lundi, 11 décembre, 2017
« Si le coup de force est possible », de Charles Maurras
Charles Maurras à son bureau.

« Si le coup de force est possible », de Charles Maurras

« On ne conduit le peuple qu’en lui montrant un avenir : un chef est un marchand d’espérance. » Napoléon Bonaparte

Charles Maurras, dans son livre « Si le coup de force est possible », résume toute une série d’articles parus dans la période d’avant la 1ère guerre mondiale. Cette période est traversée par de nombreux troubles politiques et sociaux qui caractérisent ce que les économistes ont analysé comme une mondialisation aussi aboutie dans ses extrémités que celle que nous connaissons de nos jours. Maurras montre que la République de son époque n’est pas seulement instable – gouvernements se succédant au gré des coalitions parlementaires – et chaotique – mêlant ses politiciens à de nombreuses affaires – mais également fragile. Les piliers sur lesquels elle repose, l’armée, la justice, la police, sont gangrenés alors par un esprit de défiance voire de révolte qui prouve l’approbation ou, à défaut, le consentement qu’ils éprouveraient devant l’éventualité d’un coup d’État.

Ce vent de révolte, tué dans l’œuf en partie par la modernisation de l’appareil policier par Clémenceau, a été détourné vers la question allemande et la légitimité du retour de l’Alsace-Lorraine dans le giron français. Par ailleurs, loin de l’idée sous-jacente associée à une opération clandestine effectuée dans la conspiration et dans l’ombre, le coup d’État doit au contraire faire l’objet d’une véritable promotion sur la place publique, affirme Maurras, de façon à ce qu’il imprègne les esprits et finisse par devenir évident aux yeux de tous. Enfin, sans attendre les grands mouvements de foule d’autrefois ou aujourd’hui l’oracle des temps modernes, à savoir l’obtention des 51% au dernier baromètre Ipsos-TNS-Sofres et ses 1000 personnes échantillonnées, le coup de force peut très bien s’obtenir par la mobilisation d’un petit groupe comme 1000 personnes pourvu qu’elles soient unies, déterminées et tendues vers cet unique objectif.
100 ans après, le pouvoir en place atteint des niveaux d’impopularité jamais vu depuis 3 décennies au cours de la Vème République, et ce à un stade précoce du quinquennat. Alors que chaque mois charrie son lot de statistiques alarmantes, derrière les chiffres s’affiche entre autre une explosion cumulée du chômage et de la délinquance : l’insécurité économique et sociale se conjugue avec l’insécurité physique et matérielle. Face à cette gangrène, un puissant et diffus sentiment de révolte s’empare du peuple de France. Celui-ci n’en peut plus de constater la mise en coupe réglée de son beau pays par une élite aveugle et incapable au vu des enjeux qui la dépasse. Il n’en peut plus de voir le piège de l’alternance auquel il est soumis depuis 20 ans alors que le pouvoir se trouve de plus en plus à Berlin, Francfort, Londres et Bruxelles plutôt qu’à Paris. Il n’en peut plus de cette caste médiatique qui répète à longueur de journées les sempiternelles rengaines qui le désabusent, en atteste la récente étude de Claude Chollet (Ojim). L’impasse est inévitable, les français prennent de plus en plus conscience qu’il leur faut agir pour secouer un système qui arrive à bout de souffle.

Le pays et son modèle d’État-Providence, mis en place par le Conseil National de la Résistance, n’ont jamais vraiment digéré la crise économique des années 1970, qui a muté d’une crise liée à l’inflation à une crise liée au chômage de masse et que la grave crise financière récente est passée d’une crise des dettes privées à une crise des dettes publiques. Depuis le passage à l’Acte Unique de 1985, véritable genèse du renoncement socialiste et de sa plongée aveugle dans une construction européenne érigeant un dogme libéral qu’ils condamnent par ailleurs, la réponse à ces crises protéiformes se résume en un slogan : « plus d’Europe ». Ce slogan s’est trouvé inscrit dans le marbre par des traités successifs qui confisquent la souveraineté du peuple au profit de technocrates illégitimes : le traité de Maastricht en 1992, le traité d’Amsterdam en 1997, le traité de Nice en 2000, le traité Constitutionnel de 2005, le traité de Lisbonne de 2007 et, le dernier en date, le traité budgétaire de 2012.

