lundi, 11 décembre, 2017
De la pudeur

De la pudeur

N’auriez-vous guère cru que l’on vous épargnât le sujet ? Si tel était le cas, ce serait faire preuve d’une nuageuse constitution, car cela demeure une question qui vous obsède, tant et si bien que l’on croirait qu’elle vous fait vivre. Et pourtant, si peu d’entre vous se sont interrogés sur la pudeur…

Ne sentirions-nous poindre à l’orée de cette question comme une sensation de chute vertigineuse, renvoyant notre gorge si loquace jusqu’au premier sous-sol ? Assurément, « vous ne comprendriez jamais qu’une jeune fille élevée par vous puisse être autre chose qu’une putain », et c’est là tout le problème de notre société occidentale, car si les hommes sont élevés à oublier la virilité, les femmes le sont à omettre toute pudeur. Pestez, allez-y ! Nous sommes ouverts depuis bien longtemps à recevoir toute la médiocrité humaine – nous y vivons. Formulez cette remarque qui s’accommode de l’opinion majoritaire, de ce qu’il reste d’une idée après qu’elle soit dévoyée cent millions de fois ; ainsi vous voulez votre liberté ?

Et c’est dans la servitude que vous croirez l’avoir trouvée. Car de ce doux mot, vous n’en saisirez le sens que lorsque vous l’aurez vécu ; or comme tous les sujets de ce monde sont élevés dans un poulailler, cette liberté-là ne voyage pas au-delà des deux centimètres carrés dans lesquels ceux-ci nident.

La période protestante passée, les nones troquèrent leurs voiles contre une mini-jupe, et vous vous imaginez que ce gain est désormais le plus grandiose de tous, parce que quelques formes de salafisme ont importé le voile intégral dans le pays des Francs? Où la pensée moderne croit voir une innovation peu enviable, l’homme traditionnel y reconnait la patte de la pensée moderne ; qui de l’œuf ou de la poule ? Demandons au fermier.

Certes, voir descendre dans les rues la noirceur absolue du nihilisme peut être fort à craindre pour la catin qui a troqué la blancheur de son âme pour la voilure de son corps, mais alors où réside le juste milieu ? Non pas en ces deux exemples, car la femme occidentale s’est évertuée à reléguer le charme à n’être plus que ce que la culture est à la Tradition : une bouffonnerie !

Si quelques sociétés anciennes ont pu s’épargner la douleur de la pudeur, elles n’auraient jamais persisté bien longtemps sans mœurs ; de même que la mentalité est chose variable entre peuples aussi bien qu’entre époques. Ne dira-t-on pas que les Indiens aient vraiment vu un sein comme un instrument sexuel davantage que comme un moyen d’allaitement ? Pour le savoir, peut-être ne fallait-il pas les exterminer dans le fracas et la rougeur que recèle toute la passion exotérique – celle que le peintre a pour huile lorsqu’il ne sait plus peindre. Mais quel tableau ne nous présente-t-il pas alors ; sublime joyau d’une tempête déchirante !

Jérôme Carbriand

Nous avons besoin de votre soutien pour vivre et nous développer :

A propos de Jérôme Carbriand

Étudiant en économie, j'ai outrepassé les limites de l'enseignement universitaire en m'intéressant aux post-keynesiens, j'ai en cela une solide maîtrise des réalités économiques. D'autre part, j'ai parallèlement voué un intérêt particulier à la lecture d'une grande partie de la philosophie occidentale dont l'incohérence générale m'a incité à étudier la "métaphysique". Dans cette voie, certains auteurs m'ont véritablement touché, c'est le cas de René Guénon, Julius Evola et Mircea Eliade. Que suis-je donc, sinon une Cassandre sans génie, dont le seul mérite aura été de tomber avant les autres, écrasé par une foule arrogante et aliénée. Je suis le mouton noir d'un troupeau aveugle, dont les yeux s'entrouvrent pour percevoir l'abîme dans lequel nous nous jetons. Je suis le cauchemar de la modernité et la honte de la Tradition pour avoir enduré la boue d'une époque aussi souillée.

6 commentaires

  1. La pudeur n’est pas ésotérique mais intériorité:lire « la pudeur » de Max Scheler,philosophe d’origine juive et converti au catholicisme.Par ailleurs,vous avez lu de la mauvaise philosophie:lisez donc Aristote et Saint Thomas d’ Aquin!Enfin,ne confondez pas Mircea Eliade qui est resté orthodoxe avec Julius Evola ou René Guénon qui a fini par se convertit à l’Islam(ésotérique) « !Amicalement!

