Rome, seconde patrie des catholiques – Réfléxions sur un nouvel essai du Pr de Mattei
La place Saint Pierre (Wikimedia CC).

Rome, seconde patrie des catholiques – Réfléxions sur un nouvel essai du Pr de Mattei

Les catholiques français chérissent à juste titre leur patrie temporelle et charnelle qu’est la France, chantée par tant de poètes et d’écrivains, glorifiée par une terre si noble, un patrimoine inimitable et une histoire des plus riches. Au spirituel, ils complètent cet amour du sol natal avec une patrie que l’on pourrait qualifier de « céleste », dont la seule attache terrestre est Rome, la Ville éternelle.

Le professeur Roberto de Mattei sera sans doute déjà bien connu de nombre de nos lecteurs. Cet universitaire renommé, ancien vice-président de l’équivalent italien du CNRS, animateur de différentes agences d’information, revues et fondations, est un fin « vaticaniste ». Fort de sa méthodologie historique, il sait dresser des tableaux complets et érudits sur des sujets confinant à la théologie et au droit canon.

Il fait paraître en France un très beau Vicaire du Christ. Peut-on réformer la papauté ?1, dont la lecture est aisée, malgré un apport d’informations très dense, ce qui en fait une réalisation proprement remarquable. Ce livre rendra les catholiques de France et de Navarre plus ardents dans leur foi, en leur décrivant le roc inébranlable que représente pour celle-ci le souverain pontife. Nous pourrions parler de « vade-mecum » du parfait catholique romain, tant le tout semble abordable et extrêmement sûr, d’un point de vue doctrinal.

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Le lecteur voyage à travers les siècles, goûtant aux saveurs de l’Évangile et de l’Église primitive, mais aussi d’un auteur à l’autre, d’une autorité l’autre, en étudiant les enseignements donnés par un large éventail disciplinaire comptant histoire de l’Église, science canonique, philosophie et théologie. Les références historiques sont toujours précises et probantes, et les anecdotes surprenantes, volontairement oubliées par les réformateurs progressistes les plus aveugles, loin d’être rares.

Roberto de Mattei s’intéresse avec profit aux principes de la papauté, à son essence. Il défait des nœuds, rappelle des vérités, redresse des torts et annihile des erreurs. L’infaillibilité fait l’objet d’un exposé clair, loin d’être assimilée – comme trop souvent de nos jours – à une impeccabilité qui couvrirait tout acte ou toute parole du pape de l’inerrance propre au Saint-Esprit… Mais ce serait là un blasphème ! Qui prétendrait justifier la conduite abominable d’un Alexandre VI (le fameux pape Borgia) sous ce prétexte ? Les cardinaux l’ayant élu ont-ils vraiment suivi une inspiration de l’Esprit Saint ? Et ainsi de suite. Si cet exemple est particulièrement connu et évident, beaucoup d’autres suivent, rendant la démonstration de l’historien romain d’autant plus recevable.

L’importance d’une autorité spirituelle et morale suprême est rappelée en plusieurs endroits, de même que son intérêt à jouir d’une souveraineté temporelle, sur un territoire, aussi petit soit-il. Mais, dans l’ensemble, l’auteur s’ingénie à défendre l’institution pontificale contre ses adversaires, et notamment contre ceux qui se trouvent au sein même de l’Église. Ce sont ces soi-disant catholiques qui souhaitent la collégialité à la tête du gouvernement ecclésiastique, ou encore un pontificat à terme et non plus jusqu’à la mort… Ce sont ceux qui veulent parcelliser l’autorité en des conseils toujours plus nombreux, du haut en bas de la hiérarchie, afin de l’atomiser et de la détruire… pour faire passer on ne sait quelles idées – ou, si, on ne le sait que trop bien… Non, le pape est vicaire du Christ avant d’être évêque de Rome, puisqu’il est souverain pontife dès le moment de l’acceptation de son élection. Jusqu’au xe siècle, il était interdit d’élire pape un évêque… Dans la même veine, plusieurs papes sont morts avant d’avoir reçu la consécration épiscopale, ce qui devrait suffire à faire méditer ceux qui, par une conception biaisée de l’humilité, voient dans le titre d’« évêque de Rome » l’avenir du Saint-Siège.

De même, l’Église de la communion, de l’agapè, des fidèles, ne saurait être opposée à l’Église juridique, institutionnelle, visible, formelle. S’il faut distinguer, comme saint Thomas d’Aquin l’a répété à plusieurs reprises, c’est pour mieux unir, et non pour séparer des blocs et insinuer la zizanie parmi les brebis de Dieu. Par des analyses irrévocables, le lecteur verra que le pouvoir suprême du pape lui vient d’un pouvoir de juridiction, et non du pouvoir d’ordre, sans quoi il ne pourrait pas abdiquer (tout caractère d’ordre étant indélébile) ; et qu’il n’est pas possible d’inventer un « pouvoir de magistère » à mettre sur le même plan que le pouvoir d’ordre et que le pouvoir de juridiction, le magistère étant englobé par ce dernier. Des notions basiques d’ecclésiologie sont mises en exergue, notamment autour de la notion de « Corps mystique du Christ ».

Les pages didactiques s’enchaînent les unes les autres, pour nous rassurer et nous conforter, ou pour nous obliger, le cas échéant, à changer d’avis, c’est-à-dire à abandonner des options personnelles et fausses pour en revenir à la connaissance de la doctrine traditionnelle de l’Église, à laquelle doit se rattacher tout catholique sincère. C’est ainsi que les théologiens du Moyen Âge n’ont jamais douté un seul instant qu’un pape puisse être hérétique, que la question de la folie a déjà été étudiée, et que la vieillesse n’est pas chose nouvelle au Vatican… ni la douleur physique ou la détresse morale.

Que du bon sens, me direz-vous : oui, mais rappelé avec références et autorités à l’appui ! Une belle œuvre, à placer entre toutes les mains religieuses, pour renouveler l’adhésion et l’attachement des catholiques au Siège apostolique, tout en balayant de trop nombreuses idées reçues et opinions fausses. À dévorer sans attendre !

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1Mattei (professeur Roberto de), Le Vicaire du Christ. Peut-on réformer la papauté ?, Fleurance, Éditions Le Drapeau blanc, 2016, 220 p., 17,50 €.

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A propos de Pierre Royal

Gascon, Pierre Royal est un jeune professionnel résidant dans le Sud-Ouest. Autodidacte amoureux de lettres et d'histoire, il cherche à puiser son inspiration dans la terre qu'il aime en essayant de la faire resplendir à la lumière du firmament, grâce à la source venue d'en haut. À sa petite échelle, il tâche de repérer les quelques livres qui, de nos jours, savent se démarquer de la médiocrité ambiante. Une devise : faire bien les moindres petites choses.

Un commentaire

  1. Louis Landais

    Force est de constater que le souverain pontife ne remplie malheureusement plus son rôle : il introduit l’erreur au lieu de la condamner, rend plus diffus ce qui devrait être éclairci, laisse s’égarer les brebis du Seigneur au lieu de les rassembler, pour faire des courbettes aux ennemis de Dieu et de l’Eglise catholique. La chose à expliquer au lecteur est la suivante : comment est-on passé d’un saint Pie X ou d’un Pie XII au Pape François ?

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