Manifestation de Madrid : L’indigné assis face au policier déchaîné
Christopher Lings | sept 26, 2012 | Commentaires 4
Hier soir, des milliers de personnes – d’indignés, les appelle-t-on -, s’étaient rassemblées devant le Congrès espagnol à Madrid dans le but de demander une démocratie réelle. Les manifestants, prônant la non-violence et refusant de bloquer l’accès aux élus, ont vite été dispersés par la police (1 500 brigadiers mobiles avaient été déployés) qui a procédé à 17 interpellations et a blessé environ 65 personnes.
Au regard des images et vidéos diffusées hier, on peut aisément catégoriser les protagonistes de ce genre de manifestations, de plus en plus répandues partout dans le monde, à travers 4 comportements :
► L’indigné assis : cet individu fait la révolution en restant assis par terre. Il prône la non-violence et sert de punching-ball aux policiers venus le déloger. Si ce dernier prend, il est vrai, la peine de se mobiliser, sa passivité est un véritable pain béni pour le système et la police qui ne se gênent pas pour matraquer à tout va. Malheureusement, il semblerait que ses actions ne servent pas à grand chose : les portes du Congrès ne vont pas s’ouvrir toutes seules…
► Le manifestant qui agit : il n’est pas venu là pour prendre des coups sans en rendre, ni pour rester assis. Ce dernier tente de briser les cordons policiers qui encerclent le Congrès afin d’y pénétrer. En cas d’opposition, il se bat, se défend. Nul doute que si les milliers de personnes présentent hier soir faisaient partie de cette catégorie, les portes du Congrès auraient cédé.
► Le policier passif : il obéit aux ordres et tient son rang sans en rajouter. En ces temps de crise, il est bien heureux d’avoir un métier qui lui permette de nourrir sa famille et ne souhaite pas, pour le moment, prendre le risque de faire dissidence. Dans les manifestations, il reste à sa place, garde sa matraque dans son étui autant que possible. Il vient, accomplit son “devoir”, et rentre chez lui. Bien que cet état d’esprit est critiquable – car rien ne bougera sans son soutien à la population et que son devoir réside bien plus du côté des manifestants que de celui de l’état -, il ne fait pas partie des pires.
► Le policier déchaîné : le voici, le pire. Il est venu ici avec la ferme volonté de casser du manifestant. Sur les vidéos, on le voit s’en prendre avec acharnement à tout ce qui lui tombe sous la main, femmes et vieillards compris. Il fait bien plus que ce qu’on lui demande, ne se contente pas de tenir son rang. Il agit avec une hargne incroyable et démesurée. Il répand le sang du peuple et s’en satisfait.
Bien plus que l’indigné assis, à qui l’on peut reprocher bien des choses mais qui a le mérite d’être présent, le policier déchaîné est de la pire espèce. Il se satisfait de cette position de laquais du pouvoir, de chien de garde des banques. Pour impressionner ses maîtres, il fait bien plus que ce qu’on lui demande. Il frappe, casse, arrache, traîne, avec une violence inouïe. Le soir, il rentre à son domicile, content de lui, et retournera au travail le lendemain, avec le sentiment du devoir accompli.
On le sait, les révolutions ont peu de chance d’aboutir du moment que la police et l’armée n’ont pas changé de camp. Au regard de cette passivité incompréhensible des indignés (qui, au final, portent bien leur nom) et, face à cela, cette hargne policière démesurée, la situation ne semble pas prête d’évoluer. Pour le moment…
Christopher Lings
Catégorie: Accueil Dossiers • International • Politique









Je ne saisis pas vraiment pourquoi on crache comme ça sur la catégorie “policier déchainé”, qui, en plus de faire son devoir, c’est à dire disperser la masse militante et réprimander les casseurs, les manifestants violents, doit se défendre des attaques, des jets de pierre, des insultes ; mais ce n’est pas tout, elle a le droit (pourquoi pas) d’avoir ses propres opinions et (pourquoi pas) de ne pas soutenir la manifestation pour des raisons d’idéologie.
Il y a bien sur des excès de violence au sein des forces de police, mais je doute réellement de la légitimité d’un bloggeur journaliste à juger l’action policière quand il s’agit d’action “réelle”, sur le terrain j’entends. Face à la violence, et avec l’adrénaline, la peur, l’excitation cumulées, je pense qu’il est compréhensible que certains manifestants violents se fassent poursuivre/matraquer/arrêter. Les forces de polices ne sont pas responsable de la situation catastrophique du pays, mais ils sont responsables de la sécurité des parlementaires, et de leur propre sécurité. Il n’y a d’autre solutions que répondre à la violence par la violence dans le cas présent. Le procès d’intention est dérangeant, d’après cet article, on a presque l’impression que les policiers prennent du plaisir à matraquer… C’est assez ridicule et presque insultant pour le métier de policier…
Par ailleurs, je me demande depuis quand être du côté de l’Etat est un défaut, or c’est vraiment ce que vous dites entre les lignes :
“Bien plus que l’indigné assis, à qui l’on peut reprocher bien des choses mais qui a le mérite d’être présent, le policier déchaîné est de la pire espèce. Il se satisfait de cette position de laquais du pouvoir, de chien de garde des banques. Pour impressionner ses maîtres, il fait bien plus que ce qu’on lui demande. Il frappe, casse, arrache, traîne, avec une violence inouïe. Le soir, il rentre à son domicile, content de lui, et retournera au travail le lendemain, avec le sentiment du devoir accompli. ”
J’étais jusqu’alors un lecteur assidu, pas toujours d’accord, mais trouvant toujours une certaine pertinence dans les propos mis en ligne. Aujourd’hui, mon opinion vient de changer légèrement…
Gregoire
Je suis d’accord avec Grégoire; il est naturel qu’un policier frappe s’il est armée particulièrement s’il est attaqué. De plus on assiste pas vraiment à la scène entière, il faut se demander comment réagirions nous au milieu d’un tel combat.
olivier
moi aussi je suis d’accord avec grégoire, d’autant que la classification des intervenants donnée dans l’article est super simpliste, c’est le moins que je puisse dire, et ne m’incite pas à abonder dans son sens. Je n’aime pas spécialement les flics et pas non plus les CRS mais enfin il faut regarder le rapport de force : si le flic ne se déchaine pas (en particulier celui qui est couvert d’une combinaison et non pas d’un bouclier et qui a cette fonction), il n’a aucune chance de faire reculer la foule, technique qui se répand coin de rue par coin de rue jusqu’à déboucher certaines artères prévues à l’avance. Par contre je suis toujours interloqué quand je vois, sur les vidéos, des flics se précipiter sur une personne tombée par terre et s’empresser de l’attraper, comme si elle était un bon butin à rançonner, et de la ramener vers un fourgon. C’est à cet instant là qu’ils sont illégitimes et qu’ils méritent que la foudre s’abatte sur eux.
Maintenant, je pense que l’article vise surtout à susciter le doute chez le “gentil” flic vis à vis de son méchant collègue “hargneux et violent.” Et ça, c’est pas gagné.
edvire