La guerre sous Louis XIV (II) – Infanterie et cavalerie
Le Passage du Rhin, 12 juin 1672 – Adam-François VAN DER MEULEN – © Photo RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi.

La guerre sous Louis XIV (II) – Infanterie et cavalerie

Comme jadis l’armée espagnole de Flandre, de Maurice de Nassau ou de Gustave-Adolphe en son temps, l’armée de Louis XIV  s’impose dans les années 1660-1670 comme l’école pratique de la guerre. Nombreux sont les officiers étrangers qui viennent y suivre une formation militaire, comme le Duc de Malborough. Cela n’empêche cependant pas les futurs grands noms de l’armée du roi d’aller se former eux-mêmes dans d’autres pays, comme le futur Maréchal de Villars, qui servit en Hongrie contre les Turcs. Comme vu dans le précédent article, Louis XIV entretient au mieux cette armée, réputée comme la meilleure d’Europe, et donc du monde. Numériquement, elle surpasse toutes les autres : pendant la guerre de la ligue d’Augsbourg, la France aligne quelques 340 000 hommes, soit 3,4 fois plus que l’empire d’Autriche. Pour autant, l’armée française semble n’avoir guère innové dans la technique militaire, suivant ce qui se faisait ailleurs en Europe, c’est à dire sur le modèle du tercio espagnol ou du déploiement « à la suédoise », à la manière de Gustave II Adolphe, en dehors de l’artillerie.

L’infanterie

Tambour & Grenadier (1696).

Tambour & Grenadier (1696).

Il faut rappeler que les armées d’Ancien Régime n’étaient pas des armées permanentes, comme on l’a vu précédemment. Outre la Maison militaire du Roi, les seules forces militaires permanentes étaient les six régiments appelés « Vieux » : régiments de Picardie, Champagne, Navarre, Gardes françaises, Piémont, Normandie, ainsi que les 6 « petits Vieux » : régiments du Béarn, Bourbonnais, Auvergne, Flandre, Guyenne et régiment du Roi. Les troupes nécessaires en cas de guerre étaient levées.

L’infanterie représente les 2/3 des effectifs d’une armée moderne. L’armée de Louis XIV ne fait pas exception. Malgré son importance numérique, un troupier coûtant moins cher à entretenir qu’un cavalier, l’infanterie à pied ne jouit que de peu de prestige, voire pas du tout. Pour preuve, aucun des deux Ducs d’Epernon, chacun leur tour colonel général de l’infanterie, n’ont été fait maréchaux de France. Il faut dire que le troupier n’est pas bien vu du reste de l’armée, c’est à dire la cavalerie, en très grande majorité composée de nobles, qui jugent incapable l’homme de troupe de partager les valeurs et l’honneur militaire. Cette pensée, illustrée par la maxime du chevalier Bayard « les piétons dont l’un est cordonnier, l’autre maréchal (ferrant), l’autre boulanger et gens de mécaniques, n’ont pas leur honneur en si grande considération que les gentilshommes. »[1], est toujours en vigueur au début du règne de Louis XIV, à une époque où la guerre reste relativement codifiée, même si l’apparition de l’arme à feu sur le champ de bataille brise peu à peu les vieux codes de chevalerie, tout en brutalisant l’art de la guerre.[2]

En revanche, les armées du début du règne de Louis XIV, aussi bien françaises qu’étrangères, sont loin d’être massivement composées de mousquetaires ou de fusiliers. Au contraire, la pique reste l’arme principale du fantassin. Cette arme en bois de cinq mètres de long, terminée par une pointe de fer, avait le double avantage de n’être ni chère, ni difficile à manipuler. Ainsi, l’armée française, comme la majorité des autres armées de l’époque, est-elle composée majoritairement de piquiers…sans pouvoir bénéficier de ses avantages. En effet, les régiments d’infanterie, dont le nombre de compagnies varie régulièrement, tout comme le nombre d’hommes au sein desdites compagnies, étaient dans l’impossibilité de former l’unité tactique calquée sur le modèle espagnol, hollandais ou encore suédois. [3]

Si l’on s’en tient au schéma développé par Jean de Lesprès de Lostelnau appliqué aux Gardes françaises dès 1630, l’armée évolue par bataillon de 256 hommes, à raison de 128 piquiers flanqués de 128 mousquetaires (soit 64 de chaque côté). Les piquiers formaient seize files centrales, les mousquetaires, huit, soit une formation complète de trente-deux hommes de front sur huit de hauteur.

Malgré tout, l’infanterie ne peut résister face aux charges de cavalerie, jusqu’à la généralisation de l’arme à feu dans l’infanterie.

C’est d’ailleurs cette dernière qui va véritablement transformer le visage des combats, en rase campagne et lors des sièges. Deux innovations sont à mettre  au profit de cette évolution : tout d’abord, l’apparition du fusil à pierre. Cette arme, plus puissante et plus simple que le mousquet, se révélait pourtant être plus coûteux à produire et plus fragile que le mousquet, ne s’imposa que grâce à une ordonnance royale de 1699[4] dans les bataillons d’infanterie, faisant suite à une ordonnance antérieure (1670), obligeant chaque compagnie de mousquetaires de contenir au moins quatre fusiliers.[5]

L’augmentation des bouches à feu dans les bataillons d’infanterie n’explique pas à elle seule la montée en puissance de cette dernière sur le champ de bataille par rapport à la cavalerie. C’est aussi grâce aux diverses techniques de feu par peloton, qui permettent aux bataillons de fournir un feu nourri et quasi continu, décimant l’infanterie et la cavalerie ennemie. De même, l’apparition de la baïonnette ­—dont on doit, selon la légende, l’invention à des rebelles de Bayonne qui, n’ayant plus de munitions pour leurs mousquets, auraient enfoncer un couteau dans le canon de leur arme pour s’en servir comme d’une pique—va considérablement réduire le rôle des piquiers, notamment après que Vauban ait perfectionné un système de baïonnette à douille permettant au fantassin de continuer à tirer malgré la baïonnette, alors que les premiers modèles, dits à bouchon, se fixaient dans le canon, empêchant l’utilisation conventionnelle de l’arme.