La vérité cruelle oblige à dresser le constat implacable : l’UE telle qu’elle s’est construite est antidémocratique, abat les peuples européens, en particulier ceux du Sud, sous le poids des baisses de salaires et des hausses d’impôts. Pire, elle lie les mains des nations, seule échelle viable de l’exercice de la souveraineté populaire sur le plan politique, et de la solidarité sur le plan économique et social. Sur la monnaie unique, loin de favoriser la convergence de la zone monétaire, l’euro a conduit à un gouffre de plus en plus grand entre des pays profitant d’une monnaie adaptée à leur structure économique et à leur industrie – Allemagne, Autriche, Pays-Bas – et des pays qui accusent des déficits toujours plus grands – France, Italie, Espagne, Portugal, Grèce. Cette zone monétaire, selon le principe du fameux économiste américain Robert Mundell, n’est en aucun cas optimale, et ce depuis le départ. Elle doit dès lors connaitre le même sort que beaucoup d’autres zones monétaires avant elle : l’implosion. La zone euro, renflouée jusqu’ici par le débordement d’activités de Mario Draghi à la BCE, n’a pas d’autres choix que de tirer les leçons de la réalité catastrophique qu’elle a en partie engendrée, en mettant un terme à l’acharnement thérapeutique qu’elle opère sur des économies entières. Elle doit désormais se tourner vers la solution la plus raisonnable, et largement faisable : passer d’une monnaie unique à une monnaie commune, comme cela a existé entre 1979 et 1999 avec l’Écu.
Dés lors, à la synthèse molle de Hollande, il faut opposer une synthèse forte et saine, nécessaire au salut national. Avec comme modèle le bonapartisme qui a toujours su extraire le meilleur de la monarchie française – traditions, sens de l’honneur et de l’unité nationale – et le meilleur de la République – méritocratie, réponse aux aspirations populaires –, les deux coups d’État réalisés – 18 Brumaire et celui du 2 décembre 1851 – se sont accompagnés d’une période de stabilité politique à la tête du pays qui a permis la production de sauts de prospérité et de modernité tant les avancées ont été diverses, nombreuses et grandes.

Les Français ne demandent qu’à sortir de la torpeur de ce long hiver, qui a congelé leurs ardeurs, pour entrer avec autorité dans ce printemps français que de plus en plus de partisans appellent de leurs vœux. Pour cela, il convient de tendre la main aux patriotes de quelque bord qu’il soit, qu’ils soient musulmans ou pas, à tous ces français invisibles qui ne manifestent jamais, qui ne demandent rien tant que d’avoir à la tête de leur pays un pouvoir qui détiennent encore les rênes du destin national. Aujourd’hui, l’État, source traditionnelle d’unité politique, se trouve dépossédé de ses compétences essentielles, n’est plus un État, comme le dit justement Marie-France Garaud, puisqu’il ne contrôle plus ses frontières, sa monnaie, et désormais son budget.

Dans notre histoire nationale, il faut remonter au traité de Troyes de 1420 pour retrouver une telle situation de dépouillement des attributions de l’État français, complètement fragmenté alors par l’action conjointe des Anglais et des Bourguignons. Le sursaut national est donc inévitable et c’est à des Français aussi déterminés que les compagnons ayant marché aux côtés de Jeanne d’Arc à cette époque qu’il faut s’en remettre. Serons-nous à la hauteur d’un tel enjeu ? La manifestation du 24 mars contre l’ouverture au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels. donne une opportunité unique, au vu de l’ampleur de la contestation qui monte dans le pays, pour concrétiser l’installation de ce printemps français. Les français doivent tirer les leçons des impasses démocratiques qui se sont dressées devant eux et comprendre en cela qu’il n’ y a pas d’issue électorale à cette crise autre que la prise par la force d’un pouvoir qui leur a trop longtemps échappé. En outre, les nombreuses demandes de référendum sont restées vaines et méprisées par Hollande, ayant trop peur de la décision populaire qui pourrait s’en suivre.

L’Italie a montré le chemin en criant son rejet massif de l’UE, c’est à la France de concrétiser dans les faits cette forte demande partagée par de nombreux peuples européens, en s’appuyant sur sa longue expérience des révolutions et des changements de régimes. En clair, inspirons nous de la théorie de ce monarchiste, véritable condensé de l’esprit de résistance que les français ressentent souvent face à une autorité illégitime. Et inspirons nous de la pratique des bonapartistes, afin de mieux inspirer la République !

« Notre conspiration ne fut que l’affaire d’un tour de main. Il est sûr que jamais plus grande révolution ne causa moins d’embarras, tant elle était désirée. Aussi se trouva-t-elle couverte des applaudissements universels. »

Napoléon Bonaparte sur le coup d’État du 18 Brumaire.

 Guillaume

A propos de Guillaume N.

Guillaume N.
Passionné par le débat d'idées, je m'intéresse à tout ce qui touche à l'Homme en général, et à l'histoire, la politique, Paris et notre douce France, en particulier. Jeune diplômé en économie, j'aspire à faire partager les vertus du bonapartisme: synthèse de la gauche et de la droite, des traditions et de la modernité, vecteur de pragmatisme et du rejet du dogmatisme.

Un commentaire

  1. Enquête sur la monarchie suivie de Une campagne royaliste au « Figaro » et Si le Coup de force est possible :

    http://www.histoireebook.com/index.php?post/2012/10/06/Maurras-Charles-Enquete-sur-la-monarchie

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