement pythagoricienne, et se pose comme une restauration de l’Orphisme et dont les liens étaient proches du culte Délphique de l’Apollon hyperboréen.
        S’il s’est conservé par la suite un côté ésotérique et une conservation de la métaphysique chez les scolastiques, on y a effectivement fait entrer l’étude de l’ensemble des connaissances humaines.
        La limite de votre point de vu vient certainement du fait que vous vous bornez aux seuls socratiques et que vous ne vous intéressez à l’ésotérique présent chez ces derniers que secondairement ( me semble-t-il).

        « Les présocratiques, au nombre desquels les pythagoriciens, étaient essentiellement physiciens et métaphysiciens plus que moralistes »
        Dites vous qu’ils étaient moralistes ou qu’ils étaient plus métaphysiciens et moins moralistes ? Je me permets de vous rappeler que la métaphysique et la morale n’ont absolument rien à voir, car elles ne sont tout simplement pas sur le même plan. Le moral vient de la distinction que l’homme produit quand il s’éveille à la « Science du Bien et du Mal » que l’on appréhende dans le mythe de Prométhée, quoi qu’il en soit, c’est un raisonnement typiquement dualiste, or nous parlons ici de « non-dualité ».

        « Les uns et les autres ont en effet cherché à déterminer quel était le premier principe, le premier moteur, le « noûs », la partie la plus élevée et commune de l’âme (Aristote s’est lui aussi inscrit dans ces travaux, comme les stoïciens). »

        Vous devez parler du « moteur immobile » d’Aristote, qui est extrêmement intéressant, car il renvoie au principe du Roi, détenteur de la Loi, Tao te king chez les taoïstes et Dharma chez les hindous.

        « En cela, on peut voir du divin, on PEUT le voir. Tous œuvraient à une époque rigoureusement polythéiste, que vous le vouliez ou non. Les rares à penser à l’unicité d’un divin étaient philosophes, affiliés à des écoles de pensée ésotériques (et Socrate l’a payé de sa vie). »
        Une forme apparemment « polythéiste » ne cache pas une multitude de dieux, ou vous diriez alors que l’hindouisme est polythéiste, ce qui serait une erreur singulière. Vous confirmez mes propos en ajoutant que les philosophes antiques voyaient l’unicité du divin donc la non-dualité, et qu’en cela, ils étaient monothéistes.

        « L’Esprit, vous pouvez l’interpréter en effet dans la pensée de Pythagore, puis celle de Platon lecteur de Pythagore, puis celle de Plotin lecteur de Platon, etc. Jusqu’à celle de Hegel. c’est en effet une tradition de pensée, à prendre en compte, mais l’importance que vous lui accordez – et permettez-moi de vous le dire avec un côté quelque peu méprisant pour tout ce qui n’en est pas ou ne paraît pas en être – me fait dire que vous faites parler votre foi plus que votre raison. »

        Hegel n’a rien à voir avec les auteurs précités, il développe ses thèses en partant du postulat d’un matérialisme historique, ce qui n’est pas comparable avec ces derniers. Vous parlez de la pensée de Pythagore, Platon et Plotin, mais là où nous voyons l’Esprit et les vérités immuables, il ne peut y avoir de pensée, car la vérité s’impose à l’homme et ces derniers ne peuvent que la comprendre. Globalement, ces auteurs n’inventent rien, et heureusement, mais ils expriment des vérités et nous ne pouvons parler ni de « théories » ni de « pensée ».
        J’accorde une importance à l’Esprit, car tout est issu du Principe, et rien ne peut exister sans lui. S’intéresser aux conséquences de la cause plutôt qu’a la cause même, n’était pas vraiment dans l’esprit originel de la philosophie, vous me l’accorderez.
        Vous opposez la foi à la raison, mais ce qu’il y a d’absurde, c’est que si la raison n’a de réalité que parcequ’elle est éloigné de la foi, elle n’a aucune utilité. La raison est un domaine inférieur de l’être, disons purement mentale et cognitif. La métaphysique ne s’appréhende que par l’intellectualité pure, tandis que la foi ne mène qu’à la mystique et non à la sainteté. L’intellectualisé, c’est la connaissance des principes d’ordre ésotérique.
        Je m’arrêterais là, car d’une part, je n’ai pas la prétention à maîtriser comme il se doit ces sujets et d’autre part, mes capacités littéraires ne sont point faite pour que le commun puisse y comprendre quelque chose. Des auteurs, bien plus précis et informés que moi ont déjà abordés ces sujets dans le seul but de se faire comprendre, ce qui n’est pas mon cas.

        http://esprit-universel.over-blog.com/article-rene-guenon-le-demiurge-1-59114100.html

        http://esprit-universel.over-blog.com/article-rene-guenon-pensee-metaphysique-et-pensee-philosophique-101767836.html

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      • Éric Guéguen

        J’aborderais les choses différemment. Je dirais que toute activité de l’esprit s’est un beau jour élevée à son maximum en bornant les choses comme suit :
        – Premièrement, l’homme a en sa possession une capacité intellectuelle inédite dans le règne animal.
        – Et deuxièmement, toutefois certaines choses demeurent et demeureront inaccessibles à sa raison.
        Ce sont là deux points sur lesquels tout le monde peut s’entendre, ils font consensus. Je sais que ce n’est pas quelque chose que vous prenez en compte, mais moi si. Je me fais très bien à l’idée qu’il y a des gens qui ne croient pas en ce que je crois et qui peuvent néanmoins être détenteurs de quelque vérité, obtenue par un autre cheminement intellectuel ET spirituel.

        De manière plus générale, je vous reprocherai de vouloir rattacher le christianisme à une Tradition dont il serait l’aboutissement. Comme toute doctrine (car il y a un aspect doctrinaire dans le christianisme), il s’est employé à se concilier ce qui l’a précédé et qui faisait autorité. Judaïsme et islam ont fait de même. Or ce que les Grecs – tous confondus – appelaient Dieu ne coïncidaient pas fatalement avec ce que les chrétiens nomment tel. Pour Aristote notamment, la notion de « Premier moteur » n’implique pas que nous soyons en présence d’une divinité qui, un beau jour, a créé le monde. Pour lui le monde est éternel, en amont comme en val, et comporte de l’incréé et de l’inaltérable. C’est un point crucial sur lequel les monothéismes ont eu bien du mal à s’approprier l’apport aristotélicien.

        À jeudi…

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