    • Bonjour,
      A la lecture de votre commentaire, je ne crois pas que vous ayez bien saisi ce qu’est l’ésotérisme ni par extension ce qu’est l’exotérisme, je doute également que vous ayez vraiment lu Guénon ou Evola, ni même Eliade. Si tel était le cas, vous ne feriez pas appel à la philosophie, du reste on ne vois pas trop où vous voulez en venir, puisque l’intériorité est justement l’ésotérique.

      « ne confondez pas Mircea Eliade qui est resté orthodoxe avec Julius Evola ou René Guénon qui a fini par se convertit à l’Islam(ésotérique) »

      Sachez que l’orthodoxie Traditionnelle est justement la conformité à l’ésotérique ou aux principes métaphysique, d’autre part, en quoi se « convertir » à l’islam serait-il prendre le chemin de l’hétérodoxie? Le taçawuff n’est pas spécifiquement musulman et soufie mais il est partagé par toutes les autres traditions orthodoxes.

      Il est étonnant qu’avec des connaissances aussi superficielles ont viennent ainsi donner des leçons de métaphysique.

      • Bonjour, et merci une fois encore pour ce texte très travaillé. Je me rappel d’un essai écrit il y a un peu plus d’une vingtaines d’années, et qui s’intitulait « le sexe oublié » (Tony Anatrella). Un psychanalyste je crois. A travers cet essai, l’auteur s’efforçait de redonner sa valeur à la chose tant elle apparaît noyée dans un dessein féministe et libertaire.

  2. Il fut pourtant un temps où les passions n’étaient réservées que pour les dieux… La jalousie de Phèdre à l’égard d’Hippolyte nous en témoigne, que ce soit chez Racine ou Jean-Philippe Rameau. Et la trahison de Molière par Lully le confirme, quand bien même cette forme épurée de l’art aurait pour certain une fâcheuse tendance à « ennuyer ». Rousseau renverra donc l’homme à sa source, et posera l’idée que les passions naissent dans la société. Enfin, le romantisme, par la valorisation extrême d’un objet au détriment de tous les autres contribuera à la touche finale. Libre alors à chacun de s’abandonner ou non à sa fragilité, et résister par l’orgueil. Mais pour Platon, il n’y aurait en réalité chez l’homme que deux états: le manque et le non-manque. Qui dit manque dit désir. Sans manque, pas de désir.

    C’est au supplicié de faire amende honorable, non au justicier de jurer fidélité. Seulement voilà, depuis 40 ans, on a fait tout l’inverse. Je pense malheureusement qu’on ne combattra la mauvaise foi que par la mauvaise foi.

    Bien cordialement

  3. Voilà un article fort intéressant et, à mon sens, courageux. Vous vous décrivez comme anti-moderne dans votre profil, mais je serai bien moins dur avec vous, à moins que vous désiriez plus que tout vous extraire de la modernité, ce que je ne crois pas ; vous n’écririez pas dans un blog dans ce cas.
    Merci de rappeler les canons de la pudeur et par là de la beauté, et par là de la morale, ce concept rendu honteux par beaucoup. Bravo de remettre à sa place, argumentaire à l’appui, les pseudo-philosophes. Merci de remettre au goût du jour les notions d’exotérisme et d’ésotérisme qui semblent, au vu d’un certain commentaire, échapper à certains esprits.

  4. Voilà un article fort intéressant et, à mon sens, courageux. Vous vous décrivez comme anti-moderne dans votre profil, mais je serai bien moins dur avec vous, à moins que vous désiriez plus que tout vous extraire de la modernité, ce que je ne crois pas ; vous n’écririez pas dans un blog dans ce cas.
    Merci de rappeler les canons de la pudeur et par là de la beauté, et par là de la morale, ce concept rendu honteux par beaucoup. Bravo de remettre à sa place, argumentaire à l’appui, les pseudo-philosophes. Merci de remettre au goût du jour les notions d’exotérisme et d’ésotérisme qui semblent, au vu d’un certain commentaire, échapper à certains esprits.
    http://lumieresurlestemps.blogspot.fr/

Revenir en haut de la page