mardi, 23 mai, 2017
Le général Boulanger rassemblait les patriotes de tous bords.

Boulanger : comment la République s’est débarrassée de l’homme du peuple

boulanger georgesLe 30 septembre 1891,  le général Georges Boulanger se suicide sur la tombe de sa compagne d’une balle dans la tête. Cet homme, à la carrière militaire exceptionnelle, trois fois blessé au combat, commandeur de la Légion d’Honneur, devenu homme politique acclamé de tous, a subi comme tant d’autres la malfaisance d’une République oligarchique, qui déjà conservait jalousement son pouvoir et qui a tout fait pour l’évincer, et finalement le tuer. 

L’homme

Georges Ernest Jean-Marie Boulanger est né à la Caliorne près de Rennes le 29 avril 1837. Issu d’une famille bourgeoise bretonne, il étudie au lycée de Nantes avant de rejoindre l’école spéciale militaire de Saint-Cyr d’où il sort en 1856 (promotion Crimée-Sébastopol). Lieutenant de turcos (tirailleurs algériens et tunisiens), il participe à la campagne de Kabylie (1857) puis à celle d’Italie deux ans plus tard, où une blessure à la poitrine lui vaut la Légion d’Honneur. En 1861, il participe à la campagne de Cochinchine où il est de nouveau blessé à la cuisse. En 1866, il devient capitaine-instructeur à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr. Quatre ans plus tard, la guerre avec la Prusse lui fait atteindre le grade de chef de bataillon (équivalent du commandant). Il participe à la défense de Paris et est blessé une troisième fois à la bataille de Champigny.

Après la guerre, il obtient le commandement du 114e de ligne ainsi que le grade de colonel, et participe à la répression de la Commune (1871) et notamment lors de la « semaine sanglante ». De nouveau blessé au Panthéon, il est cité dans un rapport du maréchal Mac-Mahon et promu Commandeur de la Légion d’Honneur. Malheureusement, son avancement est jugé trop rapide par les autorités militaires qui le rétrogradent au rang de lieutenant-colonel. Boulanger demande alors sa démission, qui lui est refusée et se voit attribuer le commandement en second du 109e puis du 133e régiment d’infanterie de ligne. Il devient commandant de ce dernier en 1874 et retrouve son grade de colonel. Son supérieur, le duc d’Aumale – un fils de Louis-Philippe –, lui permettra d’atteindre le grade de général en 1880. Il est promu à la tête de la 14e brigade de cavalerie et représente la France lors du centenaire de l’Indépendance américaine, à Yorktown, Virginie. En 1882, le ministre de la guerre, le général Billot, le promeut directeur de l’infanterie. Deux ans plus tard, il devient général de brigade et commande le corps d’occupation de la Tunisie.

Boulanger, réformateur et homme du peuple

Boulanger est un réformateur, c’est un « hérétique » (Pierre Servent in Le complexe de l’autruche, Paris, Tempus). Ce sont d’ailleurs ses réformes qui vont le rendre populaire chez les militaires et chez les civils également. On peut citer notamment l’autorisation du port de la barbe pour les officiers ou la vélocipédisation de l’armée. En 1886, Clemenceau – l’un de ses condisciples à Nantes – l’impose comme ministre de la Guerre au président du conseil Freycinet. L’une de ses premières réformes sera l’accélération de la dotation en nouveaux fusils Lebel 1886 dans l’armée, ce qui accroît sa popularité auprès de celle-ci. Par des discours belliqueux et revanchards, notamment celui de Libourne du 17 septembre 1886, il séduit les nationalistes. Ceux-ci sont rejoints par les bonapartistes et les monarchistes, tous désireux de renverser la République, les uns voyant en Boulanger un « nouveau Bonaparte », les autres y voyant la clé du retour à la monarchie. Par les mesures suivantes, il s’attire la sympathie de la gauche et de l’extrême gauche : service militaire obligatoire pour les ecclésiastiques, radiation des princes d’Orléans de l’armée, réduction du temps du service militaire (de cinq à trois ans).

