Palmyre, mon amour
Photographie prise en 1923 lors d'une mission archéologique française (Crédit: Institut Français du Proche-Orient).

Palmyre, mon amour

C’est le cœur lourd que nous écrivons ce petit texte. Qui ne l’aurait pas en songeant aux vestiges de Palmyre, l’antique cité assyrienne, hellénistique, romaine et enfin islamique, tombée entre les mains des barbares ? C’est pire qu’une simple destruction, c’est un mémoricide. Nous ne nous demanderons pas ici à qui est la faute, même si nous avons notre opinion sur le sujet et que d’autres, bien meilleurs que nous sur ces questions, ont déjà âprement disserté. Non. Ici, nous nous souviendrons.

Oui nous nous souviendrons, car ce qu’il se passe à des centaines de kilomètres de nos foyers nous concerne. Quand il s’agit de protéger les trésors du passé, où qu’ils se trouvent. Pour que dans les siècles à venir, l’humanité se souvienne qu’avant l’âge sombre de la modernité, existait un monde flamboyant de la Tradition, qui persiste, traverse l’orage, témoignage du génie humain.

Arc monumental et colonnade intérieure  (Crédit: Institut Français du Proche-Orient).

Arc monumental et colonnade intérieure (Crédit: Institut Français du Proche-Orient).

Fondée par Salomon (2 Chroniques, VIII, 4 : « Il bâtit Thadmor (Palmyre) dans le désert. »), Palmyre se développe au sein de l’empire assyrien, puis perse, avant d’acquérir le statut de cité libre sous la domination séleucide. Son nom est pour la première fois mentionné dans des textes gréco-latins, narrant l’expédition de Marc-Antoine en Syrie contre les parthes. La ville se développe particulièrement sous l’Empire romain, atteignant son apogée sous Hadrien qui, philhellène, accorde des avantages à la cité, lors de sa visite en 129. Puis vint l’âge sombre.

Au IIIe siècle, tout l’empire est en crise, les guerres civiles reprennent entre les différents concurrents au trône impérial, les invasions extérieures, surtout parthes, reprennent de plus belle. Palmyre échappe de justesse aux raids parthes et, sous l’impulsion de la veuve du « Correcteur de tout l’Orient » Odénat (qui avait été nommé par l’empereur Gallien pour protéger la région de Palmyre contre les parthes), Zénobie, proclama son fils « rois des rois », reprenant la titulature perse, mais ce fut elle qui, vraisemblablement, régnait de fait, se proclamant « Augusta »

Vue générale depuis le sud-est du téménos et de la cella du temple de Bêl, 1930 (Crédit: Institut Français du Proche-Orient).

Vue générale depuis le sud-est du téménos et de la cella du temple de Bêl, 1930 (Crédit: Institut Français du Proche-Orient).

Sous son court règne, Zénobie fit de Palmyre le cœur d’un empire syro-égyptien. L’antique cité devint un foyer culturel important. Mais cet empire disparut aussi vite qu’il était né : l’empereur Aurélien, qui avait pacifié l’Occident, fit route vers l’Orient et reconquit le territoire perdu. Capturée, Zénobie fut envoyé à Rome pour y mourir.

Palmyre redevint ce qu’elle avait toujours été, une cité d’empire, occupée par une garnison romaine. Le temps passa, les temples de Bel (« Seigneur » en babylonien) et de ses dérivés : Malakbel (« Ange du Seigneur »), Baalshamîn (« Seigneur des Cieux ») furent convertis en églises et richement décorés.

Pourtant, ce n’était pas la fin : restaurée sous Justinien, Palmyre servit de nouveau de base avancée contre les Sassanides, puis passe en 634 sous le contrôle des arabes. Les émirs omeyyades restaurent profondément la cité, couvrant ses alentours de jardins et de palais tous plus luxueux les uns que les autres. Aux XIe-XIIe siècles, Palmyre passe sous le contrôle des Seldjoukides de Damas, puis au siècle suivant, des Mamelouks. Pillée en 1401 par Tamerlan, la ville s’en relève. On la fortifie. Finalement, la cité décline peu à peu sous la domination ottomane, réduite à un misérable village, construit sur les ruines de l’ancien temple de Baal.

Vue aérienne du temple de Bêl en cours de dégagement (Crédit: Institut Français du Proche-Orient).

Vue aérienne du temple de Bêl en cours de dégagement, 1931 (Crédit: Institut Français du Proche-Orient).

Que faire ?

Il ne faut pas être un génie pour comprendre que les appels de détresse de l’UNESCO ne changeront rien au sort des ruines de Palmyre, ni de la tombe du prophète Jonas, ni du musée de Mossoul hier, ni, nous le craignons, de celui de Damas demain.

Cette « rage iconoclaste », selon l’expression de Gérard Leclerc, n’est pourtant que le reflet de la pensée occidentale. Loin d’être des combattants de l’Islam, les hommes de l’État islamique sont les parfaits produits de l’Occident : des hommes déracinés, armés, fous dangereux, en croisade contre l’Histoire, contre le passé, la Tradition, tandis que nous, occidentaux, travaillons dans l’ombre à cette destruction.

Aussi nous lançons un appel solennel : ceux qui s’offusquent avec raison des crimes culturels de l’EI mais restent pantois devant celle de l’église de sa paroisse, ceux-là sont des hypocrites. Une culture, un héritage se transmet, par la plume, par les lieux, par la voix. Aujourd’hui l’Occident poursuit son suicide identitaire, pour la plus grande joie du libéralisme libéral-libertaire. Il est temps de réagir !

Nous prions pour que la destruction du patrimoine de l’humanité cesse, et pour que chez nous, en Occident, et particulièrement en France, les consciences se réveillent, que germe le renouveau civilisationnel et spirituel dont nous avons besoin, pour que les statuts des rois assyriens, les mille et un trésors de l’Orient, n’aient pas été détruits en vain.

Adhérer

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A propos de Louis Landais

Louis Landais
Etudiant, passionné d'histoire et des Humanités en général.

2 commentaires

  1. Éric Guéguen

    Dans 300 ans, ce crime sera mis au compte de l’islam, pas de l' »islamisme ».
    L’histoire ne prendra pas les mêmes gants que nous.

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  2. Hélas, je dirais qu’ils ne font qu’accélérer ce que les féministes auront mis 40 ans à abattre…

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