lundi, 23 octobre, 2017
D’un islam radical à l’autre

D’un islam radical à l’autre

L’islam bénéficie d’une complaisance lexicale lorsqu’il est le sujet de conversation des commentateurs du Paris intellectuel et médiatique. En effet, quiconque se réclame de l’islam et mène une vie sans que cette revendication ne le conduise à contester les règles basiques de la bienséance sociale, est appelé musulman.

En revanche ceux qui, se revendiquant également de l’islam, font de cette revendication le socle d’une démarche violente, obscurantiste ou terroriste, cessent d’être des musulmans pour devenir des islamistes. Si bien qu’un musulman est mécaniquement un bon de bien, correctement installé dans la modernité ; et l’islam, mécaniquement aussi, est une religion comme une autre dans la mesure où, lorsqu’elle sert de fondement théorique, intellectuel ou philosophique à la violence et à la haine, elle cesse d’être l’islam pour devenir l’islamisme. Il n’y a pas, pour la religion chrétienne par exemple, semblable disjonction lexicale ; et un chrétien, qu’il fasse de son statut de chrétien l’objet d’une vie paisible ou celui d’une vie guerrière, sera invariablement appelé chrétien.

Lorsque le mot « islamisme » a trop sonné aux oreilles, on le remplace parfois par « islam radical ». Si les deux expressions répondent aux mêmes impératifs, à savoir 1) celui de qualifier un mouvement pratiquant la violence et 2) exonérer l’islam de sa paternité en présentant sa version « radicale » comme une excroissance œdipienne, au moins la deuxième a-t-elle le mérite d’introduire une connexion lexicale plus franche entre les deux. Vraisemblablement pour ajouter une distance supplémentaire entre l’islam et sa version violente, certains parlent aussi, dans une surenchère étrange, d’islamisme radical.

Quoi qu’il en soit, le terme radical est désormais intégré au discours comme qualifiant une application tellement fondamentaliste de l’islam qu’elle mérite qu’on ne la prenne plus pour une version faussée de la religion de Mahomet, mais pour une tout autre religion dont les quelques liens qui paraissent unir les deux ne sont plus que mirages et fantasmes amalgamistes et islamophobes. À ces tristes sires, d’ailleurs, on recommande, pour vérifier par eux-mêmes que l’islam n’est pas ce qu’en disent les islamistes, de lire le Coran, d’aller à la source pour y constater la nature véritable de l’islam.

Ici se joue un épisode étymologique amusant.

Si aujourd’hui nous n’utilisons plus le mot « radical » que pour définir une lecture rigoriste et exclusive d’une idée, d’un courant de pensée, d’une religion ou d’un message philosophique, l’origine étymologique de ce mot n’est pas sans rendre farfelue la proposition des anti-amalgamistes d’aller aux sources coraniques de l’islam pour y constater que l’islamisme est une version radicale de l’islam, puisque radical provient précisément du latin radix ou radicalis, qui signifie racine. Aller à la racine des choses, aux sources, aux fondements, c’est-à-dire à l’état originel d’une idée avant que celle-ci ne soit dénaturée par des transmissions biaisées, des relectures fautives ou toute sorte de modifications a posteriori.

Celui qui répondrait favorablement à l’invitation formulée d’aller relire le Coran, c’est-à-dire d’aller à la racine de l’islam pour y découvrir une réalité textuelle que les islamistes auraient dénaturée par des réécritures fautives a posteriori, ne ferait rien qu’une démarche radicale. Ceux des Musulmans que la fièvre islamiste n’a pas contaminé, en pratiquant leur religion telle qu’elle est puisée par eux dans le message originel, sont étymologiquement les seuls vrais radicaux.

Précisions que ce propos ne vise pas à commettre le crimepensée de lèse-padamalgisme, mais à nous amuser de ce que l’époque, par sa capacité lunaire à raconter n’importe quoi, est capable de produire comme contrepèteries intellectuelles.

Jonathan Sturel

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A propos de Jonathan Sturel

Jonathan Sturel
Jonathan Sturel, observateur critique du monde moderne, est l'auteur du livre « La Contre-histoire de Michel Onfray » paru aux Editions Tatamis en août 2014.

3 commentaires

  1. Alexandre

    L’Islam est une religion guerrière.
    Ceux qui ne le savent, peuvent ouvrir un livre d’histoire.

    Un homme averti en vaut deux!

  2. Merci pour votre finesse.
    Y a t il lieu de nous faire un article aussi humoristique sur les derniers naufrages de Onfray dans les archipels où il erre sans boussole ?
    Le marchand de livres médiatique du haut de sa philosophie et de sa connaissance historique du temps long a oublié que la secte politique à toujours fait des guerres d’expansion. Comme vous dites  » aller àla source  » de leur livre et de nos livres d’histoire depuis des siècles. Et quant à faire intervenir des  » chancelleries  » comme il dit, comment l’EI a une Chancellerie ?,voudrait négocier ? , c’est trop drôle si ce n’était sinistre.
    Ou bien, ce n’est même plus la peine de le prendre la main dans le sac ?

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