samedi, 27 mai, 2017
Soldats d’hier et d’aujourd’hui : l’hoplite

Soldats d’hier et d’aujourd’hui : l’hoplite

Que ce soit dans les films hollywoodiens ou dans les livres sur l’Antiquité, ses mythes et ses héros, le soldat grec est souvent mis en valeur pour son courage, sa soif de gloire et les combats épiques qu’ils mènent contre ses adversaires. Mais qui sont réellement ces soldats, ces hoplites, qui marquent les esprits et les champs de batailles antiques ?

L’hoplite, soldat grec par excellence

Qu’est-ce qu’un hoplite ? Un hoplite, c’est le fantassin à pied standard des cités grecques depuis le VIIIe siècle avant J-C, mais son utilisation à l’échelle du monde grec est progressive. Il tire son nom du grec hoplon, qui désigne le bouclier rond de bois, recouvert de bronze, d’environ un mètre de diamètre, dont il se sert pour se protéger. À l’intérieur, un anneau maintien l’avant-bras au niveau du coude (on l’appelle porpax) et une courroie que tient fermement l’hoplite (l’antilabè en Grec). L’hoplite porte également une cuirasse de bronze (thorax), ainsi qu’un casque (kranos) et des jambières (knemides), tout deux de bronze également. Pour se battre, l’hoplite possède une lance de bois (dory) d’environ deux à deux mètres cinquante de long, terminée par une pointe de fer ou de bronze. Il possède également une courte épée droite ou à lame courbe (xiphos).

La phalange hoplitique

L’hoplite est le symbole d’un mode de combat relativement simple et tactiquement archaïque. En effet, les hoplites se battent en phalange, c’est à dire en rangs serrés, où les hommes se battent au coude à coude, le bouclier protégeant le flanc gauche de chaque soldat, le flanc droit étant lui protégé par le bouclier du voisin de droite. Ce mode de combat témoigne de la fin d’une période où les exploits individuels des soldats les faisaient entrer dans la légende (comme dans les récits homériques). Désormais, le mode de combat en phalange annihile les perspectives de gloire personnelle au profit d’une lutte collective. La phalange hoplitique repose sur trois éléments importants: la solidarité, la discipline, ainsi que l’entrainement. Les soldats grecs, lors des guerres incessantes entre cités, se battent phalange contre phalange. Le but est simple: faire céder la phalange adverse, y créer une brèche et s’y engouffrer.

L’hoplite, symbole d’une classe sociale

On peut croire que tous les citoyens grecs partent à la guerre en tant que hoplite. Or, il n’en est rien, hormis quelques exceptions que énumérerai par la suite. Selon l’historien Y. Garlan (La guerre dans l’Antiquité, Paris, 1972), l’hoplite est la base même de la société oligarchique de la plupart des cités grecques du Ve siècle avant J-C. Ainsi, à Athènes par exemple, l’hoplite est un homme assez fortuné, suffisamment pour pouvoir se payer l’équipement hoplitique, très onéreux (environ 200 drachmes, soit le prix de six bœufs à l’époque de Solon). Il représente la « bourgeoisie » de la Grèce antique; les citoyens pauvres, eux, formant l’infanterie légère ou les rameurs sur les trières, les navires grecs, comme les thètes à Athènes. Sur le champs de bataille, les hoplites remportent tous les honneurs, car la guerre dans le monde grec est très codifiée: l’emploi de mercenaires ou de non-citoyens dans l’armée est choquante et inadmissible, tout comme le fait de ne pas de battre en phalange. La guerre elle-même intègre la notion grecque d’agon, ou « compétition », aussi est-elle réservée aux citoyens, et généralement aux citoyens hoplites. Par exemple, lors de la première guerre Médique en 490 avant J-C qui oppose l’empire Perse aux cités d’Athènes et de Platée et est remporté par les hoplites athéniens et platéens. Athènes est alors une oligarchie. Mais lors de la seconde guerre médique, Athènes devenu une démocratie, ce sont les citoyens pauvres, les thètes, qui récolteront les honneurs, car la politique navale du démocrate Thémistocle a non seulement permis la victoire sur les Perses, mais aussi de renforcer le pouvoir des classes inférieurs de citoyens au détriment des hoplites oligarques.

L’exception spartiate

On l’a vu, n’importe quel citoyen ne peut devenir un hoplite. Cependant, il existe des exceptions, et notamment à Sparte. Sparte est une cité réputée invincible, car ses soldats passent pour les meilleurs du monde connu. En effet tous les citoyens spartiates subissent dès l’âge de sept ans l’agogè: les enfants vivent désormais en communauté, s’entraînent au combat tous les jours de leur vie. Une fois l’agogè terminée, ceux qui n’ont pas échoué deviennent des citoyens spartiates, et servent dans l’armée jusqu’à leurs soixante ans. Tous les citoyens spartiates sont des hoplites, car il n’y aucune distinction de richesse ni de naissance. La cité prend en charge l’équipement des soldats ainsi que leur nourriture lors des campagnes militaires.

Ainsi, l’hoplite grec devient au fur et à mesure le soldat standard, le soldat idéal des cités grecques. Même Rome emploi ce mode de combat jusqu’à ce qu’elle adopte la technique de guerre samnite, révolutionnant ainsi l’art de la guerre antique, et annonçant la supériorité militaire romaine sur tout le monde méditerranéen.

Pour aller plus loin :

  • Les guerres Médiques, par Peter GREEN, La guerre du Péloponnèse, par Victor DAVID HANSON par exemple.
  • Sources: ORRIEUX Claude, SCHMITT PANTEL Pauline, Histoire grecque, Paris, PUF, 2011, 500 p.

 

A propos de Louis Landais

Louis Landais
Etudiant, passionné d'histoire et des Humanités en général.
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