Toutes ces évolutions conduisent à la diminution du nombre de piquiers dans les armées du roi, amenant au quasi monopole de l’arme à feu dans l’infanterie amenant à des batailles de plus en plus sanglantes. De même, la supériorité de la puissance de feu, prenant le pas sur les effectifs au début du XVIIIe siècle, vient relativiser à la fin du règne de Louis XIV la toute puissance de l’armée française, notamment face au feu anglo-hollandais.

Cavalerie et dragons

Cavalerie Louis XIV - col. Claude Larronde.

Cavalerie Louis XIV – col. Claude Larronde.

Il ne faut pas confondre les dragons dans la cavalerie, même si techniquement les dragons sont des fantassins se déplaçant à cheval. Comme nous l’avons vu, les dragons sont une arme à part, avec l’infanterie et la cavalerie, alors même que l’artillerie et le génie sont confondus dans l’infanterie, comme nous le verrons.

La cavalerie traditionnelle subit de profondes mutations sous le règne de Louis XIV, comme le démontre Hervé Drévillon dans une entrevue accordée au magasine Guerres & Histoire.[6] En effet, les guerres de l’Ancien Régime sont majoritairement dominées par les sièges de place forte, finalité de toute campagne militaire,  même s’il ne faut pas sous-estimer l’action des batailles « classiques ». Arme mobile par excellence, la cavalerie se trouve donc fortement limitée lors des sièges. Son action se limite à la « petite guerre » : surveillance des populations, mise à contribution des territoires occupés, mission que remplissaient à merveille les dragons (voir article sur les dragons).

Une autre raison de l’effacement progressif de la cavalerie traditionnelle face aux dragons et à l’infanterie est sociologique : arme de la noblesse, la cavalerie subit comme l’infanterie les réformes visant à la réorganisation des armées du roi. Or, cette noblesse qui compose la cavalerie se montre plus que réticente à adopter la structure régimentaire imposée à la cavalerie à partir de 1660 (l’infanterie ayant été enrégimentée dès 1560). En réalité, le même problème se pose qu’avec l’infanterie : les capitaines perdent leur autonomie et leurs prérogatives dans la structure régimentaire, au profit d’un colonel (un maistre de camp dans la cavalerie).

La fonction principale de la cavalerie est de faire taire le feu ennemi par le choc, créé par la charge de cavalerie dans les rangs ennemis, à la manière des chevaliers d’autrefois. Si l’on distingue la cavalerie lourde, équipée d’armes lourdes et d’une cuirasse, qui assure pour l’essentiel la garde du souverain, de la cavalerie légère soit tout le reste, la première tend à disparaître au profit de la seconde sous Louis XIV malgré la création du corps des carabiniers, préférant de loin les dragons, dont il multiplie les régiments et les domaines d’action : infanterie montée, les dragons portent un fusil et non une carabine, augmentant leur puissance de feu. Ils participent aux sièges en tant que troupes de choc, comme les grenadiers.

La cavalerie légère quant à elle sert à harceler l’ennemi, couper ses lignes de communication, effectuer des reconnaissances, assurer, comme on l’a vu, la passivité des populations. D’une manière générale, la cavalerie adopte l’arme à feu : pistolets, carabines, tirant une salve avant de charger.

Face à une cavalerie réticente à accepter la structure régimentaire et dont on n’arrive pas à définir l’utilité exacte, les dragons s’imposent sous Louis XIV pour plusieurs raisons : ce sont des fantassins montés, ils sont donc soumis à la structure régimentaire propre à l’infanterie. Leurs fonctions sont multiples : ils participent aux sièges comme à la « petite guerre », combattent à pied ou à cheval. Enfin, un régiment de dragons coûte bien moins cher à lever qu’un régiment de cavalerie.

Sommaire de la série :

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[1] BELY Lucien, Dictionnaire de l’Ancien Régime, Paris, PUF, 2010, p. 662

[2] Ce phénomène de brutalisation apparaît dès les guerres d’Italie (Guerres & Histoire n°13, « Machiavel ou penser la guerre au cœur de l’Etat »)

[3] BELY Lucien, Dictionnaire de l’Ancien Régime, Paris, PUF, 2010, p.662

[4] CHALINE Olivier, Le règne de Louis XIV, Paris, Flammarion, 2005, p.389

[5] LEBRUN François, Le 17e siècle, Paris, Armand Colin, 2007, p.254

[6] DREVILLON Hervé, « Les dragons sont bons à tout. » in Guerres & Histoire, n°15, octobre 2013 ;

 

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A propos de Louis Landais

Louis Landais
Etudiant, passionné d'histoire et des Humanités en général.

Un commentaire

  1. Bonjour!

    « En effet, les régiments d’infanterie, dont le nombre de compagnies varie régulièrement, tout comme le nombre d’hommes au sein desdites compagnies, étaient dans l’impossibilité de former l’unité tactique calquée sur le modèle espagnol, hollandais ou encore suédois. »

    Pouvez vous préciser votre pensée? Quel était cette unité tactique? Pourquoi cette impossibilité? En quoi cela affectait t’il le combat?

    Et qu’était le tercio? Comment étaient ils utilisé et de quoi était il composé?

    Cordialement.

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