dimanche, 22 octobre, 2017
Jacques Sapir : « Il y a une spécificité française sur le débat concernant l’Euro »
Jacques Sapir en mars 2013 (capture d'écran Avant Garde Économique via Youtube).

Jacques Sapir : « Il y a une spécificité française sur le débat concernant l’Euro »

Jacques Sapir, économiste français connu pour ses analyses pertinentes sur la zone euro, a répondu aux questions du Bréviaire des patriotes.

Le Bréviaire des patriotes : Pensez-vous que l’entrée de l’Union Européenne dans une phase déflationniste longue à la japonaise est inéluctable?

Jacques Sapir : Je dois commencer par dire qu’il n’y a rien, en économie ni en politique, que l’on puisse dire inéluctable. Souvenons nous que dans l’action humaine, comme à la guerre, un désastre refusé est à moitié effacé. C’est l’acceptation de la catastrophe, la résignation au malheur, qui conduit à l’abîme. Parce que la volonté ne peut pas tout, certains s’imaginent qu’elle ne peut rien et, supposant son impuissance, lui tournent le dos. Mais, sans volonté, il n’y a pas d’action. Sans volonté, il ne saurait y avoir de politique, et la politique économique c’est aussi de la politique.

Ceci étant posé, il est clair que l’ensemble des règles fixées par le TSCG, par ce que l’on appelle le « Pacte de Stabilité », nous conduit à la déflation comme la pente attire la boule. Le mécanisme du multiplicateur des dépenses publiques nous entraîne dans une logique implacable. Au vu de sa valeur actuelle, comprise entre 1,4 et 1,5, il implique que toute réduction des dépenses publiques, par un accroissement des impôts ou par une contraction des dépenses, aura un effet récessif important. Au nom d’une logique purement comptable, qui est incapable d’imaginer la dynamique possible des actions, on a accepté effectivement de s’engager sur la voie qui fut celle du Japon dans la « décennie perdue ».

Et il est vrai que les similitudes entre la situation de l’Union Européenne, et plus spécifiquement de la Zone Euro et celle du Japon au départ de la cette fameuse « décennie perdue » sont nombreuses. Mais, les différences doivent aussi être comprises et assimilées. Le Japon est un pays, et la Zone Euro une alliance de pays. Si cela apporte son lot de contraintes, cela laisse ouvert la possibilité de changer rapidement de règles en refusant de se plier à ce que l’on veut nous imposer. Assurément, si nous acceptons, en maugréant peut-être, les règles qui ont été fixées de Francfort à Bruxelles, la déflation va bien prendre l’apparence d’un destin inéluctable. Et ceux qui prétendent qu’il en était ainsi s’en trouveront conforté en apparence. Mais, ce sera avant tout parce que nos dirigeants auront manqué de volonté.

Nous constatons aujourd’hui, comme de Gaulle l’écrivit à propos de 1940, qu’il manque deux choses à Monsieur Hollande, comme elles ont manqué à Paul Reynaud, pour qu’il soit le chef de l’État : un État, et d’être un chef. Et il est vrai qu’ayant accepté les différentes usurpations de l’UE, les petites comme les grandes, il ne reste pas grand-chose de la souveraineté de l’État. Le constat des reniements et des abandons a été fait depuis des années. Aujourd’hui, nul ne l’ignore. Quant à être un chef, c’est à dire avoir tout ensemble cette volonté d’agir, cette foi dans l’action, et cette capacité à entraîner autour de cette action ceux qui vous entourent, cela implique une discipline de tous les instants. C’est bien ce qui manque à notre Président, comme à une bonne partie de la classe politique, dont nous voyons bien qu’elle est composée de viveurs individualistes, d’adolescents attardés. Le problème, ici, dépasse l’homme Hollande, avec ses défauts et ses qualités. On ne mesure pas à quel point, quant on a dit la fin de l’héroïsme, quand on a célébré la « normalité » en politique, on a signé la fin de l’action politique.

Nous constatons aujourd’hui, comme de Gaulle l’écrivit à propos de 1940, qu’il manque deux choses à Monsieur Hollande, comme elles ont manqué à Paul Reynaud, pour qu’il soit le chef de l’État : un État, et d’être un chef.

Pour autant, si une génération, et une classe politique, ont largement failli, ceci n’implique nullement que les qualités nécessaires à l’action politique aient disparues. On peut le constater tous les jours, quand on regarde les acteurs du système associatif, de certains syndicats, ces militants anonymes qui sont d’autant plus humiliés qu’il sont d’autant plus trahis. Face au désastre qui nous menace, il faut une révolution. Celle-ci commencera d’abord en nous-mêmes. Il nous faut réapprendre à servir, et non à se servir, si nous voulons être capables de commander. Il nous faut retrouver l’idée collective. Il nous faut retrouver la vertu, non dans un sens moral mais au sens politique, la force d’âme, si nous voulons vivre en République.

