mercredi, 20 septembre, 2017
Ici débute l’assistanat sans connotation péjorative.

Garantie jeunes : ne pas jeter ce qui est cassé ?

pôle emploiJean-Marc Ayrault fait sa rentrée avec ce projet : dix-mille jeunes de dix-huit à vingt-cinq ans pourront bénéficier d’un revenu minimum, d’une allocation de quatre-cent-cinquante euros. Pour pouvoir la percevoir, le jeune en question ne devra pas avoir des ressources supérieures à 438 € par mois. Assistanat, effet de communication de la rentrée ou réel soutien apporté à une certaine jeunesse complètement perdue ?

Dès octobre 2013 donc, cette allocation sera perçue dans les dix premiers territoires pilotes : les Bouches-du-Rhône, la Seine-Saint-Denis, la Réunion, le Vaucluse, le Lot-et-Garonne, l’Allier associé au Puy-de-Dôme, le Finistère, l’Eure, l’Aude et les Vosges. On notera le méli-mélo entre territoires urbains et ruraux et il sera intéressant de relever où le plus de jeunes la recevront. Le premier hic, et le plus important, concerne l’objectivation des personnes, ici les « jeunes ». Le poids des mots est intéressant : « garantie » et « jeunes ». « Garantie » : terme économique signifiant une « obligation que la loi ou le contrat impose à celui qui transmet la propriété ou la jouissance d’un bien ou d’une créance »  selon le Ministère de l’Economie. « Jeunes » : termes généralisant et universaliste au possible, voir cet article.

Or, le jeune en question qui percevra cette allocation signe un contrat, s’engage avec la Mission Locale à être accompagné, formé dans leur insertion professionnelle. « Le jeune », espèce en voie de disparition en France, n’est-il qu’une marchandise, qu’un bien voué au troc ? Allons plus loin, « la garantie entraîne la responsabilité du vendeur qui a livré la chose, qui était dépourvue des qualités essentielles en vue desquelles l’acheteur en a fait l’acquisition ». Autrement dit, l’État et les missions locales sont dans l’obligation de trouver du travail aux jeunes « dépourvus de qualités » qui se présentent ? Est-ce possible ?

L’État est responsable de ces jeunes voire de « ses enfants » donc. Ici débute l’assistanat sans connotation péjorative façon Laurent Wauquiez. L’État, via les missions locales, assiste les jeunes dans la recherche de travail. Mais est-ce réellement son rôle ? Peut-il vraisemblablement pallier le manque de travail actuel et de solutions ? Car « dans tous les cas, c’est une assurance pour le prêteur de ne pas être lésé à la fin de l’opération ». N’est-ce pas trop optimiste de croire en l’omnipotence de l’État ?

« De toute façon il est sous garantie »

Tout est dans le « il », forme impersonnelle dont le débarras est facile.  C’est l’exemple du téléviseur ou de la machine à laver. Mais si l’exemple est poussé à l’extrême : les parents d’un jeune ou le jeune lui-même peuvent totalement se reposer sur la mission locale ou sur les institutions en question pour la recherche d’un travail puisque ce dernier a signé son contrat de garantie jeunes.

Or dans l’idéal, ce devrait être un échange de bons procédés, pour conserver une logique économique, mais pas un contrat. Chaque partie fait un effort, un pas ou ne serait-ce qu’un entrechat vers l’autre. La mission locale aide le jeune lorsque celui-ci fait aussi par lui-même des recherches. Il faudrait être naïf pour penser que cette « garantie jeunes », qui n’est pas foncièrement une mauvaise idée, ne sera pas synonyme de triche, d’injustices – le fameux effet de seuil, pourquoi lui et pas moi ? – et surtout oublier d’ici peu. Car oui, Jean-Marc Ayrault s’est dépêché de sortir cette mesure de son chapeau magique avant l’enjeu important de la rentrée : les retraites. Les jeunes pourront toujours retourner mendier quelques deniers, les dés sont pipés, les derniers ne sont pas les premiers dans le pays de la gérontocratie.

Geoffrey Clémençon

A propos de Geoffrey Clémençon

Geoffrey Clémençon
Ancien khâgneux dans l'Auvergne, actuellement en école de journalisme à Marseille. Passionné de et par l'armée de terre, la littérature, l'histoire, la géographie, le sport, les journaux, les sites et les jeux-vidéos. J'essaie de répondre à chaque lecteur. Pas toujours évident. Me suivre sur twitter : @apprentiscribe

Un commentaire

  1. c’est terrible !
    terriblement bien vu ! (ça donne pas envie d’être jeune…)

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