lundi, 11 décembre, 2017
Une figure de l’Antiquité Tardive : le colon
Crédits : Olive White

Une figure de l’Antiquité Tardive : le colon

Crédits : Olive White

Crédits : Olive White

 

Sous le Haut-Empire, la société romaine est composée, pour l’essentiel, de deux catégories d’hommes : les esclaves et les hommes libres. Sous l’Empire Tardif, une troisième catégorie d’hommes se généralise : les colons.

 

Qu’est ce qu’un colon ?

Le colon, en latin colonus, se définit selon plusieurs caractéristiques : il s’agit d’un homme libre, et depuis l’édit de Caracalla de 212 apr. J-C, il est citoyen romain. Il se distingue des autres citoyens par le fait d’appartenir à la plèbe, c’est à dire au petit peuple, et d’habiter à la campagne. C’est ce que nous pourrions appeler un petit paysan.

 

Apparition

Le colonat est attesté dès le Principat (27 av J-C – 285 apr. J-C) comme peuvent en témoigner plusieurs documents : dans le domaine juridique, ce statut est réglementé par de nombreux textes de lois, notamment la lex Manciana, promulguée par Vespasien et la lex Hadriana par Hadrien; des documents épigraphiques retrouvés en Afrique Romaine, dans la vallée de la Medjerba. Nous l’avons dit, il s’agit d’un homme libre. Il dispose du droit de transmettre sa charge à ses descendants et il doit au propriétaire de la terre le tiers de la récolte. Au cas où le colon disposait de la citoyenneté romaine, il pouvait, comme tous les citoyens romains, faire appel à l’empereur en cas d’injustice de la part du propriétaire de la terre percevant la récolte, ce que ne pouvaient faire ni les pérégrins, ni les citoyens latins, ni les affranchis. Ils sont alors une minorité parmi les habitants de l’Empire.

 

Un statut qui s’explique par la baisse du nombre des esclaves

Leur statut évoluera au fil des siècles : à partir du règne d’Hadrien, l’Empire revêt un caractère militaire de plus en plus défensif. Comme le territoire de l’Empire est devenu immensément vaste, les guerres de conquêtes se font plus rares, aussi rares que l’acquisition d’or et d’esclaves obtenus sous formes de butin. Ceci, ajouté à l’affranchissement d’esclaves, phénomène essentiellement urbain, fait que les esclaves se font plus rares et que par conséquence leur prix augmente. Les esclaves étaient grandement employés sous le Principat aux travaux agricoles et beaucoup travaillaient en nombre au sein des immenses domaines impériaux. Cette baisse d’esclaves est un coup dur pour l’économie agricole et de nombreux champs sont laissés en friche, surtout dans les provinces occidentales. Cette conjoncture explique la généralisation, très progressive, du colonat.

 

Évolution de leur statut

La société romaine de l’époque du Dominat (285-476 apr. J-C) diffère profondément de celle de l’époque républicaine. La société est beaucoup moins libérale, elle est divisée en ce que nous pourrions appeler des « castes », pour des raisons qui sont essentiellement d’ordre fiscal et militaire : tout citoyen de l’Empire, qu’il soit sénateur, soldat, forgeron, boulanger, reste attaché à sa condition sociale selon sa fortune, et ce de manière héréditaire. Il en est de même pour le colon. Bien qu’il soit un homme « libre », il reste attaché à sa condition ; il cultive la terre, mais elle ne lui appartient pas : il la loue au propriétaire, dont le statut est également héréditaire, et lui verse toujours un loyer non pas en argent mais en nature. Les colons sont pour la grande majorité composés de citoyens romains, mais l’on compte également en leur sein des barbares qui se sont installés sur le territoire de l’Empire.

 

Conséquences

À court terme, du fait de la pression fiscale exercée par l’administration impériale qui se fait sentir sur les fonctionnaires impériaux locaux, les colons tendent à s’appauvrir de plus en plus, et beaucoup s’enfuient afin d’échapper à leur condition et intègrent des bandes de brigands, à l’instar des soldats et même des fonctionnaires municipaux. Il faut néanmoins préciser que ce système s’est davantage généralisé dans la moitié occidentale de l’Empire, monde davantage agricole et comprenant des exploitations agricoles immenses, contrairement à la moitié orientale de l’Empire, davantage un monde de cités et de petites exploitations.

À long terme, l’une des conséquences de l’instauration généralisée de ce système sera de rendre le colon davantage dépendant du riche propriétaire dont il dépend que du pouvoir impérial. Le système engendré par la généralisation du colonat annoncera une décentralisation progressive du pouvoir, qui sera concrètement exercé par des seigneurs locaux sur des métayers. Ce système annoncera, en partie, la société des serfs du Moyen Âge.

 

Jacques-Olivier Ledard

A propos de Jacques-Olivier Ledard

Professeur de lettres classiques, comédien, je suis un auteur passionné par l'histoire, les langues anciennes, les livres, les arts du théâtre, que ce soit sur scène ou en régie, les sciences de l'information et bien d'autres choses encore.
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