Techniquement, la situation actuelle nous remet en mémoire deux grands principes de l’économie. Le premier est que la politique monétaire est efficace quand il s’agit de freiner l’économie, dans le cas d’une surchauffe, et de faire baisser l’inflation, mais pas pour relancer celle-ci quand elle est à l’arrêt. L’expansion de la demande est nécessaire, et cette expansion ne peut être obtenue QUE par la politique budgétaire. Le second principe est la dissymétrie entre les taux d’intérêts et les revenus. Pour les taux d’intérêts ce qui compte n’est pas le taux nominal, mais le taux réel. Mieux vaut emprunter à 6% quand il y a 4% d’inflation qu’à 3% quand l’inflation est nulle. Par contre, pour ce qui est des revenus, et ceci vaut tout autant pour les ménages, pour les entreprises que pour l’État, les revenus nominaux sont en fait plus importants que les revenus réels dans la mesure où il y a des coûts fixes. En fait, ceci traduit le fait que les prix n’ont pas tous la même élasticités tant à la hausse qu’à la baisse. Aussi, en période de déflation (baisse des salaires) certains coûts vont baisser moins vite. Inversement, en période d’inflation, et en particulier d’inflation salariale, certains coûts vont s’accroître plus lentement que les salaires. C’est pourquoi l’inflation est préférable pour les salariés, pour les entrepreneurs et in fine pour l’État (via la TVA). Ces deux principes étaient connus dans les années 1960. Je les ai appris à mon entrée à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, en 1971. Nous les redécouvrons aujourd’hui en période de déflation.

En quoi la réforme du système financier que vous appelez de vos vœux est-elle un préalable à toute autre réforme ? Peut-elle être envisagée dans un cadre strictement national ?

Le système financier doit se lire à partir d’une analyse de la financiarisation de nos économies. Le capitalisme moderne a besoin d’un système financier, d’une monnaie de crédit. Parce que les productions deviennent toujours plus complexes, avec des délais importants de la conception au retour sur investissement, le crédit, c’est-à-dire l’avance de capital, pour investir et pour consommer, devient plus essentiel. Mais, ce processus qui implique un changement d’attitude par rapport à la monnaie n’est pas la financiarisation.

La financiarisation, c’est avant tout la puissance du capitaliste, de « l’homme aux écus » sur la société. Et cela implique une compréhension de ce que sont tant les prix que la monnaie pour comprendre le mécanisme de défense de la rente financière et comment il aboutit à étrangler l’économie. Il faut savoir que dans une économie capitaliste les prix ne sont pas le produit d’un équilibre entre une offre et une demande. Car, offre et demande sont liées, et sont par ailleurs le reflet de bien d’autres facteurs. Les prix, et donc la monnaie, sont des vecteurs d’un conflit entre plusieurs acteurs : « Les prix monétaires résultent de compromis et de conflits d’intérêt; en ceci ils découlent de la distribution du pouvoir. La monnaie n’est pas un simple « droit sur des biens non spécifiés » qui pourrait être utilisé à loisir sans conséquence fondamentale sur les caractéristiques du système des prix perçu comme une lutte entre les hommes. La monnaie est avant tout une arme dans cette lutte; elle n’est un instrument de calcul que dans la mesure où l’on prend en compte les opportunités de succès dans cette lutte1. »

Ces conflits, on le sait depuis l’origine de l’économie politique classique, opposent en fait trois acteurs : d’une part les salariés, qui n’ont pas d’autre choix que de louer leur force de travail, les entrepreneurs, et les rentiers. Keynes, bien avant qu’il n’ait écrit la Théorie Générale, l’a expliqué de manière lumineuse. Dans un texte tirant le bilan des désordres monétaires qui suivirent la fin de la Première guerre mondiale, il écrivait ces lignes qui résonnent encore aujourd’hui avec une profonde actualité: « Depuis 1920, ceux des pays qui ont repris en mains la situation de leurs finances, non contents de mettre fin à l’inflation, ont contracté leur masse monétaire et ont connu les fruits de la Déflation. D’autres ont suivi des trajectoires inflationnistes de manière encore plus anarchique qu’auparavant. Chacun a pour effet de modifier la distribution de la richesse entre les différentes classes sociales, l’inflation étant le pire des deux sous ce rapport. Chacun a également pour effet d’emballer ou de freiner la production de richesses, bien que, ici, la déflation soit le plus nocif.2 ». Keynes va même plus loin et lie explicitement l’inflation et la déflation, c’est à dire la dépréciation de la monnaie ou au contraire son appréciation face aux prix des autres biens, au mouvement historique qui voit de nouveaux groupes sociaux s’affranchir de la tutelle des anciens dominants: « De tels mouvements séculaires qui ont toujours déprécié la monnaie dans le passé ont donc aidé les « hommes nouveaux » à s’affranchir de la main morte; ils profitèrent aux fortunes de fraîche date aux dépens des anciennes et donnèrent à l’esprit d’entreprise des armes contre l’accumulation des privilèges acquis 3».