Le 17 mai 1887, le gouvernement Goblet chute. Maurice Rouvier, chef du nouveau cabinet, ne reprend pas Boulanger. Cette décision choque les partisans du général ; naît alors le boulangisme. Sans poser sa candidature – inéligible car militaire – Boulanger obtient 100 000 voix lors d’une élection partielle de la Seine. Sentant venir le danger, le gouvernement l’envoie à Clermont-Ferrand commander le 13e corps d’armée. Son départ suscite l’émotion, et le 8 juillet, jour de son départ, une immense foule envahit la gare de Lyon aux cris de « il reviendra » et bloquant le train pendant trois heures. Les élections du 26 février 1888 sont un enjeu de taille pour les boulangistes. Lors d’une entrevue secrète avec le prince Napoléon-Jérôme en Suisse, Boulanger s’assure le soutien électoral des bonapartistes et financier du prince lui-même. Candidat sur les listes bonapartistes de sept départements, il obtient 54 671 voix. Toujours en activité, il reste inéligible. Mais le 15 mars, le général Logerot le relève de ses fonctions, et le 24, Boulanger est rayé des cadres de l’Armée. En avril, il se présente aux élections en Dordogne et dans le Nord où il obtient respectivement 59 000 et 172 500 voix. C’est un triomphe, l’ex général est acclamé par la foule lors de son entrée à la Chambre des députés le 12 juillet 1888.

Le 27 juillet 1889, Boulanger se présente à Paris en remplacement du député Antoine Hude (gauche radicale), décédé. Là encore, il triomphe en obtenant 244 000 voix contre 160 000. Certains le poussent alors à tenter un coup d’État, mais il refuse de suivre cette voie.

Mise à mort politique

boulangerLe gouvernement, effrayé par la popularité de Boulanger, va alors jeter sur lui le discrédit et le couper de tous ses soutiens. Le ministre de l’Intérieur, Ernest Constans, va poursuivre en justice la Ligue des Patriotes en vertu d’une loi sur les sociétés secrètes, en l’accusant de « complot contre la République », sans preuve ni réel motif. Le 1er avril, Boulanger, mis au courant d’un projet visant à lever son immunité parlementaire, s’enfuit à Bruxelles. Le 4, la chambre vote la levée de son immunité diplomatique. Boulanger est alors poursuivi pour « complot contre la sécurité intérieure, détournement de fonds, corruption et prévarication ». Le 14 août, le Sénat condamne Boulanger à la « déportation dans une enceinte fortifiée ». Boulanger vit alors en exil en Belgique. Anéanti par la mort de sa maîtresse, Marguerite de Bonnemains le 15 juillet 1891, Boulanger se suicide deux mois plus tard sur sa tombe.

Boulanger, comme tant d’autres, a été victime de son succès. Rassemblant les patriotes de l’extrême gauche aux monarchistes en passant par les socialistes, les bonapartistes, certains républicains, Boulanger était vu comme le « nouveau Bonaparte », au-dessus des partis et visant l’intérêt commun. La rigueur avec laquelle la République a entaché son nom était à la mesure du danger que représentait Boulanger pour l’oligarchie républicaine. La peur qu’il lui a infligée est tel que l’État va tout mettre en oeuvre pour briser l’ambition des officiers trop enhardis, préférant les Joffre et autres Gamelin avec les conséquences que nous connaissons  malheureusement. 

Sources :

  • GARRIGUES Jean, le général Boulanger, Paris, Perrin 1991 ; Le Boulangisme, Paris, PUF, coll. « Que-sais-je ? »
  • BARJOT Dominique, CHALINE Jean-Pierre, ENCREVE André, La France au XIXe siècle: 1814-1914, Paris, PUF, 2008
  • SERVENT Pierre, Le complexe de l’autruche, Pari, Tempus, 2013

A propos de Louis Landais

Louis Landais
Etudiant, passionné d'histoire et des Humanités en général.

2 commentaires

  1. Boulanger était il réellement à la hauteur des ambitions que beaucoup lui ont porté ? s’il est vrai que le Prince Napoléon lui apporta son soutien, cela ne fut pas sans l’arrière pensée d’être appeler par le général si celui-ci allait au bout de la logique …
     

  2. Enfin, une chronique objective et historiquement documentée qui rend justice au Général Boulanger! Félicitations et merci pour lui!

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