vendredi, 22 septembre, 2017
Une figure de la France contemporaine : le soldat parachutiste français

Une figure de la France contemporaine : le soldat parachutiste français

A priori il semble facile, de par les livres, les films et les documentaires qui nous ont été transmis, de définir et de caractériser ce qu’est un parachutiste. Bien souvent, nous possédons l’image d’un soldat endurant, mobile, résistant sur le plan physique, ayant la conscience d’appartenir à un corps d’élite prestigieux, coiffé de la casquette Bigeard et du fameux béret rouge amarante. Cette image d’Épinal laisse supposer que les parachutistes constitue un corps unique – ses détracteurs parleraient de caste – formé et entraîné de la même manière et qui serait dépositaire d’une seule et même tradition militaire. Cette image, en soi, n’est pas inexacte, mais mérite toutefois d’être nuancée. Ce article n’a pas pour prétention de traiter dans le détail ce sujet ô combien riche pour lequel un livre serait nécessaire, mais plutôt d’esquisser une introduction à destination des néophytes.

Caractéristique du parachutiste

Tout d’abord, le parachutiste est, au sein de l’Armée française, un soldat qui, après une formation de plusieurs semaines, effectue un stage de saut à l’École des Troupes Aéroportées – ETAP – de Pau et qui, à l’arrivée, dispose d’un « brevet parachutiste militaire ». Ce brevet – qui existe depuis 1946 – se décline en sept brevets parachutistes militaires : chacun d’eux, du plus élémentaire au plus avancé, sanctionnent une certaine formation et permettent un certain type de saut. C’est cette aptitude au saut qui caractérise tout d’abord le parachutiste. D’autres critères, cependant, vont les dissocier entre-eux.

Tout d’abord, les parachutistes diffèrent entre-eux en fonction de la force à laquelle ils appartiennent – nous entendons par « force » : force terrestre, force aérienne, force navale et force intérieure – cela suppose donc des variantes importantes, ne serait-ce que sur le plan de l’uniforme.

Il existe ensuite des différences selon l’ « arme » à laquelle ils appartiennent, selon qu’ils soient chasseurs, troupes de marine, artilleurs, sapeurs, hussards, etc… En fait, il n’existe pas d’arme parachutiste, c’est ce que nous appellerions, en revanche, une « spécialisation ». Et enfin, ils se différencient selon l’unité – bien souvent le régiment – à laquelle ils appartiennent.

La plupart des parachutistes dépendent actuellement de l’Armée de Terre et sont regroupés au sein de la 11e brigade parachutiste, une brigade dite d’urgence, basée à Balma près de Toulouse et qui compte près de 8500 hommes et huit régiments, dont cinq de combat et trois d’appui.

Au vu de ces éléments, il semble bien difficile de dresser un portrait complet et exhaustif du corps parachutiste dans son ensemble, et à plus forte raison d’en faire une synthèse. Et pourtant, nous parlons depuis le début d’un « corps parachutiste », ce qui semble paradoxal. L’expression, cependant, est heureuse car c’est justement l’existence d’un « esprit de corps », très présent au sein de la mythologie nationale française, qui anime et rassemble, au delà de leurs différences, tous ces soldats ; il s’agit de l’ « esprit para ».

L’esprit parachutiste

parachutistes françaisCet esprit si particulier provient de ce que l’on pourrait appeler un « mythe » parachutiste. Ce terme que nous employons doit être compris au sens du concept grec de muthos, c’est à dire, une parole – vraie ou fausse – traditionnelle, transmise avant tout de manière « orale », qui a pour fonction de transmettre un enseignement, des valeurs et à laquelle sont associés des rites.

Cette parole vivante transmet d’abord une histoire qui s’est transmise et continue de se transmettre, celle des premiers parachutistes qui, par leurs faits d’armes, se distinguèrent pendant la Seconde Guerre Mondiale, en France occupée, dans les Vosges et à Colmar; celle des parachutistes qui ont combattu, de manière tragique mais ô combien glorieuse, en Indochine, et notamment à Diên Biên Phu, ou encore les parachutistes chargés du « maintien de ordre » comme il était d’usage de le dire à cette époque. Et ce ne sont que quelques exemples de théâtres d’opérations où participèrent les parachutistes français, car la liste serait longue.

Il n’existe pas de mythe sans héros, et le mythe para est indissociable de la figure du « père des parachutistes », le général Marcel Bigeard. Cet homme, membre d’un corps-franc en 1940, y découvrit un certain esprit chasseur, aux antipodes de l’image que nous possédons de l’armée de cette époque, et le transmit aux parachutistes avec succès. Cet homme avait coutume de dire que le parachutiste devait être « souple, félin, et manœuvrier ». Ces caractéristiques font partie intégrante de l’esprit parachutiste et le rend particulièrement apte à la lutte contre-insurrectionnelle. Ce commandant novateur fut également à l’origine de l’emploi offensif de l’hélicoptère par les parachutistes, ce qui avait pour avantage de donner une plus grande mobilité aux troupes et de les acheminer de façon moins dispersée. Cet emploi des hélicoptères sera repris plus tard par les États-Unis lors de la guerre du Vietnam.