 Aujourd’hui, combattre la financiarisation (et non pas une « finance » indistincte et largement mythique) passe par le combat contre la monnaie unique

On voit alors que l’inflation correspond à une alliance des salariés et des entrepreneurs contre les rentiers. Inversement, la déflation favorise les rentiers. Mais, pour pouvoir la mettre en œuvre ils doivent soit s’associer aux entrepreneurs, et dans ce cas faire peser la totalité du poids de leur victoire sur les salariés (ce fut le scénario de la crise de 1929 à 1935), soit chercher à convaincre les salariés de s’allier à eux, et pour cela ils doivent réduire le taux de marge des entrepreneurs (ce qui s’est historiquement passé depuis une quinzaine d’années en France et en Italie). La spécificité de la position des rentiers est qu’ils peuvent basculer d’une alliance à une autre, tandis que salariés et entrepreneurs se querellent constamment alors qu’ils devraient faire front commun ensemble sur des stratégies inflationnistes. Il faut ici signaler que cette terminologie, salariés, entrepreneurs et rentiers, renvoie tout autant à des individus qu’a des fonctions. Marx le montre à plusieurs reprises dans le Capital quand il parle de l’entrepreneur capitaliste, qui risque ses propres capitaux. En cet individu se combinent en fait deux fonctions, celle de gérant du capital (ce que nous appelons l’entrepreneur) et celle du capitaliste proprement dit ou du propriétaire du capital. La confusion entre les fonctions de gestion et de propriété du capital, qui est naturelle, empêche cependant de comprendre les dynamiques réellement à l’œuvre. Aujourd’hui, dans les grandes entreprises, la distinction entre les fonctions de gestion et de propriété du capital est évidente, et matérialisée par des personnes différentes.

La monnaie apparaît sous deux faces, analytiquement distinctes et systémiquement liées. Elle est bien sur l’indispensable moyen de calcul inter-temporel qui permet de sublimer les obstacles posés sur la route des échanges par l’hétérogénéité. Cette dernière fonde la nécessité d’un instrument particulier fonctionnant comme norme d’homogénéisation d’une réalité non homogène, une réalité que la théorie standard se refuse à reconnaître4. Mais cet instrument n’est pas neutre. Il est aussi un vecteur des rapports de force sociaux. La monnaie, pour reprendre les termes de Max Weber, est à la fois un « droit sur des biens non spécifiés » et un instrument dans la lutte entre les individus et les groupes sociaux autour de l’appropriation de ce type de droit. La double nature, contradictoire, de la monnaie est l’une des bases de l’analyse de M. Weber5.

Il faut souligner ici l’importance et le caractère extrêmement moderne de sa distinction entre une rationalité « formelle » et « substantielle ». Pour Weber, la rationalité « formelle » est celle qui dérive du calcul économique quand celui-ci peut être entièrement fait à partir des valeurs monétaires. Par contre, la rationalité « substantielle » définit pour sa part une situation où les besoins d’une population donnée sont satisfaits en accord avec le système des valeurs de cette population et les normes qui en découlent. Cependant, ces facteurs substantiels limitent fondamentalement le champ d’application de la rationalité issue du calcul monétaire, et c’est pourquoi elle est qualifiée de « formelle ». Le conflit entre la nature « formelle » et la nature « substantielle » est indépassable dans les sociétés réelles. En d’autres termes, la notion de calcul monétaire n’a de sens qu’à partir d’une connaissance de la distribution des revenus6, elle est contingente à l’organisation sociale. Weber refus l’aporie rationaliste comme quoi tout serait réductible au calcul monétaire. Les bases de ce dernier sont des normes et des valeurs qui ne sont pas exprimables monétairement. Cet argument ici reprend explicitement celui d’Otto Neurath7, il n’est jamais possible de tout calculer.

Le processus auquel nous avons été confronté depuis la fin des années 1970 est celui d’une montée en puissance des relations financières, en partie du fait de l’hétérogénéité croissante du monde, mais aussi en partie du fait d’une bataille qui se déroulait entre salariés, entrepreneurs et rentiers. Dans cette montée en puissance, les rentiers avaient une position particulièrement favorable car ils contrôlaient la ressource de la financiarisation, la liquidité monétaire. Ce faisant, ils ont progressivement imposé des institutions particulières, comme l’indépendance des banques centrales et en Europe, afin de garantir leur place prééminente dans l’économie en s’assurant que des épisodes inflationnistes, comme ceux que l’on avait connu de 1945 à 1980, ne se reproduiraient plus. Dans cette construction institutionnelle, la clef de voute est constituée par l’Euro, au nom duquel les principales institutions et règles de la financiarisation ont été imposées.

