Clovis Ier, roi des Francs (I) – La naissance d’un royaume
Vue d'artiste de Clovis roi des Francs par François-Louis Dejuinne.

Clovis Ier, roi des Francs (I) – La naissance d’un royaume

Pour bon nombre de gens, Clovis est le premier roi de France qui brisa le crâne de l’un de ses soldats avec sa francisque pour une histoire de vase. Ce portrait quelque peu exagéré de la vision de Clovis dans l’imaginaire collectif français reflète pourtant une réalité, que l’historien Bruno Dumezil décrit dans l’ouvrage de Jacques le Goff Hommes et femmes du Moyen-Age : Clovis, roi le plus fameux de l’histoire de France, reste pourtant le moins connu. Portrait de l’un des personnages clé de notre histoire.

Introduction :

A. Le problème des sources

La raison principale de la méconnaissance relative de Clovis est le manque de diversité dans les sources. La principale d’entre elles est bien-sûr l’incontournable œuvre de Grégoire de Tours, l’Historia Francorum — l’Histoire des Francs — elle-même tirée des Dix livres d’Histoire rédigés entre 576 et 592, ouvrages que Grégoire voulaient ériger en histoire universelle, retraçant les événements de la Genèse à la période mérovingienne (lire notre papier sur Grégoire de Tours, père de l’Histoire de France).

Le récit que nous a légué Grégoire de la Vita de Clovis est à lire avec précaution. En effet, Grégoire rédige l’Historia Francorum presque un siècle après les faits, et n’hésite pas à manipuler le peu de sources dont il dispose pour faire de Clovis un roi exemplaire et extraordinaire qui doit servir de modèle à ses successeurs.

Grégoire a en effet tout intérêt à montrer le plus bel aspect de Clovis : né vers 538 dans une famille sénatoriale de Clermont, Grégoire doit son accession à la dignité épiscopale sur le siège de Tours en 563 à l’action du roi d’Austrasie, Sigebert Ier, et de la reine Brunehaut —chose tout à fait anti-canonique mais très fréquente à l’époque­ jusqu’à ce que Clotaire II légifère et ne rende cette pratique obligatoire et légale en 614. Devant tout aux Mérovingiens, il serait malvenu pour lui de critiquer le fondateur de la dynastie de ses « protecteurs ».

Cependant le récit de Grégoire se veut relativement fidèle et nous permet de comprendre l’accession de Clovis à la royauté et son action qui amène à la formation du Regnum Francorum.

L’autre source de référence pour la connaissance du règne de Clovis, et surtout en tant que roi catholique, est la correspondance de l’évêque métropolitain de Reims, Rémi, qui baptisa Clovis entre 496 et 498. Rémi entretient de bonnes relations avec Clovis dès les années 481-482, époque où ce dernier succède à son père Childéric sur le trône du royaume franc. Alors même que Clovis est païen, Rémi le considère, dans une lettre qu’il lui adresse dans les années 481-82 pour le féliciter de son accession au trône de l’ancienne province Romaine de Belgique seconde, comme détenteur d’une puissance publique, une potestas à la Romaine, le plaçant dans la continuité des gouverneurs des anciennes provinces.

Cette entente entre le métropolitain de Reims et le nouveau roi n’est pas anodine : comme son père Childéric, Clovis entretient d’étroites relations avec l’Église catholique alors même qu’il est païen. Nous aurons l’occasion d’en reparler.

Enfin, c’est Rémi qui, selon Grégoire, forma Clovis aux préceptes de la foi catholique et qui le baptisa en sa cathédrale de Reims, entre 496 et 506.

B. Les Francs

L’origine même des Francs est mal connue. Selon l’’historienne Claude Gauvard, les Francs se sont donnés, vers les VIe–VIIe siècles, des origines mythiques. Selon eux, ils descendraient des Sicambres, peuple mythique de Pannonie dans la région du Danube. Ils se seraient ensuite installés dans les marais de Taxandrie, sur la rive gauche de la Meuse. Pour d’autres, les Francs sont les descendants des Troyens, qui ont fui l’illustre cité d’Asie Mineure après les évènements narrés par Homère dans l’Iliade. Toujours selon leurs dires, les Francs descendraient de Francion, neveu du roi Priam de Troie, qui leur donna son patronyme.

La réalité historique et archéologique est tout autre. Les premières traces archéologiques et écrites font état d’une présence franque en Europe du Nord dès le IIIe siècle. Installés aux embouchures du Rhin, ils ne forment pas alors un royaume mais plutôt un essaim de tribus de peuples divers, comme les Sicambres, les Saliens, les Ripuaires, et caetera. Leur point commun réside dans le fait qu’ils se revendiquent « Francs, » c’est-à-dire « hardis » ou « libres ».

Dès le IVe siècle, suite aux mouvements migratoires des populations barbares dans toute l’Europe, les Francs se mettent pour la plupart au service de l’Empire Romain comme lètes : vaincus par les armées de l’empereur Julien en 358, les Francs sont installés sur des terres situées sur les limes de l’Empire. Ces terres leur reviennent de manière héréditaire ainsi que l’usufruit de ces dernières, mais ils ont pour devoir de défendre les frontières de l’Empire en cas d’attaque.

