L’aberration du raccourci « armes à feu – criminalité »

Armes à feu – Criminalité : le parallèle est vite fait. Aux Etats-Unis, après la tuerie de Newtown, les opposants au droit au port d’arme ne s’en sont pas privés. Comme après la tuerie de Columbine. Comme après chaque tuerie.

Ainsi Obama appelle-t-il déjà, la larme à l’œil, surfant sur l’émotion post-traumatique, à une réglementation dès le mois de janvier. Ne pouvant s’attaquer de front au deuxième amendent, qui grave dans le marbre qu’ « une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé », les démocrates tentent coûte que coûte d’agir. En dépit des traditions, des principes, des lois… de la raison.

En France, on ne voit pas les choses de la même manière. Ce qui peut paraître choquant ici ne l’est guère outre-Atlantique. Les Etats-Unis ont une histoire et une culture profondément imprégnées des armes à feu, notamment dans les Etats de l’Ouest et du Sud. Cette culture de l’autodéfense face aux criminels et à l’Etat (Fédéral ou non) ne se retrouve pas dans l’hexagone. Ici, comme dans les Etats nord-américains, on entretient le rêve, l’utopie, que notre sécurité est et sera (à jamais !) garantie par la police. Vaste plaisanterie. Il suffit d’observer l’inaction incroyable de nos « forces de l’ordre » dans les banlieues, notamment à Saint-Ouen ou à Marseille, pour s’en convaincre. Aussi, la croyance selon laquelle les autorités seront toujours là pour nous protéger en cas de bouleversement majeur ou, pire, en cas d’oppression de la population, est suicidaire sur le long terme.

« Le coupable n’est jamais l’arme à feu mais celui qui la tient et que cette société sans repère est encouragée dans le but de nous priver collectivement de nos libertés individuelles » rappelle justement Eric Martin, rédacteur en chef des Nouvelles de France. Il faut cesser de déresponsabiliser les individus et de trouver des boucs émissaires. Le parallèle direct entre criminalité et possession d’arme à feu est une absurdité. Sur notre propre territoire, souligne un lecteur de NDF, « Mohamed Merah avait-il demandé un permis de détention d’armes avant de massacrer des enfants et des militaires ? » N’oublions pas non plus que de 3 à 7 millions d’armes illégales circulent en France et beaucoup, dont de nombreuses armes de guerre de type Kalachnikov, se trouvent dans nos banlieues. Devons-nous également rappeler qu’à Marseille 24 personnes ont trouvé la mort dans des règlements de compte armés alors que la loi française est très stricte en matière de détention d’armes à feu ?

Sur Boulevard Voltaire, deux extraits du livre « Aux armes citoyens ! » de Paul Lycurgues nous offrent un éclairage intéressant. Selon l’auteur, les principaux facteurs de criminalité ne sont en rien les armes mais : la densité démographie, le niveau d’instruction et de revenus, l’âge ainsi que l’hétérogénéité de la population. Ainsi « une zone urbaine dense, à la population hétérogène, et constituée de « jeunes » peu éduqués, tend à connaître davantage de crimes qu’une zone rurale, riche et ethniquement homogène. Sur ces bases, on trouve en haut du classement européen des pays comme le Royaume-Uni, la France ou l’Italie, mais aussi le Luxembourg (…) ; tous ces pays ont également des législations sur les armes plutôt restrictives. A l’inverse, des pays comme la Suisse ou la Finlande, qui exercent un contrôle faible ou modéré sur les armes à feu, jouissent de taux de criminalité nettement plus faibles ».

Aussi, la dissuasion est un élément important qu’il faut prendre en compte. Comme le rappelle Paul Lycurgues, « la possibilité que leurs victimes soient armées (…) semble principalement décourager les criminels. En effet, même le plus irréfléchi des délinquants effectue, plus ou moins consciemment, un calcul coût / bénéfice avant d’entreprendre une activité illicite. Plus le bénéfice escompté est important (produit du vol ou du trafic) et le coût potentiel bas (le risque d’une courte peine de prison, probablement non exécutable du fait de la surpopulation carcérale actuelle), plus son intérêt à opérer croît. En augmentant le coût potentiel des activités criminelles, on réduit aussi mécaniquement l’intérêt à violer la loi. C’est exactement le même principe qui a empêché jusqu’ici l’éclatement d’un troisième conflit mondial après l’entrée dans l’ère atomique : le coût potentiel d’un conflit est devenu si élevé que toute grande guerre d’agression entre puissances nucléaires est devenue impossible ».

On voit ici que le raccourci armes à feu – criminalité est une aberration, une facilité. La volonté de certains de récupérer la tragédie de Newtown à des fins militantes contribue à remettre en cause le droit – qui devrait être fondamental – de chaque citoyen à l’autodéfense et, à terme, à la privation de toute liberté individuelle.

Christopher Lings

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A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim, Présent.
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