C’est pourquoi, aujourd’hui, combattre la financiarisation (et non pas une « finance » indistincte et largement mythique) passe par le combat contre la monnaie unique. On dit, et c’est un des arguments des thuriféraires « de gauche » de l’Euro que son abolition ne changerait rien et que seul compte le combat contre la financiarisation. Mais ceci oublie fort à propos que la financiarisation aujourd’hui tient grâce à l’Euro. L’indépendance de la Banque Centrale a été inscrite dans le traité de Maastricht, qui contenait lui-même l’Union monétaire, c’est-à-dire l’Euro. En fait, abolir l’Euro, c’est provoquer un changement tel des règles que l’on devra adopter un autre régime monétaire, un régime dans lequel de nouvelles institutions deviendront nécessaires et qui, pour reprendre la formule de Keynes, aidera les entrepreneurs qu’il qualifie « d’hommes nouveaux 8» de s’affranchir de la main-morte du passé et de développer l’économie.

Il est clair que ce changement nécessitera une coopération entre pays. Mais, celle-ci surviendra après que dans chaque pays on aura retrouvé sa souveraineté monétaire. Il n’est pas exclu que dans certains pays le rapport des forces soit tel que les rentiers puissent maintenir une forme dégénérée de leur pouvoir. Mais dans d’autres, des alliances spécifiques pourront se tisser entre salariés et entrepreneurs autour d’institutions nouvelles.

Que pensez-vous de la place du débat sur l’UE/ l’Euro dans le milieu universitaire, et au-delà dans l’espace médiatique ? Existe-t-il une spécificité française en Europe en matière d’information sur ces questions ?

Il est incontestable qu’il y a une spécificité française, voire franco-italienne, sur le débat concernant l’Euro. Dans d’autres pays, comme en Allemagne, aux Pays-Bas, et bien entendu en Grande-Bretagne, cette question est dépouillée du contenu quasi-mystique qu’elle prend en France. Sa réalité et sa légitimité sont reconnues à l’étranger ; même le journal allemand Spiegel lui a consacré il y a des années de cela un long dossier9. En France, il se fait que nous avons construit la monnaie en religion et l’Euro en fétiche. L’Euro, c’est la religion de ce nouveau siècle, avec ses faux prophètes et ses grands prêtres toujours prêts à fulminer une excommunication faute de pouvoir en venir aux bûchers, avec ses sectateurs hystériques. C’est cette déformation du débat qui explique la violence des réactions que toute tentative d’avoir un débat sur l’Euro, et sur une possible sortie de la monnaie unique, suscite.

A lire les accusations multiples qui pèsent sur vous dès que l’on aborde un tel sujet, on est en droit de douter de la santé mentale de vos interlocuteurs. Pourtant, le débat est en train de s’imposer. Il a été longtemps nié par une large part de la classe politique et en particulier le Parti « se disant socialiste ». En France, qu’un dirigeant du Parti socialiste parle sur ce sujet et sa phrase commence immanquablement par un verset sur les « bienfaits » de l’euro (mais sans jamais préciser, et pour cause, lesquels) ou sur la « nécessité » de défendre la monnaie unique. Il semble constituer un impensé ou, à tout le moins, une question que l’on voudrait à tout prix refouler. La monnaie unique concentre en elle, comme on l’a montré plus haut, des projets économiques et politiques. Mais, elle concentre aussi des représentations symboliques.

Ce sont ces interrelations qui rendent le débat à la fois nécessaire et extrêmement difficile. Ceci explique aussi la violence des réactions dès que l’on touche au principe de la monnaie unique. Nombreux, en effet, sont ceux qui ont chanté sur tous les tons les louanges de la monnaie unique, parfois avec des arguments qui étaient parfaitement recevables, mais parfois avec des arguments relevant plus de la « littérature (ou l’argumentation) à l’estomac ». L’engagement en faveur de la monnaie unique a été tel que tout débat implique une remise en cause de l’autorité morale de ces personnes, et toute remise en cause peut provoquer la perte de légitimité pour ces dirigeants ainsi que pour leurs conseillers et autres économistes à gages.

En France, il se fait que nous avons construit la monnaie en religion et l’Euro en fétiche. L’Euro, c’est la religion de ce nouveau siècle, avec ses faux prophètes et ses grands prêtres toujours prêts à fulminer une excommunication faute de pouvoir en venir aux bûchers, avec ses sectateurs hystériques.

La crise de l’euro s’impose cependant, constituant pour l’instant un horizon indépassable. Les dernières tensions sur les marchés financiers de la semaine du 12 au 17 octobre 2014, le fait que les taux d’intérêt remontent dans les pays périphériques (Grèce, Espagne) en témoigne. Il y a donc bien une particularité franco-française à ce débat ou, plutôt, à son refus qui ne cède qu’aujourd’hui sous les coups de boutoirs de la réalité. La violence des réactions, et l’outrance des amalgames, qui parsèment la presse française traduisent pourtant le fait qu’en dépit d’un effet d’étouffoir médiatique sans précédent ce débat est en train de percer. De nombreuses personnalités, tant proches du gouvernement que dans l’opposition, en parlent en privé.