Le statut des Francs évolue au Ve siècle : ils passent du statut de lètes à celui de fédérés, c’est à dire liés à l’empire par un foedus, un contrat qui leur donne le droit d’administrer pour le compte de l’empire un territoire donné, collectant l’impôt et rendant la justice au nom de l’empereur, tout en gardant pour eux une part des revenus. Les Francs aident les Romains à combattre les envahisseurs Huns sous l’égide du général et patrice des Romains Aetius. Les Francs étendent leur influence sur le sud de la Gaule et vont se séparer en deux groupes : les Francs rhénans massés autour de Cologne où ils établiront un royaume, et les Francs Saliens au Nord de la Somme, où ils forment un regroupement de petites royautés guerrières dont les chefs sont élus à vie. Parmi ces chefs émergent ceux que l’historiographie considèrent comme les fondateurs de la dynastie mérovingienne : Clodion, Mérovée et Childéric. Or, seule l’existence de ce dernier est attestée par les sources.

C. La situation géopolitique des Gaules vers 480

Le royaume franc à l'avènement de Clovis.

Le royaume franc à l’avènement de Clovis.

Rien ne prédestinait les Francs à dominer un jour toute la Gaule occidentale, de l’actuelle Belgique jusqu’à la Provence. En effet, les Gaules sont, à la veille de l’accession de Clovis à la royauté, un territoire divisé en cinq royaumes :

  • Le royaume des Francs de Childéric (mort en 481) est situé dans l’ancienne province Romaine de Belgique seconde, dont la capitale est Tournai. Ce royaume n’est pas unifié et ne le sera que sous Clovis.
  • Entre la Somme et la Loire règne Syagrius, chef de l’armée Romaine de Gaule du Nord. Installé à Soissons, Syagrius s’est érigé en « rex romanorum » (roi des Romains) après la chute de l’Empire d’occident 4 ans plus tôt.
  • Du Sud de la Loire jusqu’à la Marche d’Espagne s’étend le très puissant royaume wisigoth dirigé par Euric (466-484) puis par Alaric II (484-507).
  • Les vallées de la Saône et du Rhône sont aux mains des Burgondes, dirigés par le roi Gondebaud (480-516)
  • Les Alamans occupent quant à eux l’actuelle Alsace-Lorraine ainsi que le Sud-Ouest de l’Allemagne.

Ces territoires sont toujours habités par des gallo-Romains chrétiens, qui vivent sous la domination des rois barbares, qu’ils soient païens, comme Childéric puis Clovis, ou comme les Alamans, ou bien ariens comme les Wisigoths ou les Burgondes.

La religion va jouer un rôle important dans la suite des événements : en 480, l’hérésie arianiste — ou arienne — domine en Europe et menace de faire disparaître la foi catholique nicéenne que l’on nomme orthodoxie (attention toutefois : on nomme le catholicisme orthodoxie car elle est la seule vraie foi chrétienne de l’époque).

Sans entrer dans une définition complexe de l’arianisme, l’on peut tout de même résumer cette hérésie ainsi : Alors que la foi catholique définit Dieu comme étant à la fois le Père, le Fils et le Saint Esprit, tous issus de Dieu dès l’origine des temps et tous égaux, l’hérésie arienne (du nom de l’évêque Arius) quant à elle affirme que Dieu n’est que le Père, et que Jésus-Christ, que les théologiens appellent le Verbe — logos en grec­ — n’est que la première des créatures et qu’il a lui-même créé le Saint-Esprit (se référer à l’ouvrage de Jean Chélini, Histoire de l’Occident médiévale, pour plus de renseignements).

Cette hérésie dominait les deux grands royaumes gaulois de l’époque que sont les royaumes wisigothiques et burgondes ainsi que le puissant royaume ostrogoth de Théodoric, situé en Italie. Cependant, les populations gallo-Romaines restées catholiques ne semblent pas inquiétées et aucune conversion forcée de masse n’a été attestée jusqu’à présent.

C’est dans ce contexte qu’émerge Clovis…

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A propos de Louis Landais

Louis Landais
Etudiant, passionné d'histoire et des Humanités en général.

2 commentaires

  1. ply

    Notre civilisation ne peut et ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas …. tiens celà me rappelle quelque chose

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  2. Ce qui me gêne le plus, c’est que l’auteur de cet article ne semble pas savoir qu’un verbe s’accorde avec le sujet… et rien d’autre !

    Dans – A. Le problème des sources : « ouvrages que Grégoire voulaient ériger »… C’est Grégoire qui _voulait_ et non les ouvrages.

    Dans – B. Les Francs : « Parmi ces chefs émergent ceux que l’historiographie considèrent » C’est l’historiographie qui _considère_ et non les chefs !

    Il y a d’autres coquilles, sur le participe passé, mais je m’arrêterai là.

    Désolée, c’est ma première intervention, mais ces fautes rendent le texte difficile à lire.

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