Nous l’avons dit, il n’existe pas de mythe sans traditions. Et par tradition, les parachutistes sont sous le patronage de Saint Michel, fêté le 29 septembre et célébré pour la première fois à Hanoï en 1949, le premier à combattre l’ennemi en descendant du ciel. C’est à lui qu’est dédié « la prière du para », écrite en 1938 par André Zirnheld.

Et il n’existe pas non plus de mythe sans symbole. Et les symboles auxquels sont rattachés les parachutiste sont multiples : tout d’abord, le drapeau. Tout comme l’étaient les aigles pour la légion romaine, le drapeau constitue une représentation de l’âme du régiment et est synonyme d’honneur et de fidélité. Autre symbole bien connu : le béret rouge amarante, muni de l’insigne des parachutistes, est un héritage des parachutistes SAS de la seconde guerre mondiale. Il est porté uniquement par les parachutistes – mais tous les parachutistes ne l’arborent pas, comme les légionnaires étrangers ou des parachutistes du GIGN – qui demeure aussi important que l’acquisition du brevet de parachutiste . Autre symbole important : la fourragère, qui rappelle à tous les faits d’armes accomplis collectivement par les soldats du régiment.

Maintenant, quelles missions les parachutistes remplissent-ils actuellement ?

L’engagement opérationnel des parachutistes sur le terrain

défilé parasÀ l’instar d’autres unités, les parachutistes interviennent sur de nombreux théâtres d’opérations, qu’ils soient extérieurs ou intérieurs. Il n’est pas facile de résumer le rôle qu’ils jouent au quotidien : tout d’abord parce que les objectifs généraux des parachutistes, comme des autres unités militaires, varient selon les pays ; cela peut être des objectifs de combat, mais aussi des objectifs « humanitaires », ou encore « antiterroristes ». Ensuite, comme nous l’avons dit précédemment, il n’existe pas d’« arme », ni même de « force » parachutiste en tant que telle : il s’agit d’un corps polyvalent où certains régiments sont spécialisés dans le combat, d’autres dans l’artillerie, d’autres dans la logistique, etc… C’est pourquoi il sera encore plus difficile d’évoquer leur « rôle » de manière générale. Nous essaierons néanmoins de dresser une esquisse de leur action sur le terrain, et ce en essayant de privilégier le moins possible un type d’unité par rapport à un autre.

À première vue, si l’on essaye de conceptualiser une mission parachutiste, nous serions tentés d’imaginer une opération menée avec rapidité, précision et furtivité par des soldats d’élite entraînés de manière intensive au combat et à la survie individuelle en milieu hostile. Cette opération pourrait être menée par une troupe restreinte de type commando, comme les commandos marine ou les commandos parachutistes de l’air afin de préparer une offensive militaire, ou alors menée avec de grandes unités larguées en parachute comme ce fut le cas en Indochine afin de mener des actions de contre-guérilla.

Cette image d’Épinal contient une part de vérité bien entendu – tout récemment encore, des commandos parachutistes français se sont illustrés au Mali – mais s’en tenir à cette seule image serait occulter l’action des autres unités parachutistes qui servent, dirions-nous, en « deuxième ligne » et qui contribuent à leur manière à la stabilité des régions où ils sont engagés, nous pensons aux unités engagées dans des missions logistiques, humanitaires et autres.

Ce serait occulter – à titre d’exemple – l’action des parachutistes qui servent au Liban au sein de la FINUL et qui œuvrent à sécuriser la frontière libano-israelienne et à protéger la population locale des ravages de la guerre. Ce serait occulter l’action de ceux qui servent au sein de l’opération BOALI afin de soutenir les forces armées centrafricaines, que ce soit en terme d’acheminement de matériel moderne ou en terme de formation – en transmettant des savoir-faire tactiques et des techniques spécifiques. Enfin il ne faut pas oublier non plus l’action des parachutistes qui servent sur le territoire national comme le GIGN, dans des missions de protection rapprochée ou dans des missions contre ce qu’il est convenu d’appeler actuellement des « terroristes ».

Ce ne sont que quelques exemples d’engagement, rappelons-le, car comme nous l’avons écrit précédemment, il faudrait un ouvrage – et encore – pour témoigner, sous toutes ses facettes, de l’action et de l’engagement des parachutistes qui servent au quotidien. Afin d’explorer davantage cet exhaustif sujet, vous pouvez explorer les ouvrages suivants :

C Parvulesco, Les paras, l’honneur de servir, ETAI, 2006.

Collectif, Histoire des parachutistes français, Société de Production Littéraire, 1975.

 

Jacques-Olivier Ledard

 


Crédits photo : ACFlick via Flickr CC | Bruno Hoarau via Flickr CC

A propos de Jacques-Olivier Ledard

Professeur de lettres classiques, comédien, je suis un auteur passionné par l'histoire, les langues anciennes, les livres, les arts du théâtre, que ce soit sur scène ou en régie, les sciences de l'information et bien d'autres choses encore.
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