Dans le monde universitaire, le débat a en un sens toujours été légitime. Mais il est lourdement chargé en technique, ce qui rend les travaux peu accessibles du grand public. Cette situation semble satisfaire certains collègues, qui pourront ainsi dire qu’ils étaient conscients des méfaits de la monnaie unique, mais qui évitent prudemment de prendre position publiquement sur cette question. J’avoue que je ne comprend pas et que je ne partage pas cette attitude. Un scientifique ne fait pas des recherches « pour soi » mais pour la collectivité qui l’entretient et qui lui permet de travailler dans de bonnes (ou parfois, hélas, de moins bonnes) conditions. Il y a donc un impératif moral à diffuser le résultat de nos recherches.

On remarque que depuis l’affaire ukrainienne et les sanctions que l’on connait, la Russie tend à se tourner vers l’Extrême-Orient. Comment analysez-vous ce choix ? Sera-t-il bénéfique pour les Russes et, au contraire, dommageable pour l’Occident ?

Le basculement de la Russie vers l’Asie est en réalité antérieur à la crise ukrainienne. Il faut ici revenir à un État de fait, tel qu’il existait au moment de la crise de 2007-2009. Qu’il s’agisse de la logique de développement par les exportations des matières premières, ou des différentes tentatives pour développer un secteur industriel puissant en Russie, la part des relations avec les pays européens a toujours été forte. Les pays européens sont des consommateurs importants de gaz et de pétrole, mais aussi d’acier et de produits chimiques de bases. Ils sont des fournisseurs tout aussi importants de la Russie, qu’il s’agisse des biens d’équipements ou des biens de consommation manufacturés. Tout ceci poussait, au début des années 2000, à parler d’une intégration étroite entre l’économie européenne (Union européenne et autres pays) et la Russie10. On doit constater néanmoins une relative dissymétrie entre les exportations russes, qui sont largement liées aux réseaux de transport (oléoducs et gazoducs) et les importations.

tableau 1 exportations russie

tableau 2 importations russie

D’autre part, il convient de remarquer que les mouvements de restructuration géographique des échanges tendent à s’amplifier dans la période récente. Ils montrent que la situation de la structure des échanges n’est nullement figée. Si la répartition géographique des exportations de Russie est donc ainsi relativement stable, du moins jusqu’en 2012, il n’en va pas du tout de même pour les importations. La répartition géographique des importations montre que la part des pays de la CEI tend à se réduire au profit des pays du groupes des « BRICS » (et en leur sein de la Chine en particulier) mais aussi des autres pays d’Asie. La part de l’Europe au sens large restant relativement stable. Ces phénomènes sont parfaitement compréhensibles. La Russie ne souhaite pas dépendre d’un seul groupe de pays, que ce soit pour ses exportations ou ses importations. De plus, la structure de ces importations est elle aussi en train d’évoluer (tableau 3).

tableau 3 importations russie pib

Si la part des biens dits « intermédiaires » reste à peu de chose près constante, on remarque la chute de la part des biens de consommations (de 7,6% du PIB à 6,1%) et la hausse régulière des biens d’investissement. Cela implique que le contenu en techniques d’avant garde des importations devient de plus en plus important, et qu’une part croissante de ces dernières est destinée à la modernisation et à la diversification de l’économie. Cette structure d’importations révèle aussi que la part de l’Europe dans les importations n’est nullement le produit d’une obligation. Les équipements industriels qui sont achetés à l’étranger le sont largement en Allemagne, en Italie et en France. Mais, ils pourraient tout aussi bien l’être au Japon, à Taïwan, en Corée et en Chine. En fait, la « préférence pour l’Europe » que l’on distingue dans les flux commerciaux apparaît plus comme un héritage du passé, que comme un fait obligé. De ce point de vue, l’évolution de la structure des importations depuis ces cinq dernières années traduit l’existence de priorités dans la politique économique et l’importance qu’elle accorde au développement d’une industrie moderne et puissante.

La récession qui frappe l’Europe depuis 2011 a eu un impact non négligeable sur l’activité économique de la Russie. Elle a touché et en particulier les exportateurs de produits semi-finis (acier, métaux non-ferreux, produits chimiques de base). Ces exportations, quoique moins spectaculaires que celles des hydrocarbures, ont un impact bien plus important sur l’activité économique via les chaînes de sous-traitance. De ce point de vue, il est clair que la Russie, dont l’Europe est le premier partenaire commercial, a « importé » en partie la récession ou la stagnation que connaît le continent européen et qu’il risque de connaître pendant encore plusieurs années comme je l’ai expliqué plus haut. Cette situation n’a été perçue que progressivement au sein des élites politiques et économiques de la Russie. Mais, elle a entraîné un changement important dans la stratégie du gouvernement qui se traduit par le choix vers l’Asie, choix qui a été fait en réalité entre la fin de 2012 et le printemps 2013. De ce point de vue, on peut parler d’un réajustement pragmatique de la politique économique de la Russie11.

