dimanche, 22 octobre, 2017
Thomas Guénolé, un conservateur au long nez

Thomas Guénolé, un conservateur au long nez

GUÉNOLÉ Thomas, Petit guide du mensonge en politique, Paris, Broché, 2014, 160p.

mensonge guenoleCent soixante pages, très gros caractères. Titre accrocheur « Petit guide du mensonge en politique ». Rouge cerise. Thomas Guénolé, docteur en science politique, maître de conférence à l’ IEP de Paris, monsieur invité consensuel, est là pour nous apprendre que les hommes politiques nous mentent. Il veut aussi nous dire comment et pourquoi. Il va être un superbe radar désintox. Va faire de nous des « consommateurs vigilants » de politiques, par des petits exercices en fin de chapitres.

On tremble d’impatiente. Alors, pourquoi nous déçoivent-ils ? La réponse : parce que nous espérons trop d’eux ! Nous attendons des hommes extraordinaires alors que « le personnel politique est composé d’êtres humains à tous autres semblables ». Au sens où personne n’est parfait peut-être, mais enfin, tout le monde ne vit pas avec un chauffeur, des gardes du corps et une fortune à sa disposition. Sur l’ensemble du pays du moins.

Les premières lignes donnent le ton : il part d’une métaphore élection/marché assez classique, quoique très pertinente sous la plume de Georges Bernanos dans La Grande Peur des Bien-pensants. Elle en devient passablement dérisoire sous la plume de notre orfèvre. Il y aurait d’un côté, les « stands » de droite et de gauche, les stands bios, chacun adoptant différentes stratégies ; de l’autre les stands « suspects », « dangereux », proposant des produits du terroir ou le même panier pour tous selon l’extrême. On ne comprend pas bien dans son raisonnement en quoi les deux dernières propositions seraient nocives, celle-là témoignant notamment d’un grand soucis écologique, celle-ci d’une justice primitive.

Deux de ses arguments balayés ainsi, il fantasme l’avènement d’un magasin unique si nous serions tentés en masse d’y faire nos courses. La fin de la liberté démocratique, fruit du FN et du Front de Gauche. Il ne remet nullement en cause le système opportuniste tel qu’il est, ni ses manipulations. Au fond, on se retrouve bel et bien à lire un conservateur qui s’ignore : il vante le système droite/ gauche, le centrisme mou tel qu’il est, un Fillon prétendu héritier de De Gaulle, l’entourloupe capitaliste. Le syndrome Sternhell apparaît, tout semble plié.

Infligeons nous quand même, masochistes que nous sommes, les méthodes du professeur Guénolé. Il y a tout d’abord les menteurs directs, éhontés : les Cahuzac, Clinton, De Gaulle aux Algérois, et les anti-mariages gays se plaignant de la disparition des termes « père » et « mère » de nombreux articles du Code Civil. Tout cela sur le même plan. Le PS a menti sur la dette de même que l’UMP a menti sur la menace communautariste totalement improuvable « ni par étude scientifique » « ni par données statistiques » ne concernant évidemment que quelques cas. Invérifiable vous dit-il. Faux. Tout ce qui n’est pas établi par des blouses blanches n’est que fantasme. Seuls les chiffres excitent Thomas Guénolé, forgent le fantasme d’un président Caron, qui de la science humaine serait le baron. Un « homme » d’État qui s’est gentiment coupé les ongles et qui s’est violemment arraché les couilles.

Tout est faute aux stéréotypes, faute au temps médiatique, faute à l’éducation, faute aux années 30, faute au peuple. Vive les discours intellectuels dans lesquels rien ne fait tressaillir, rien n’emporte ! À bas les figures de styles (qui ne sont pas des mensonges, si ?), de l’exagération à l’argument d’autorité. La République est nue, la rhétorique est nue. L’auteur recadre scrupuleusement les raccourcis comme la « pression qu’exercerait l’Union Européenne sur les États » (A. Montebourg), par des démonstrations « techniques » et totalement non convaincantes. Dans notre exemple, le fait que la France fasse partie de l’Union Européenne montrerait que la proposition est fausse. Il en va de même de la mondialisation. Aucun lien non plus entre immigration et criminalité, immigration et chômage, immigration et manque de logements sociaux. Thomas Guénolé est peut-être le père d’une économie étrange, une économie dématérialisée, portant sur un autre monde.

Le sommet arrive.

« Ils [les immigrés] sont également accusés d’être source de délinquance et de criminalité, au motif qu’ils sont surreprésentés dans la population des prisons françaises, avec dans l’idée que réduire l’immigration réduirait la délinquance. Le raisonnement est absurde, car à ce compte là, plus de 97% des détenus de nos prisons étant des individus de sexe masculin, il faudrait en déduire le besoin d’opération de changement de sexe à très grande échelle […] ».

Style lourd, mensonge de Guénolé, raccourci destiné à décrédibiliser l’adversaire idéologique. La ruse de « Prêter à son interlocuteur des propos qu’il ne tient pas », répertorie-t-il plus loin.

L’ouvrage est trop pauvre pour nous montrer que c’est à l’impuissance que bien souvent l’on doit le mensonge. Ne nous attardons plus, et confortons-nous à la lueur de la parole sacrée d’Isaïe : « Malheur à ceux qui se croient des sages et s’estiment très malins. »

Anthony La Rocca

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A propos de Anthony La Rocca

Jeune patriote français, étudiant républicain réactionnaire amoureux de notre patrimoine culturel. Je crois que la France a un destin particulier, je refuse qu'elle soit diluée dans le concert des nations. Sur une ligne bonapartiste, je suis favorable à une synthèse entre tradition et progrès, à un État puissant, autonome et bienveillant, représenté par un homme providentiel. Il s'agit tout autant de s'opposer à la xénophilie de nos élites, de sauvegarder une civilisation, de favoriser le progrès social. Je consulte le Bréviaire des patriotes régulièrement.
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