vendredi, 22 septembre, 2017
« Conflits », la nouvelle revue de géopolitique
Pascal Gauchon et sa nouvelle revue « Conflits ».

« Conflits », la nouvelle revue de géopolitique

Universitaire et fondateur du festival de géopolitique Grenoble, Pascal Gauchon a récemment lancé une nouvelle revue de géopolitique baptisée « Conflits ». Le premier numéro de ce trimestriel consacré à Vladimir Poutine est en kiosque depuis le début du mois d’avril. Au Bréviaire des patriotes, M. Gauchon livre ses objectifs et sa vision de la géopolitique.

Votre revue vient-elle combler un manque géopolitique en matière de magazine ?

Un manque peut-être pas, mais une insuffisance. Je reproche aux revues actuelles de ne pas être des revues de géopolitique, mais de relations ou d’actualités internationales. Elles ne cherchent pas à expliquer les événements, elles les racontent.

Est-elle disponible en kiosque ? Quels sont vos objectifs ?

Elle est bien sûr disponible chez les marchands de journaux. Notre premier objectif est de stabiliser nos comptes pour passer de trimestriel à bimestriel. Ensuite nous développerons d’autres activités en matière de géopolitique – édition, cours en ligne…

En quoi la géopolitique est-elle un atout majeur pour comprendre le monde d’aujourd’hui ?

Elle fait appel à la géographie et à l’histoire, donc elle permet de prendre de la hauteur par rapport aux événements, elle évite les pièges de l’instantané et de la mode. Ne serait-ce que pour cela, elle est infiniment précieuse. Pensez à la façon dont les médias passent d’un jugement à l’autre en ce qui concerne la puissance, la richesse et le potentiel d’un pays. Il y a moins de cinq ans on faisait du Brésil l’exemple d’une réussite indiscutable ; en 2010 Le Nouvel Observateur titrait : « Brésil, le pays où la gauche a réussi ». Comme si l’élection d’un homme, aussi charismatique soit-il comme Lula, suffisait à propulser son pays au premier rang mondial. On voit les difficultés du Brésil aujourd’hui.

Dans votre éditorial de lancement, vous dites vouloir analyser le « temps long ». Votre revue puisera-t-elle dans l’Histoire de quoi éclairer le présent ?

Ce souci inspire l’ensemble de nos articles. Plus précisément deux rubriques analysent ce « temps long ».
D’abord la « grande stratégie » d’un empire ou d’une grande puissance du passé. L’idée me vient de Luttwak et de ses grandes stratégies des Empires byzantin et romain ; il s’agit de montrer les logiques géopolitiques à l’œuvre dans le passé, en se demandent bien sûr ce qu’il en reste. Nous commençons par l’Ordre teutonique, puis par Athènes.

Par ailleurs nous analyseront une « grande bataille », moins pour le combat en tant que tel que pour ses retombées géopolitiques à moyen et à long terme. Après Kulikovo dans le numéro 1, que les Russes considèrent comme l’acte de naissance de leur pays, ce sera Bouvines dans le numéro 2 et la Marne dans le numéro 3.

La géopolitique est-elle le remède à une vision du monde qui se fonde sur les bons sentiments ?

Effectivement l’étude du temps long montre rarement le triomphe des bons sentiments. La géographie encore moins… Marx explique qu’il n’est pas juste que des régions difficiles soient sous-peuplées voire désertiques. Il faudrait répartir équitablement la population à travers la planète, dans le Sahara comme en Flandre. Jusqu’où ne mène pas le désir d’égalité ! Cela reste de l’utopie, sauf quand des ressources nouvelles (ainsi le pétrole) attirent les populations.

Pour finir avec un exemple pratique : pouvez-vous nous dire, en vous adressant aux non-initiés, en quoi la géopolitique nous permet de comprendre les prétentions russes en Crimée ?

Nos lecteurs découvriront dans Conflits deux cartes particulièrement explicites. L’une montre les divisions en 1377 du territoire qui deviendra plus tard l’Ukraine, l’autre les élections présidentielles de 2010. Dans les territoires qui étaient en 1377 polonais ou lituaniens, Ianoukovitch obtient moins de 40 % des suffrages. Dans ceux qui appartenaient alors à la Horde d’Or et qui ont été ensuite récupérés par les Russes il dépasse 60 %. Plus de 600 après, la coupure joue encore. C’est cela le temps long.

La Crimée a été définitivement acquise par les Russes en 1774. Elle a été massivement repeuplée par eux depuis cette date, elle est donc majoritairement russe. En 1954 Khrouchtchev eut la curieuse idée de la « donner » à l’Ukraine en souvenir du ralliement des cosaques ukrainiens à la Russie, deux cents ans plutôt. Voilà le mépris des identités et du temps long dont les communistes ont souvent fait preuve. Et voici le résultat : un contentieux, la révolte d’une grande partie des Criméens et, finalement, la récupération du territoire par la Russie.

Propos recueillis par Christopher Lings

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A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim.
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