Avant que s’enclenche la dynamique des sanctions à la suite des événements en Ukraine, la Russie était engagée dans un processus de basculement tant de ses flux commerciaux que de ses investissements vers l’Asie. Mais, la logique des sanctions et des contre-sanctions prises par la Russie va très certainement accélérer ce processus.

Le gouvernement russe en effet a déployé beaucoup d’efforts pour réorienter le commerce international de la Russie vers l’Asie. Il cherche aussi à développer une zone de libre-échange avec certains des pays de l’ex-Union soviétique. Le principe d’une diversification des partenaires commerciaux est très certainement judicieux. Mais, la réalisation de ces objectifs aurait du être étalée dans le temps. Par ailleurs, même si la part de l’Europe dans le commerce extérieur de la Russie était appelée à baisser du fait de la conjoncture économique, elle devait initialement certainement rester importante. En fait, la solution ne réside donc pas tant dans une réorientation des flux de commerce extérieur (même si cette réorientation est apparue comme nécessaire dès 2012).12

Le développement des relations commerciales entre la Chine et la Russie a conduit ces deux pays à prendre diverses initiatives sur la convertibilité réciproque du Rouble et du Yuan13, mais aussi sur l’usage parallèle du Rouble et du Renminbi dans les échanges14. Ceci correspond à la stratégie chinoise de renforcement progressif du Yuan/Renminbi. En fait, depuis 2010, un certain nombre de mesures importantes ont été annoncées :

  1. Fin 2010, le yuan peut être échangé pour la première fois contre des roubles sur la place boursière de Moscou (avec une cotation électronique).

  2. Fin 2011, la Chine et le Japon annoncent avoir signé un accord pour utiliser leurs monnaies respectives au lieu du dollar dans leurs échanges commerciaux.

  3. En septembre 2012, la Chine et la Russie réitèrent en mettant fin de manière historique au règne du pétrodollar, signant un accord permettant aux Chinois d’acheter autant de pétrole qu’ils le souhaitent en yuan. Cet accord est confirmé par les présidents des deux pays en septembre 2013.

  4. Mars 2013, le Brésil signe un accord lui permettant de payer ses biens importés en reals, tandis que la Chine paiera ses biens importés directement en yuan.

Il est clair que le rôle du Renminbi comme monnaie de transaction s’accroît désormais rapidement. Selon SWIFT15, l’utilisation de la monnaie chinoise comme devise de paiement international a fait un bond de 24% la propulsant au 13ème rang des monnaies de règlement des transactions commerciales dans le monde contre la 20ème place en 2012. Cette situation a connu un basculement important en 2013 et 2014. Les investissements directs asiatiques, et en particulier chinois, ont augmenté très fortement. Ceci a correspondu à la création d’un Fonds d’investissement conjoint sino-russe  qui a été mis en place en réalité en juin 2012, mais qui a commencé ses opérations à la fin de 2012.

Ce Fonds a été créé par le Fonds russe des investissements directs et la Corporation chinoise des investissements. La société de gestion du Fonds est détenue à 60% par la Russie et à 40% par la partie chinoise. L’objectif concernant le volume du fonds était de 4 milliards de dollars et semble avoir été atteint dès la fin de 201316. Les investissements japonais et coréens ont aussi augmenté, quoique dans une moindre mesure par rapport aux IDE chinois. Ces investissements sont largement concentrés dans le domaine des infrastructures de transport (oléoducs et gazoducs17, mais aussi transports ferroviaires et aériens), dans le domaine industriel et dans le domaine agricole.

Ceci devrait changer la donne à moyen terme dans le domaine des exportations des hydrocarbures et mettre fin à la prééminence de l’Europe comme principal client de la Russie. La compagnie pétrolière publique russe Rosneft entend fournir 365 millions de tonnes de pétrole à la Chine jusqu’en 2038, et ce pour un montant de 270 milliards de dollars. Les premières livraisons ont été effectuées en juillet 2013 (800.000 tonnes), mais sont restées à un niveau symbolique. Par contre, le volume de livraisons devrait être porté à 2 millions de tonnes en 2014 et à 15 millions de tonnes en 2015. Ces chiffres restent cependant encore loin de ceux livrés aux pays européens. Les exportations russes se montant pour les pays Non-CEI à 208 millions de tonnes en 2013. Mais, la perspective de voir le flux avec la Chine atteindre 15% des exportations hors-CEI d’ici 2017 n’est nullement irréaliste. Dans ce projet, Rosneft a aujourd’hui deux partenaires chinois : la CNPC et Sinopec. Des projets tout aussi importants sont en cours de négociation tant avec le Japon, sur le GNL, qu’avec la Corée du Sud.

