mercredi, 22 novembre, 2017
Octobre 1870 : L’élan patriotique de Gambetta anéanti par l’ambition de Thiers
Siège de Paris.

Octobre 1870 : L’élan patriotique de Gambetta anéanti par l’ambition de Thiers

En juillet 1870, poussé par son entourage, Napoléon III déclare la guerre à la Prusse de Bismarck dans le but de redorer son prestige et de stopper ce rival grandissant. La guerre devait être rapide, un Blitz aurait-on dit. Mal équipée et mal organisée, l’armée française est pourtant écrasée en quelques mois.

En septembre, l’Empereur et ses 92 000 hommes sont faits prisonniers à Sedan. Forte de sa victoire, l’armée allemande se dirige vers Paris, pendant qu’à Metz l’armée de Bazaine (180 000 hommes) est piégée dans les remparts de la ville. Dans la capitale, Jules Favre, à l’annonce de la capture de Napoléon III, instaure un gouvernement provisoire de Défense Nationale, constitué de républicains, et met ainsi fin au Second Empire.

Si ce gouvernement républicain s’est imposé rapidement, c’est surtout pour éviter la prise de pouvoir des « rouges », des communards, en réalité, du petit peuple. Car ces gens, dont Jules Ferry, qui se disent républicains ne sont en réalité que des possédants, fusion des bourgeois avec l’ancienne aristocratie, soucieux de préserver leurs biens et leurs intérêts face aux petites gens révoltés.

Comme le rappelle l’historien Henri Guillemin, ce nouveau gouvernement n’attend qu’une chose : l’arrivée de l’armée allemande qui viendra tenir le peuple en respect, et avec qui on signera, après une résistance de façade, l’armistice. Le 19 septembre, après plusieurs batailles perdues, Paris est encerclée. La rapide déroute de l’armée de défense de la ville prouve déjà que le gouvernement joue un double jeu. Dans l’ombre, Adolphe Thiers, qui espère depuis 20 ans arriver au pouvoir, attend patiemment que le sale boulot soit fait.

gambetta-bal919b-be4ebLe départ de Gambetta en ballon

Reste pourtant un homme, ministre de l’Intérieur de ce gouvernement corrompu, qui est bien décidé à ne pas arrêter la guerre. Son nom : Léon Gambetta. Le 7 octobre, conscient que rien n’est perdu et pris d’un élan patriotique farouche, Gambetta s’envole depuis la place Saint-Pierre de Montmartre en montgolfière afin de survoler les lignes allemandes encerclant Paris, et ainsi rejoindre Tours pour y organiser la défense en province.

« Le peuple, le corps, était séparé de Gambetta, sa tête. Il n’hésita pas : il franchit en ballon les lignes ennemies » lira-t-on dans l’Almanach Gambetta. Le Journal des débats nous rapportera aussi qu’une foule considérable s’était rassemblée, depuis plusieurs jours, pour voir ce départ inédit. Gambetta décolle direction Tours, l’âme remplie d’espoir, bien décidé à repousser l’envahisseur allemand et lui mener une « guerre à outrance ».

Là-bas, il y trouve un réservoir d’hommes conséquent et un potentiel énorme. En trois semaines, il réunit une armée de près de 130 000 hommes prêts à libérer Paris. Sur sa route : Orléans, où sont stationnés seulement 40 000 bavarois. C’est décidé : le 29 octobre, Gambetta lancera son armée sur Orléans, puis brisera le siège de Paris.

Mais… C’est sans compter sur le calculateur, le traitre Adolphe Thiers qui n’a qu’une idée en tête depuis des années : avoir le pouvoir total entre ses mains. Lorsqu’il se rend à Tours le 21 octobre et y découvre l’armée et les plans de Gambetta, ses projets en prennent un coup. « Si Gambetta libère Paris, ce sera lui le chef suprême » se dit-il alors. Il lui faut donc tout tenter. En l’espace de ces quelques jours, il convainc, il supplie le commandant Louis d’Aurelle de Paladines, à la tête de l’Armée de la Loire (celle de Gambetta), de ne pas marcher sur Paris. Et Aurelle se laisse embobiner…

leon-gambettaLéon Gambetta

Lorsqu’il recevra, le 28 au soir, l’ordre de lancer ses troupes vers Orléans, il tergiversera pendant 13 jours, prétextant la pluie et la boue l’empêchant d’avancer. Ce sera 13 jours de trop. Le 27 octobre, Bazaine livrait la ville de Metz aux allemands, qui se dirigent désormais au complet vers Paris. Lorsqu’enfin l’armée de la Loire se décidera à bouger, l’ennemi sera trop fort, trop nombreux, et les défaites s’enchaîneront. Les tentatives de sortie des troupes parisiennes, au Bourget, à Champigny et à Buzenval, se solderont toutes par des échecs, isolement oblige.

Le 28 janvier, l’armistice est signé. La France défaite devra verser une indemnité de guerre de 5 milliards de francs or, se voir occupée jusqu’au versement de cette somme, ainsi que céder l’Alsace-Lorraine à l’ennemi. Le 8 février, des élections législatives sont organisées. Une Assemblée de notables, qui proclameront Thiers Chef du pouvoir exécutif de la République Française, est élue. Le plan de Thiers a fonctionné.

Tous s’accordent à dire, Bismarck le premier, que si, en ce mois d’octobre 1870, Gambetta et son armée s’étaient lancés vers Paris, la guerre était perdue pour la Prusse.

Malheureusement, l’ambition et la traitrise de Thiers, et du gouvernement provisoire corrompu, tous prêts à sacrifier deux territoires français et l’honneur du pays pour conserver leurs intérêts, auront eu raison de Léon Gambetta, et seront parvenus à briser son élan patriotique. Du moins, pour le moment…

Christopher Lings

A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim.
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