Il est donc clair que bien avant que s’enclenche la dynamique des sanctions à la suite des événements en Ukraine, la Russie était engagée dans un processus de basculement tant de ses flux commerciaux que de ses investissements vers l’Asie. Mais, la logique des sanctions et des contre-sanctions prises par la Russie va très certainement accélérer ce processus.

Comment s’articulerait cette idée de Poutine, autrefois dans l’esprit du général de Gaulle, d’un espace économique commun entre Lisbonne et Vladivostok ?

Tout d’abord, on a tendance à oublier, en France et en Europe, que Vladimir Poutine est certainement l’un des plus pro-européen de tous les dirigeants russes. Il voit la constitution d’un espace commun sur le continent Eurasiatique à la fois comme un projet géopolitique ET comme un projet économique.

En géopolitique, il s’agit d’éviter une nouvelle coupure de cette masse continentale, que ce soit en évitant la reconstitution des blocs de la guerre froide mais aussi en prévenant un possible retour du conflit entre la Russie et la Chine. Nous avons tendance, nous Français, à ne voir que la première partie de ce programme. C’est parce que l’opinion publique ignore qu’en Extrême-Orient, et ce contrairement à ce qui s’est passé en Europe, il n’y a pas eu de rétractation de la Russie. Les frontières aujourd’hui sont celles de 1945. Or, ces frontières ont été historiquement contestées, que ce soit dans des conflits sino-soviétiques (au début des années 1930 lors du tournant réactionnaire du Kuomintang ) ou dans les années 1960 lors du conflit politico-idéologique entre Moscou et Pékin. Ces frontières ont été aussi contestées par le Japon, et si l’on se souvient de la guerre de 1904-1905 dont la raison fut la présence russe en Corée, on a tendance à oublier les combats du lac Khasan (1938) et surtout de Khalkhin-Ghôl en 1939 puis de Mandchourie en 194518. L’idée de pouvoir, à travers cet accord, arrimer la Chine à un projet continental est une dimension importante de la pensée stratégique de Vladimir Poutine.

Vladimir Poutine est certainement l’un des plus pro-européen de tous les dirigeants russes. Il voit la constitution d’un espace commun sur le continent Eurasiatique à la fois comme un projet géopolitique ET comme un projet économique.

En économie, il voit aussi l’intérêt, pour la Russie, d’être un pont entre l’Europe occidentale et la Chine. Mon collègue Dmitry B. Kuvalin a conduit une étude, commandité par le conseil de l’Union Eurasienne, sur les avantages d’un système commun de transport entre le Belarus, le Kazakhstan, la Russie et la Chine19. Cette étude a été réalisée par l’Institut de Prévision de l’Economie Nationale (IPEN-ASR). L’IPEN-ASR a rapidement démontré que l’horizon pertinent était en réalité 2030. Dans le cas de l’Union Eurasienne (UEurAs), et ce contrairement à l’Union européenne, l’intégration procède de la coopération multilatérale, et non de la constitution d’instances décisionnelles supranationales. Ainsi, les ministères des transports nationaux conserveront la mainmise sur le système de transport. La Commission de l’Union Eurasienne aura avant tout un rôle consultatif. En fait, cette stratégie de développement intégrée ne remplace pas la stratégie ferroviaire nationale. Vu le territoire de l’UEurAs il est clair que les transports ferroviaires et aériens ont un rôle important. Ils représentent 8% du PIB et ils emploient, au total, 15 millions de personnes. Le volume transporté est supérieur à 150 millions de tonnes par chemins de fer. Cette étude a permis de montrer deux choses :

  1. Jusqu’en 2020, pour le Belarus, il y aura un accroissement de 5% uniquement liés à l’intégration. A l’intérieur de l’UEurAs le transport va s’accroître de 7%. Les gains en PIB seront pour le Belarus de 0,4% par an. Un accroissement du même ordre est attendu (0,5% par an) pour le Kazakhstan. Le volume de transport devrait s’accroître de 8,5% en 2025 (et de 12% jusqu’en 2030). Il est plus faible pour la Russie, devant atteindre en moyenne 0,1% par an jusqu’en 2030. C’est compréhensible du fait de la taille générale de l’économie. Le premier résultat est donc que l’UEurAs bénéficiera avant tout au Belarus et au Kazakhstan et peu à la Russie.

  2. Mais, et c’est un point très important, le volume de fret en transit augmentera très fortement. L’intégration des systèmes de transport fera de la Russie un « pont » entre l’Europe et l’Asie (la Chine). C’est là que se situerait l’effet positif maximal pour la Russie, qui serait donc un effet indirect et non un effet direct. Une partie du trafic pour l’instant maritime devrait se faire par chemins de fer. Cet effet est estimé entre 0,4% et 0,6% de croissance du PIB par an.

Dans le cadre de cette étude, il a été étudié la création de nouvelles lignes, dites « à grande vitesse », en particulier desservant la Chine à partir du Sinkiang, et se connectant soit avec les ports de la Baltique, soit les ports de la Mer Noire. Ce programme correspond à l’intégration des plans nationaux de systèmes à Grande Vitesse, qui devraient être étendu au Fret. Cette ligne « Grande Vitesse » connecterait d’abord Ekaterinbourg à Astana et Astana à Almaty. Trois centres logistiques seraient alors construits, l’un entre la Chine et le Kazakhstan (entre Almaty et Urumchi), l’autre à Ekaterinbourg et le troisième à Moscou. Ces centres logistiques seraient doublés par des centres aéroportuaires (celui de Moscou devant être délocalisé à Kazan car les plateformes de Moscou sont aujourd’hui saturées). L’idée est d’avoir une ligne Helsinki – Moscou – Pékin et Brest – Litovsk – Moscou – Pékin. La dérivation Moscou – Brest – Litovsk a été étudiée pour le compte du Belarus. On sait qu’un accord de principe a été signé récemment, prévoyant 230 milliards d’investissements dans les 15 prochaines années20.

L’idée de l’intégration Eurasiatique est un projet cohérent, tant du point de vue géopolitique de du point de vue économique. C’est, à l’évidence, un projet majeur pour le gouvernement russe et pour Vladimir Poutine.

Propos recueillis par Guillaume N.

> Le blog de Jacques Sapir

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1 M.Weber, Economy and Society: An Outline of InterprÉtative Sociology, University of California Press, Berkeley, 1948, p.108.

2 J.M.Keynes, « A tract on Monetary reform », in J.M.Keynes, Essays in Persuasion, Rupert Hart-Davis, London, 1931. Citation reprise de la traduction française, Essais sur la monnaie et l’économie, Payot, coll « Pettite Bibliothèque Payot », Paris, 1971, pp.16-17.

3 Idem, p.21

4 Sapir J., Les trous noirs de la science économique-Essai sur l’impossibilité de penser le temps et l’argent, Albin Michel, Paris, 2000.

5 On reprend ici la section 13 du chapitre II de la première partie de Wirtschaft und Gesellschaft , traduit en anglais sous le titre de M. Weber, The Theory of Social and Economic Organization, the Free Press, New York, 1964 (première édition en 1947).

6 Idem, p. 212.

7 O. Neurath, “Personal life and class struggle” in Empiricism and Sociology, Cluwer Publishers, Dordrecht, 1973

8 L’expression « hommes nouveaux » fait référence au latin, aux « hommini nuovi » de la Rome républicaine et non à l’expression utilisée dans l’URSS stalinienne.

9 Consultable en allemand sur le site internet du Spiegel, http://www.spiegel.de/thema/euro_krise_2010/ .

10 Sapir J., « Regional’naja integratsija: vybor Rossii i ES » (L’intégration regionale: le choix de la Russie et l’UE) Problemy Prognozirovanija, n°4/2002, pp. 33-42. Vercueil J., Transition et ouverture de l’économie russe (1992-2002). Pour une économie institutionnelle du changement», Paris, L’Harmattan, 2002, 347 p.

11 Clément-Pitiot H., «La stratégie de l’économie russe en perspective: le choix du pragmatisme?», Note de l’Observatoire franco-russe, Moscou, 2014, n°6, 26 p

12 Ce qui ressort des entretiens au Club Valdaï d’octobre 2012. Voir Sapir J., « La diplomatie russe, entre Asie et Euro(pe) », note postée sur RussEurope, le 27/10/2012, http://russeurope.hypotheses.org/390

13La Voix de la Russie, « Moscou et Pékin s’attaquent au dollar », 26 juillet 2013, http://french.ruvr.ru/2013_07_26/Moscou-et-Pekin-s-attaquent-au-dollar-0076/

14 C. Luo, « Russian roubles flow freely in Heilongjiang border city », South China Morning Post, URL : http://www.scmp.com/news/china-insider/article/1376913/russian-roubles-flow-freely-heilongjiang-border-city

15 Ou Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication.

18 Sapir J., La Mandchourie Oubliée – Grandeur et démesure de l’Art de la Guerre soviétique, Éditions du Rocher, Paris-Monaco, mai 1996.

19 Il a présenté les résultats de cette étude au séminaire franco-russe sur le développement régional, qui s’est tenu à l’EHESS les 6 et 7 octobre dernier.

A propos de Guillaume N.

Guillaume N.
Passionné par le débat d'idées, je m'intéresse à tout ce qui touche à l'Homme en général, et à l'histoire, la politique, Paris et notre douce France, en particulier. Jeune diplômé en économie, j'aspire à faire partager les vertus du bonapartisme: synthèse de la gauche et de la droite, des traditions et de la modernité, vecteur de pragmatisme et du rejet du dogmatisme.
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